20 mars 2016 - 20 mars 2018, voilà bientôt deux ans depuis que le Congo n’a pas un Président de la République et n’existe plus comme un Etat parmi les Etats. Même s’il est représenté aux Nations unies et a encore des missions diplomatiques dans beaucoup de pays.

Cependant, le temps qui s’est écoulé n’a profité ni aux Congolais ni au Frocad-Idc et la composante J3M, la plate-forme politique qui semble incarner l’opposition.

En effet, après son énième coup d’état constitutionnel, en octobre 2015, et l’organisation d’une élection présidentielle anticipée, le 20 mars 2016, dont les résultats n’avaient pas été reconnus par la majorité des Congolais ainsi que la communauté internationale, nous pouvons dire que le Congo est jusque-là un pays sans Président. Ceux qui semblent incarner le pouvoir ou diriger ce pays n’étant que des usurpateurs.

C’est ainsi que les 92% des Congolais qui avaient partagé leurs voix entre les cinq candidats de l’opposition, avec eux la communauté internationale, devraient continuer à réclamer le départ de celui qui occupe illégalement le « Palais des Plateaux », la résidence officielle du Président de la République du Congo.

Mais, que s’est-il passé ou que se passe-t-il pour que les Congolais et la communauté internationale baissent leurs bras et se contentent de regarder les choses se passer telles qu’elles se passent dans ce pays ?

Voilà la question que les Congolais devraient se poser, au début de cette année, et qui devait les aider à rallumer la flamme de la lutte qu’ils avaient entreprise depuis octobre 2015, mais qu’ils semblent abandonner aujourd’hui.

Pourtant, ils doivent avant tout trouver le concept qui devra les regrouper, mais aussi intéresser la communauté internationale.
A notre avis, l’échec ou la faiblesse dans ce combat se situe fondamentalement dans la confusion que le Frocad-Idc et J3M font dans le choix et l’utilisation des concepts « Opposition  » et « Mouvement de libération ».

Commencer par choisir le bon concept

Tout serait faussé dès le départ lorsque les leaders de l’opposition n’ont pas, avant ou après leur participation à l’élection présidentielle anticipée de mars 2016, cherché à mener une réflexion sur le concept autour duquel ils devraient regrouper les Congolais pour faire partir Denis Sassou Nguesso et son clan qui sont au pouvoir depuis plusieurs décennies, mais, qui ont plongé le pays dans un chao total qui se résume entre autres par le surendettement, le chômage, la guerre, les holdups électoraux, les vols, les pillages des richesses du pays, le non respect des droits de l’homme, les arrestations arbitraires et les assassinats.

A notre avis, le Frocad-Idc et J3M auraient choisi entre les concepts « Opposition » et « Mouvement de libération  » comme certains congolais avaient d’ailleurs commencé à le réclamer.

Car, « Opposition politique  » et « Mouvement de libération  » n’ont pas la même signification, les mêmes objectifs et les mêmes stratégies.

En politique et selon l’encyclopédie Wikipedia, « l’Opposition désigne l’ensemble des mouvements qui contestent les décisions des détenteurs du pouvoir. » et dans un régime représentatif, comme celui du Congo Brazzaville, « l’Opposition parlementaire est l’ensemble des partis qui ne forment pas la majorité parlementaire. »

Or dans les deux cas, ce que nous croyons être l’opposition congolaise c’est-à-dire celle qui est formée par le Frocad-Idc et la composante J3M (Forces qui soutiennent Jean Marie Michel Mokoko) ne semble obéir à cette règle ou définition.
Le Frocad-Idc et la composante J3M ne sont, dans ce cas, ni «  ensemble des mouvements qui contestent les décisions des détenteurs du pouvoir » ni « ensemble des partis qui ne forment pas la majorité parlementaire ».

Car, les deux concepts ont comme point de départ la reconnaissance du pouvoir dont ils vont contester les décisions ou dans lequel ils ne font pas partie au sein de l’Assemblée.

Et, les partis qui se disent être de l’opposition et qui ne forment pas la majorité parlementaire mais qui se disputent le statut d’opposant avec le Frocad-Idc et la composante J3M, ne sont que deux au Congo.

Il s’agit de l’Upads (Union panafricaine pour la démocratie sociale) que dirige Pascal Tsaty Mabiala, et Yuki, de Parfait Guy Brice Kolelas.

Ces deux partis politiques siègent à l’assemblée nationale et au sénat, et ont aussi des élus locaux dans les conseils départementaux.

