L’Empereur d’Oyo vient de mettre aux arrêts le Spartacus que les Congolais attendaient. Du coup, ils vont connaître des lendemains qui déchantent.

Commencé, le lundi 7 mai dernier, le procès du général Jean Marie Michel Mokoko, candidat victorieux à l’élection présidentielle anticipée du 20 mars 2016, a pris fin le vendredi 11 mai 2018. Le verdict ! 20 ans de prison ferme. La nouvelle a mis en l’émoi tout le pays et la diaspora ainsi que beaucoup d’autres pays africains et du monde où on a suivi ce procès avec un grand d’intérêt.

Pourtant, les Congolais et le général Jean Marie Michel Mokoko, lui-même, ne s’attendaient pas à une issue favorable de ce procès. Connaissant bien le régime dictatorial de Brazzaville ils ne se faisaient aucune illusion. Pour preuve, le général Mokoko s’est retranché dans le mutisme pendant tout le procès. Parce qu’il savait d’avance la qualité de la justice et du droit qui y sont rendus il n’était pas naïf au point de croire en la clémence de Sassou.

Nous voulons faire ressortir la grandeur de cet officier général. Jean Marie Michel Mokoko est allé dans ce combat dans une tenue civile. Sans son uniforme militaire. Les mains nues. Sans son arme de guerre. Et, il a réussi à devenir le grand pilier de la démocratie congolaise. Nous osons croire qu’après sa condamnation, le Congo va sombrer plusieurs décennies dans une dictature jamais connue au monde.

«  Ngoulou mbakala ba na mbele »

Littéralement : «  le porc sait qu’il finira par être tué et mangé.  » La truie, elle, peut espérer vivre longtemps parce qu’elle est appelée à donner des petits. Marie Michel Mokoko savait à quoi s’en tenir en embrassant, par vocation, la carrière militaire. Dans sa formation, le militaire passe par beaucoup d’étapes qui lui blindent son moral. Par exemple, le bizutage, un rite d’initiation (admission d’un nouveau au sein d’un groupe), une consécration de l’endurance. Jean Marie Michel Mokoko un ancien de Saint-Cyr, en France, a subi toutes ces épreuves pour blinder son moral. Durant le procès, il est resté impassible. Il allait à la barre chaque fois qu’on l’y invitait. Bien que soumis à rude épreuve, ses nerfs ne l’ont pas lâché.
Mais, c’est en se présentant aux élections présidentielles anticipées du 20 mars 2016 que l’homme a montré qu’il était prêt et capable d’affronter tous les dangers de la vie parmi lesquels Denis Sassou Nguesso.

Le général Mokoko savait très bien que Sassou Nguesso ne lui pardonnera jamais sa participation aux élections présidentielles anticipées du 20 mars 2016. Car, sa participation allait faire tomber tout son mythe sur ses relations avec les populations de la partie septentrionale du Congo dont il se disait le seul leader politique. La candidature de Mokoko avait donc faussé tous les calculs politiciens de Sassou Nguesso qui, effectivement, comptaient sur les populations du nord pour bourrer les urnes. Car, sur les listes électorales publiées dans cette partie du pays, le pouvoir a toujours gonflé les effectifs et faire admettre cette incroyable vérité que les populations du nord étaient plus nombreuses que celles du sud.
Mokoko connaît bien le système du pouvoir puisqu’il l’a servi au point d’être nommé conseiller de Denis Sassou Nguesso. Sa carrière militaire est une réussite.

Mokoko ou la chute du dernier pilier de la démocratie congolaise

Il faudra dire qu’avec la condamnation à 20 ans de réclusion de Jean Marie Michel Mokoko, le dernier pilier de la démocratie congolaise est tombé. Et, le Congo repart non pas dans le système monolithique qui est encore très proche de nous ; mais dans le moyen–âge, à la période des seigneurs féodaux qui étaient des grands brigands et pillards des richesses des peuples.

Mokoko, trahi par les Congolais

L’image qui convient pour peindre la douleur qu’a ressentie Jean marie Michel Mokoko et qui l’a poussé à verser quelques larmes devant la barre, est celle de Jésus devant le sanhédrin ou encore sur la croix.

