La mort en série des mis en examens dans le massacre du Beach  : en ce début d’année 2013, c’est l’histoire du moment. Elle fait jaser tout le pays. Les protagonistes de l’affaire du Beach au Congo-Brazzaville disparaissent l’un après l’autre, comme peau de chagrin. Crime avec ou sans châtiment ?

A défaut de passer aux aveux, les témoins trépassent emportant dans la tombe des pans entiers de la saga de « l’affaire du Beach ». Après le colonel de police Guy Edouard Taty, mort dans les conditions on ne peut plus douteuses (à l’issue d’une cérémonie de passation de service) c’est le général du génie Emmanuel Avoukou qui a succombé des suites d’un accident vasculaire cérébral. Comme quoi, « chacun son tour chez le coiffeur  » (proverbe malien)

Loi d’omerta

Il demeure trop de zones d’ombre autour de ces décès pour ne pas susciter des interrogations. Toutefois la mort, coup sur coup, de deux hommes-clé de « l’affaire du Beach » souligne avec une violence extrême l’un des nœuds stratégiques auxquels Denis Sassou Nguesso et les agents du « chemin d’avenir » sont confrontés dès les premières heures de l’opération du Beach. Les hommes impliqués dans « l’affaire du Beach » respecteront-ils le serment du silence à l’instar des membres du comité militaire du parti (CMP) qui observèrent avec une rigueur napolitaine la loi d’omerta après les assassinats de Marien Ngouabi et Alphonse Massamba-Débat en Mars 1977 ? Si les consignes de silence ont été scrupuleusement respectées dès les premières heures de la boucherie du Beach, rien n’est moins sûr pour l’avenir du « chemin d’avenir ». Les premiers craquements du mur du silence sont apparus du côté du colonel téké Marcel Ntsourou, rongé par la frustration de n’avoir pas été élevé au grade de général par l’homme qu’il a toujours servi Denis Sassou Nguesso. La canaille supporte mal le mauvais partage d’un butin. La langue du colonel Ntsourou, commença à se délier après son anniversaire au mois de mars dernier, proférant des menaces à l’endroit de son ingrate hiérarchie. Son chantage exacerba et agaça le palais de Mpila. D’où la veste de cerveau du crime qu’on lui fit endosser dans l’affaire du 4 mars 2012.

Intimidation

L’arrestation des maîtres Malonga et Ombessa, avocats de Marcel Ntsourou, le cambriolage du domicile de maître Amédée Nganga et sa supposée garde à vue participent d’une logique d’intimidation. Une intimidation de Sassou Nguesso et de ses services justifiée par la hantise de l’éclatement de la vérité. La perspective du procès du colonel Marcel Ntsourou ravive la nervosité du pouvoir. Il est d’ailleurs assez frappant de relever que quelques officiers acquittés de génocide au simulacre du procès de Beach au Congo-Brazzaville disparaissent progressivement de la circulation. Seul, le général Jean François Ndéngué a conservé ses entrées au palais de Mpila. On se souvient que Sassou parvint à l’extraire nuitamment de la prison de la Santé en France. Du jamais vu. En revanche, de Blaise Adoua, on est sans nouvelles. Quant à Marcel Ntsourou, sa disparition au moins militaire est désormais effective. Le colonel Guy Edouard Taty (chef des services d’actions spéciales de la police nationale à l’époque des faits)... vient de rendre curieusement l’âme voici peu. La rue congolaise n’y voit pas seulement un signe du destin (mwinda.org, 18 janvier 2013). Une vraie série noire. Les spéculations vont bon train dans les rues de Brazzaville : Il y a trop de coïncidences dans ces disparitions.

Le véritable coupable

La mise au placard du général Blaise Adoua et la mise à l’écart de la hiérarchie militaire du général Norbert Dabira ne sont pas un gage de sécurité pour la préservation de la digue du silence. On attend de ces galonnés (rêvons un peu) un signal fort, un geste à la hauteur de l’enjeu. Qu’ils parlent avant qu’ils ne soient contraints au silence éternel. Il y va de leur intérêt On attend une mobilisation exceptionnelle des populations du Congo-Brazzaville pour la manifestation de la vérité par des révélations tonitruantes, par exemple en exigeant une révision du procès du beach. Il faut avouer que l’opinion publique ne réussit pas à obtenir celle du procès des assassins de Ngouabi.

Si ces généraux d’opérette, persévèrent dans les non-dits il y a lieu de craindre qu’ils ne se retrouvent de l’autre côté du miroir pour un crime qu’ils n’ont pas été seuls à commettre mais qu’ils vont être seuls à payer. C’est dommage de faire cette fleur à celui auquel le crime a profité, c’est-à-dire à celui qui voulut à tout prix « pacifier » le Pool pour régner sur le Congo ad vitam aeternam.

Benjamin BILOMBOT BITADYS