En temps normal et d’une manière légitime, c’est dans ces structures reconnues par la Constitution et dans la presse que se mènent le débat politique qui peut se résumer dans l’acception ou le refus des décisions des détenteurs du pouvoir. Si nous voulons rester fidèle à l’encyclopédie Wikipedia.

Or, le Frocad-Idc et la composante J3M n’y sont pas représentés. Ils ne peuvent non plus se servir ou compter sur ces deux partis même s’ils se disent être, eux aussi, de l’opposition.

Parce que si l’Upads et Yuki sont à l’assemblée nationale, au sénat et dans les conseils départementaux, c’est parce qu’ils ont reconnu les détenteurs du pouvoir, et veulent mener leur lutte à travers et au sein de ces institutions constitutionnelles. Ce qui est normal. Et, il faudra donc respecter leur choix.

Conformément à la définition, le statut d’opposant revient donc à l’Upads et Yuki qui ont reconnu le pouvoir de Brazzaville et les détenteurs de ce pouvoir ; même s’ils ne contestent leurs décisions pour être des opposants.
Et, si le Frocad-Idc et la composante J3M s’appuient, eux aussi, sur le concept de « Opposition  » pour mener leur lutte, ils ne pourront qu’échouer parce qu’ils vont être en compétition avec l’Upads et Yuki. Ils vont être tout le temps hors jeu et dans la confusion des rôles.

Aussi, vont-ils désaxer la communauté internationale qui ne saura plus les identifier et savoir comment les accompagner sur leur chemin.
Même si elle leur avait déjà apporté son soutien dès le début de cette crise, en refusant de reconnaître le référendum d’octobre 2015 et les résultats de l’élection présidentielle anticipée du 20 mars 2016, que pouvait-on attendre de mieux de la communauté internationale ?

Malheureusement, le Frocad-Idc et la composante J3M n’ont pas saisi la perche qui leur avait été tendue par la communauté internationale.
Ils se sont embrouillés en s’accrochant au statut et au rôle de l’opposant qu’ils continuent à défendre bec et ongles. Alors qu’ils ne le sont pas.
Parce qu’ils ne reconnaissent pas les dirigeants qui se sont imposés par la force, pour se dire opposants.
Car, pour être opposant, il y a deux niveaux : reconnaître les détenteurs du pouvoir, ensuite contester leurs décisions. Et si le Frocad-Idc et J3M se met à contester les décisions d’un pouvoir qu’ils ne reconnaissent pas, cette plate-forme politique devient tout simplement un « canard boiteux ». Or, on ne peut pas mener une lutte avec ce handicap.

Le Frocad-Idc et J3M doivent être une organisation de lutte pour la libération du Congo

Fidèle à la définition du concept « Opposition  », et partant de la compréhension évoluée du concept « Mouvement de libération  » au sein de l’Assemblée générale des Nations unies où l’on pense désormais que « La notion de "peuple" restant abstraite la société internationale a contourné en quelque sorte la difficulté en reconnaissant au profit de différents mouvements de libération nationale leur capacité à représenter ces peuples. », nous pensons et sommes convaincu que vu le pourcentage des congolais qui avaient boycotté le référendum et les 92% qui avaient voté contre Sassou Nguesso à l’élection présidentielle anticipée de mars 2016, le Frocad-Idc et la composante J3M doivent désormais rectifier leur vision des choses ou le sens qu’ils donnent à leur combat qui, en réalité, doit être une lutte de libération pour le Congo. Le Frocad-Idc et J3M veulent libérer le Congo du clan Sassou et de tout son système politique.

Car, ils représentent 92% des Congolais. Ils peuvent donc facilement se faire reconnaître comme mouvement de libération par les Nations unies.
C’est ainsi que le Frocad-Idc et J3M doivent être un Mouvement de libération du Congo à l’image de ceux que l’humanité connaît ou a déjà connus, en l’occurrence l’Organisation de la Libération de la Palestine qui est à la fois une organisation palestinienne politique et militaire, et composée, elle aussi, de plusieurs organisations dont le Fatah, le Front populaire de libération de la Palestine (Fplp) et le Front démocratique pour la libération de la Palestine (Fdlp).

Branche armée ?

Oui, nous disons branche armée ! Pourquoi les Congolais doivent ils attendre passivement la mort chez eux, ou accepter de se faire tuer, alors qu’ils n’ont rien fait. N’ont-ils pas le droit à la vie ou le droit de se défendre ?

Cette semaine encore, les ponténégrins ont vu des engins blindés sortir du port de Pointe Noire. Le pouvoir de Brazzaville continue à acheter des armes et à recruter des mercenaires étrangers, alors que le pays est en crise et le gouvernement n’arrive pas à payer les salaires des fonctionnaires.