Dans la scène de son arrestation, Jésus est seul au milieu de cette foule d’une rare violence qui est venue le chercher. Devant le sanhédrin, tribunal composé de 71 membres et qui devait le juger, il est seul à répondre aux questions. Certes il répond par le silence. Abandonné par ses disciples qui ont peur d’être, eux aussi, arrêtés et jugés, Jésus tient le coup. Certes ce sont les Ecritures qui rapportent que c’est lui-même, Jésus, qui avait demandé aux soldats de les laisser partir. Pourtant, c’est sur la croix que la solitude et cet abandon le font souffrir. Jésus ne voit plus la foule immense qui le suivait à cause de son enseignement, mais aussi ç cause du pain et du poisson avec lesquels il les nourrissait sur la montagne et dans les savanes. Où étaient passés ces gens qu’il a soignés et guéris de beaucoup de maladies incurables ? Tous disparus.

Nous pensons que lorsque le général Mokoko a versé quelques larmes, ce n’est pas parce qu’on venait de lui signifier sa condamnation à 20 ans de prison ferme. Mais parce qu’il a senti un grand vide autour de lui. « Où sont donc les Congolais qui m’ont suivi lors de ma campagne ? » Pire. « Où sont les Congolais qui ont adhéré à mon combat, à mon projet de société ? Où sont les Congolais qui avaient voté pour moi ? Où sont les Congolais qui voulaient l’alternance politique ? »

Mais, c’est surtout la question : où sont les Congolais pour qui j’ai pris tous ces risques ? La salle d’audience n’était pleine que des agents de la direction générale de la surveillance du territoire qui tous avaient des pistolets. Mokoko le savait.
Jésus avait souffert de cet abandon lorsqu’il était sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ?  »

Jean Marie Michel Mokoko pouvait donc bien dire, Chères Congolaises, chers Congolais pourquoi m’avez-vous abandonné ?

Nous accusons !

Dans un article publié sur ce même site, nous avons proposé la création d’un grand parti national que l’on devait offrir comme cadeau à Jean Marie Michel Mokoko à sa sortie de prison. Nous sommes même allé loin en voulant proposer un logo à ce parti. Malheureusement, nous avons été devancé par ceux–là qui se disent être des parents proches de Mokoko.

Alors qu’en projetant la création de ce grand parti national, nous avons effectivement voulu créer une force autour de lui et lui donner des militants qui seraient capables de le défendre et de défendre les valeurs pour lesquels se bat le général Mokoko. Nous n’avons pas voulu tout dire dans cet article pour que l’on ne nous accuse pas de chercher un poste. Mais, nous avons pensé à cette situation. Combien de Congolais ont fait le déplacement du Palais de la justice pour aller soutenir Mokoko. Même l’acclamer dans son bout de chemin entre le palais de la justice et la maison d’arrêt. Combien ont organisé, se serait-ce, un sit-in dans les rues ou sur les places publiques ? Et, ceux qui se sont autoproclamés dans les instances flottantes qui portent le nom de Mokoko qu’ont-ils fait et quel message ont-ils livré au peuple pour le préparer ou l’organiser ?

20 ans de prison ferme pour le général Mokoko ! 100 ans d’esclavage pour les Congolais

Cessons de rêver. Avec cette condamnation de Mokoko, finie la démocratie au Congo ! Ce n’est pas avec les Tstay-Mabiala et les Kolelas qui sont facilement corruptibles et instables dans leur discours politiques que les Congolais vont contraindre Denis Sassou Nguesso à respecter les règles de la démocratie et instaurer une bonne gouvernance dans le pays ou encore à cesser avec le tribalisme d’Etat.

Sassou Nguesso ne compte pas sur le Fmi. Il sait que les négociations de son gouvernement avec le Fonds monétaire international (Fmi) n’aboutiront pas, à cause des exigences du Fmi.

