Les Africains ont souvent pensé que la situation chaotique dans laquelle ils vivent est fatale, et que les guerres que connaissent leur continent sont plutôt celles des grandes puissances économiques occidentales ou orientales qui veulent faire de l’Afrique leur vache à lait. La principale cause en serait le contrôle de ses richesses naturelles.

Pourtant, dans son livre «  Lettre d’un Pygmée à un Bantou », Ed. Bajag-Méri, 1988, Dominique Ngoïe Ngalla , historien, enseignant à l’Université Marien Ngouabi et écrivain, prend le contre-pied de cette opinion : « Les malheurs de vos sociétés n’ont pas leurs origines dans la métaphysique, aucune fatalité là-dedans. Il est possible de leur trouver des solutions. A une condition : accepter de vous assumer comme histoire et culture, devenir responsables, vous armer de la vertu de courage, laisser les Blancs un peu tranquille. Vous les rendez responsables de tous vos malheurs, c’est trop facile.  » écrit-il.

Mais, Ngoïe Ngalla qui avoue dans un article publié dans La Semaine Africaine que si les Arabes et les Occidents n’étaient pas venus en Afrique, ce continent aurait connu un autre destin, semble pourtant reconnaître la responsabilité des puissances étrangères dans le sous-développement du continent africain.

Pourtant en analysant cet extrait, on comprend vite que Dominique Ngoïe Ngalla reconnaît, lui aussi, que les malheurs ou une partie des malheurs des Africains seraient dus à la présence en terre africaine des puissances étrangères.

Néanmoins partant de l’actualité internationale qui a dominé la fin de ce mois, nous voulons, dire avec l’auteur de « Lettre d’un pygmée à un bantou » : « Laisser les blancs un peu tranquille. Vous les rendez responsables de tous vos malheurs, c’est trop facile ! ».

Deux comportements de deux grands personnages africains, à savoir Abdoulaye Wade, ancien président du Sénégal, et Paul Kagamé, président du Rwanda, nous poussent à emboiter le pas de Dominique Ngoïe Ngalla.

Abdoulaye Wade aurait servi de voix pour légitimer la mise à mort de Kadhafi

Dans la foulée de l’affaire du financement occulte de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par le président libyen, Mouammar Kadhafi, l’opinion africaine et internationale a été informée entre autres de la complicité qu’aurait eue le président sénégalais Abdoulaye Wade dans l’assassinat du guide de la Jamahiriya, la révolution Libyenne.

A en croire une certaine presse internationale, cinq raisons auraient poussé les occidentaux, notamment la France à commettre cet assassinat et provoquer une guerre en Libye.
Il serait question pour la France d’accéder au pétrole libyen, d’accroitre son ’influence en Afrique du nord, d’améliorer sa situation personnelle (Nicolas Sarkozy) en France, de donner l’occasion à l’armée française de reprendre son rang, de contrer la prétention de Kadhafi à remplacer le leadership de la France dans l’Afrique francophone. Mais, il y aurait aussi la volonté de le faire taire définitivement.
Pour atteindre les résultats escomptés, la France et le président Nicolas Sarkozy n’y sont pas allés seuls. Non seulement ils avaient obtenu le soutien des autres pays et gouvernements occidentaux, mais ils auraient aussi atteint leurs objectifs avec la complicité de certains pays et présidents africains.

C’est un ami et frère du défunt président libyen, l’homme d’affaires, Ziad Takieddine, qui fait cette révélation dans la presse internationale.
En effet, invité à la rédaction de Kewoulo info, Ziad Takieddin déclare, entre autres, que « Abdoulaye Wade n’a fait que suivre son maître, Nicolas Sarkozy. C’est une mafia, ce sont les mêmes pratiques faites en Sicile, Italie. Ils se rendent des services criminels pour s’exonérer de leurs actes  ».

Et, d’ajouter «  Abdoulaye Wade est un pion de cette mafia qui a voulu détruire l’Afrique. Il a joué ce jeu parce qu’il était le plus vieux …que Sarkozy pouvait manipuler  ».
Avant de conclure que « si Abdoulaye Wade a servi de voix devant légitimer la mise à mort de Kadhafi, c’était pour faire adouber son fils, Karim Wade. Et le faire exonérer de ses crimes économiques ».

Sauf indirectement, ce coup-ci le diable blanc n’y est pour rien.

Paul Kagamé : victime d’un génocide et génocidaire, lui-même ?

