A WASHINGTON, LE LOBBYING DE SASSOU A FAIT FLOPE

Si le périple de Sassou Nguesso aux Etats-Unis à l’occasion du sommet USA/Afrique du 4 au 6 Août 2014 devait être la clé de voûte de lancement du débat sur le changement de la Constitution du 20 janvier 2002 au Congo-Brazzaville, c’est raté. Aussi bien sur la visibilité de l’hôte de Mpila à Washington que sur la lisibilité des arguments politiques et des arguties juridiques avancés pour justifier l’éventualité d’un troisième mandat. L’allusion à Jean-Claude Juncker et Angela Merkel a fait pouffer de rire toutes les chancelleries occidentales et africaines de Washington. La délégation du Congo-Brazzaville était dans ses petits souliers à la suite de la sortie hasardeuse de son chef Sassou.

On s’en méfie comme la peste

En effet, si Claudia Sassou, conseiller en communication de son père, dépêchée à Washington plusieurs semaines auparavant, sait se montrer incontournable au Congo-Brazzaville, privant par exemple de voyage de Washington Isidore Mvouba, Rodolphe Adada et Alain Akouala (congo-liberty, 7 Août 2014) , elle a été incapable d’arracher le moindre tête-à-tête avec un officiel américain de premier plan. Et, ceci, en dépit d’un lobbying acharné à coup de millions de dollars. Le carnet d’adresses dans les milieux des démocrates et des républicains de Stéphane Fuchs, patron de Havas worldwide ex EuroRSCG n’y a rien fait. Sassou du Congo-Brazzaville fait peur comme la peste. Aucun homme politique américain ne souhaitait s’afficher avec Sassou. Pas de photo de poignée de mains de Sassou en compagnie de Barak Obama. Pas d’articles évoquant le voyage de Sassou à Washington dans la prestigieuse presse américaine telle The Washington Post, The New York Times, Los Angeles Times…

Pas plus qu’une interview de Sassou dans les médias audiovisuels américains CNN, CBS, Fox news... L’image de Sassou est difficilement vendable. Entre l’incompétence des équipes de Claudia qui a damné le pion à Bienvenu Okiémi et l’intransigeance de Barak Obama et John kerry sur les valeurs démocratiques, la voie devenait étroite pour Sassou. C’était, pour Sassou, passer entre l’écorce et l’arbre. La queue entre les pattes, Sassou s’est fait tout petit, au détour d’un couloir, en tentant de convaincre le secrétaire d’Etat américain John Kerry de la volonté de la population de son maintien au pouvoir.

Echec et mat

L’administration Obama n’ignore rien des pratiques de Sassou : corruption, clientélisme, détournement des deniers publics, manipulation des scrutins électoraux, assassinats politiques.

A l’issue donc du sommet, les USA ont réaffirmé leur volonté aux Chefs d’Etat africains de ne pas cautionner un quelconque changement de constitution. « Vous voulez changer la Constitution ; Moi, c’est vous que je veux qu’on change » a martelé Barack Obama qui est en train d’entamer son dernier mandat. A Washington, c’est échec et mat pour Sassou, l’homme « fort ». « Pas d’Institutions fortes sans hommes forts » a déclaré Blaise Compaoré (NetAfric.net). Sassou a dû boire du petit lait en entendant ça. Des hommes forts à la tête de pays à économies faibles : c’est cette incongruité que Barack Obama veut voir disparaître en Afrique.

Après le flop de Washington, l’équipe clanique de Sassou devrait rentrer à Brazzaville ce samedi 9 août, la queue entre les jambes. Des nguiri de Cfa ont été distribués aux « organisations des masses » pour que le « peuple » lui réserve un triomphal accueil, à sa descente à Maya-Maya. Après le flop de Washington, c’est ce qui s’appelle jouer à « Qui perd, gagne ».

Le camouflet de Washington

Il y a eu l’avant Washington. Il y a l’après Washington. Aucun accueil, fut-il digne de Mobutu, ne peut adoucir la pilule du sommet américain avalée par Sassou. Désormais, Le Congo entame sa dernière ligne droite vers la date butoir de 2016. Sassou a envie de suspendre le vol du temps. Le temps politique lui est compté et, c’est un homme totalement décrédibilisé qui rentre à Brazzaville. Washington a été Waterloo pour le Napoléon d’Oyo. Tous les scénarios sont envisageables. Frustré par le camouflet de Washington, l’homme fort d’Oyo va sortir ses griffes, bête blessée cernée par les chasseurs. « Je ne me laisserai pas faire. Je me battrais jusqu’à la mort. Je vais modifier la Constitution. Advienne que pourra. Au Congo ça sera pire qu’en Centrafrique. Moi vivant, mon successeur enviera le sort que j’avais réservé à Lissouba, etc. etc. » (Brazzanews) aurait-il lâché au conseil de kani avant de se rendre en Amérique d’où, on a tous vu, il va revenir plus diminué que jamais.

A mort le tyran

« Maintenant qu’il est mort, nous allons l’achever » : C’est le travail auquel doit s’atteler le bureau des Assises de Paris pour l’alternance de Jean Luc Malékat, Philippe Youlou, Alexis Miayoukou, Benjamin Toungamani, Bienvenu Mabilemono et Noël Magloir Ndoba, invité au sommet USA/Afrique taillant ainsi les croupières à Mathias Dzon, ancien ministre des Finances de Sassou. Le travail incombe aussi à ceux qui, à Brazzaville (Marion Mandzimba et Blanche Rosemonde Moutsara Gambou, Clément Mierassa, Paul-Marie Mpouele, Guy Romain Kinfoussia etc.), se battent pour qu’il y ait un après-Sassou.

Benjamin BILOMBOT BITADYS