Mokoko jeté en prison et absent sur la scène politique, le clan au pouvoir se réjouit. Parce qu’il n’a plus d’obstacle. Il va donc refaire son unité pour se soutenir. L’argent volé et caché dans les paradis fiscaux va leur permettre d’être encore plus puissants. En dehors du pouvoir politique, ils vont avoir un pouvoir économique qui fera d’eux des « Seigneurs féodaux  ». Et, le Congo leur appartiendra puisqu’ils vont monter quelques sociétés pour faire le chantage dans les recrutements des personnels et leur domination sur les Congolais.

Denis Christel Sassou Nguesso qui a 825.000.000 Euros à la Banco Privée d’Andorre (BPA) ; 400.000.000 Euros à la Jyske Bank (Gibraltar) Limited ; 150.000.000 Euros à l’EFG Bank (Gibraltar) Ltd ; 600.000.000 Dollars à la Fidelity Bank ( Cayman) Limited ; 460.000.000 ( Dollars) à la Cain vest Bank and Trust Limited (Cayman) ; 48.000.000 Dollars à l’Arab African International Bank ( Dubai) ; 48.000.000 Dollars à la Bank of sharjah ( Dubai), 70.000.000 Dollars à la Malayan Banking (BHD- Singapur) ; 340.000.000 Dollars à la Bank of China Limited ( Hong Kong) et 8.000.000 Dollars à la Mauritius Commercial Bank Limited ( île Maurice). Rodolph Adada, 300.000.000 Dollars à la Oxxy Bank Limited (Belize) ; 200.000.000 Dollars à la Bank of Bermuda Limited ( îles Caiman) ; 300.000.000 Dollars à la Fortis Bank Limited ( îles Caiman), et 5.000.000 Euros à la KB Luxembourg S.A ( Monaco). Jean Richard Bruno Itoua, 30.000.000 Dollars à la Banco del Pacifico S.A (Panama) et 4.000.000 Dollars à la Bancafe S.A (Panama). Jean Jacques Bouya, 600.000.000 Dollars à l’Abu Dhabi Islamic Bank (Dubai), 280.000.000 Dollars à la Bank of Baroda ( Dubai), 960.000.000 Dollars à l’Agricultural Bank of China ( Hong Kong), 480.000.000 Dollars à la Bank SinoPac ( Hong Kong), 758.000.000 Dollars à la China Construction Bank ( Hong Kong), 152.000.000 Dollars à la Banque des Mascareignes Limited ( île Maurice), 80.000.000 Dollars à la Banco Surinvest S.A ( Uruguay), 230.000.000 Dollars à l’Arab Bank Plc ( Singapur), 12.000.000 Euro à la Banque Pasche Monaco, 32.000.000 Euros à la Jyske Bank Gibraltar Limited. Gilbert Ondongo, 3.000.000 Euros à la Banque Pasche Monaco, 783.000.000 Dollars à la Bank of East Asia Limited ( Hong Kong), 271.000.000 Dollars à la Bank Sinopac (Hong Kong), 40.000.000 Dollars à la Banco Portugues de Negocios S.A ( Cap Vert) et 143.000.000 Dollars à la Banco Espiritu Santo S.A (SFE Cap Vert). Lucien Ebata, 32.000.000 Euro à la Dresdner Bank Monaco, 420.000.000 Dollars au Capital G Bank Limited ( Bermude), 60.000.000 Dollars à l’Alexandria Bancorp Limited (Ile Caïman) et 11.000.000 Dollars à la Centrale Van Bank Aruba (Antilles Hollandaises), ne manqueront pas d’acheter, avec la complicité du gouvernement à travers la privatisation, toutes les entreprises de l’Etat ou paraétatiques pour créer un grand empire économique.

Ainsi ils vont réduire en esclavage tous les Congolais comme aux temps de la Traite. Si Jean Marie Mokoko a donc 20 ans à passer en prison, les Congolais, eux, ont 100 ans d’esclavage. Nous avons raté une occasion d’en découdre définitivement avec le clan Sassou Nguesso. Espérons qu’il va y avoir un sursaut national, surtout chez les militaires passés sous le drapeau et qui ont la mission de protéger les Congolais et de défendre leur pays.

Serge Armand Zanzala, journalisme et écrivain