Mais aussi, il n’est pas en guerre. La guerre du Pool est finie même si certains esprits pessimistes ne parlent que d’une longue trêve. Pourtant, un accord de cessez-le-feu a été signé entre le gouvernement et le représentant de Ntumi, Gustave Ntondo. Alors, pourquoi continuer à se doter d’armes de guerre ? Qui veut la paix, prépare la guerre ?

C’est ainsi que nous pensons qu’il serait une bonne chose si le Frocad-Idc et J3M pouvaient se transformer en un Mouvement de libération ayant, eux aussi, une branche armée, pour défendre les populations civiles, et provoquer la peur dans l’autre camp.

D’ailleurs s’il en était déjà ainsi, le général Ferdinand Mbaou qui veut libérer le Congo avec une rébellion armée, et le général Norbert Dabira qui aurait eu le projet de faire un coup d’état et de faire exploser en plein l’avion présidentiel, auraient vite intégré le Frocad-Idc et J3M pour constituer cette branche armée qui fait défaut au Frocad-Idc et J3M. Car, Sassou Nguesso ne doit pas continuer à tuer les Congolais comme des mouches. A la guerre comme à la guerre !

Et, comment ou avec quoi le Frocad-Idc et J3M vont-ils inquiéter le pouvoir de Brazzaville jusqu’à l’obliger à accepter les négociations ou la tenue d’un dialogue sous l’égide de la communauté internationale ? Par les réunions en salles ou les conférences internationales ou les articles de presse ou encore le boucan devant les résidences des dignitaires du pouvoir à Paris ou les ambassades du Congo en Europe et en Amérique ?

Une seule autorité

L’autre faiblesse du Frocad-Idc et J3M qui depuis deux ans, tournent en rond et ne profitent pas du temps qui passe, est celle de ne pas avoir une seule autorité pour faire l’unité de toutes les composantes.

Il se produit au sein de cette grande plate-forme politique une grande cacophonie parfois assourdissante.

Même pendant les grandes manifestations ou les marches qu’elles organisent, le message n’est toujours pas clair. Les décisions prises sont parfois contradictoires. Il y a lieu de craindre que la course au leadership fait que cette force sur laquelle comptent les Congolais et la communauté internationale pour chasser Sassou Nguesso au pouvoir ne devienne qu’une coquille vide.

Pourtant, ils peuvent se regrouper autour d’un leader, même symbolique, pour faire l’unité et parler d’une seule voix. L’histoire de l’ANC avec Nelson Mandela peut leur être une école.

Nous avons proposé, dans un article publié ici sur Congopage, Jean Marie Michel Mokoko, le candidat vainqueur de l’élection présidentielle anticipée de mars 2016, comme leader de ce mouvement de libération.

D’ailleurs, nous nous offrons encore, à travers cet article, l’occasion de réitérer cette proposition et de lui témoigner notre soutien indéfectible et reconnaissance pour avoir refusé, à plusieurs reprises, de troquer sa libération contre la reconnaissance de l’élection de Sassou Nguesso et la perte de certains de ses droits politiques.

Malheureusement, d’après les informations qui viennent du pouvoir, notamment de ceux qui forment l’aile qui veut apaiser la tension politique qui ne cesse de monter dans le pays, révèlent que ce n’est que pour avoir refusé ce marchandage, que Sassou Nguesso tient à l’humilier au cours d’un procès. La peine qui lui serait réservée serait déjà connue. Huit ans d’emprisonnement.

Selon cette source, André Okombi Salissa fera sa prison à Oyo. Mais, en réalité, il ne sera qu’en résidence surveillée. Puisqu’il devra travailler avec Hugues Ngouolondele pour réconcilier les Tekes et les Mbochis dont les relations se sont détériorées, après l’assassinat du colonel Marcel Nstourou et son arrestation. Sassou Nguesso compte beaucoup sur les Teke pour gagner l’élection présidentielle de 2021. Mais, la famille d’Okombi Salissa va-t-elle monnayer le sang de leur fils, le frère cadet d’André Okombi Salissa, mort en prison dans cette affaire ?
Cependant, les partisans de Mokoko seront libérés, un à un, après le procès Mokoko, mais durant une période d’un an.

Quant à ceux de Ntumi, leur sort dépend de la reprise effective du trafic du Chemin de fer.

Mais, on apprend aussi qu’il n’est pas exclu que l’Upads exhume son alliance avec le Pct. Une alliance qui était signée en 1992, alors que Pascal Lissouba, le père fondateur de ce parti, avait besoin des voix du Pct pour se faire élire, et qui était tombée en désuétude à cause de la guerre du 5 juin 1997.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain
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