La guerre qui a lieu à l’est de la République démocratique du Congo, notamment dans les provinces du nord et sud Kivu, ainsi que la crise politique que connaît actuellement ce pays, ont révélé la vraie face du président rwandais, Paul Kagamé.
Pourtant, depuis son accession au pouvoir et pour justifier sa politique et sa présence au-delà des frontières de son pays avec la Rdc, l’homme a toujours dit que son pays et lui-même sont des victimes du génocide qui avait eu lieu dans son pays entre avril 1994 et juillet 1994. Un génocide qui, d’après l’Onu, aurait fait environ 800 000 morts parmi les Tutsi, l’ethnie de Paul Kagamé.

Cependant, la guerre qui a lieu à l’est de la Rdc, près de ses frontières avec le Rwanda, a permis de découvrir le vrai visage du président rwandais.
Son armée et celle de l’Ouganda participent à cette guerre qui se mène sur le territoire congolais sous prétexte de protéger son pays ou neutraliser les Hutus rwandais qui avaient participé au génocide, et qui se seraient refugiés dans le nord-Kivu et le Sud-Kivu, deux provinces limitrophes au Rwanda.

Néanmoins, cette guerre continue jusqu’à nos jours. La communauté internationale n’arrive pas à la stopper, alors que c’est depuis 1999 que le Conseil de sécurité des Nations unies avait créé et installé la Monuc dans cette partie.

Le Rwanda et l’Ouganda contrôlent donc cette zone très riche en minerai à travers des groupes de miliciens qui ont leurs comptoirs au Rwanda et en Ouganda.
D’ailleurs, une certaine opinion pense que c’est la vente illicite de ces minerais pillés en Rdc qui aurait favorisé le développement spectaculaire que connaît le Rwanda, ces dernières années. Le Rwanda étant un pays très pauvre.

Mais Paul Kagamé aurait aussi réussi à infiltrer des rwandais dans la politique, l’armée et l’administration de la RDC pour le bien fragiliser et le contrôler.
Et, ceci avec la complicité des puissances occidentales et celle des grands milieux de la real politik.
Pourtant, cette guerre a déjà fait plusieurs millions de morts et causé d’importants dégâts matériels. Des villages entiers ont disparu de la carte du pays. On a l’impression que Denis Sassou Nguesso qui, lui aussi, a effacé plusieurs village dans la carte du Congo, aurait importé cette stratégie politique du Rwanda,
ce, d’autant plus que des mercenaires rwandais ont participé à la guerre qui a eu lieu dans le département du Pool.

Malheureusement, c’est ce soutien entre les présidents dictateurs des pays de la région des Grands Lacs qui veulent se protéger contre les soulèvements de leurs peuples que le ministre congolais des Affaires étrangères, Jean Claude Gakosso, désigne « Diplomatie de proximité  »

Cependant, c’est la pierre qu’aurait jetée l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, dans le jardin rwandais, devant les chefs d’Etat et de gouvernements, lors du dernier sommet de l’Union africaine qui s’est tenu du 17 au 21 mars 2018, à Kigali, qui aurait gêné Paul Kagamé jusqu’à le pousser à mettre la situation de RDC au cœur de son mandat à la tête de l’Union africaine.
En effet, Thabo Mbeki aurait demandé au président rwandais de cesser de jouer le double jeu dans la crise du Congo-Kinshasa ; une gifle à la face qui l’aurait ébloui Paul Kagamé. Puisque après ce sommet, il s’est rendu en Ouganda où il aurait décidé, avec le président Yoweri Musseveni, de mettre la situation de la RDC au cœur de son mandat à la tête de l’UA.
Il y a aussi la crise du Congo-Brazzaville dans laquelle le président rwandais a envoyé des soldats pour combattre aux côtés des forces gouvernementales dans la guerre du Pool. On apprend que les militaires rwandais vont rester dans ce pays jusqu’en 2021, date de la prochaine élection présidentielle.

Lettre imaginaire d’un Blanc à un Pygmée

Vous dites que la situation chaotique dans laquelle se trouve le continent africain est fatale et que les guerres qu’il connaît seraient plutôt celles des grandes puissances occidentales ou orientales qui veulent faire de l’Afrique leur vache à lait.
Dominique Ngoïe Ngalla, lui, dit que «  c’est trop facile. » d’accuser les Blancs.

Dans une lettre fictive d’un Blanc à un Pygmée, le propos sans complaisance serait : Les malheurs de l’Afrique viennent aussi de ses propres fils, son bonheur viendra de ses propres fils.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain