D’Adrien Houabaloukou, on connaissait le militant, figure emblématique de la diaspora congolaise. Voici désormais le leader politique.

A moins de deux semaines du nouvel an, Adrien Houabaloukou, président de la Convention des Démocrates Indépendants, damant le pion à Sassou, a, quelque part, délivré un message de fin d’année à l’attention de ses compatriotes. Un message sans complaisance et sans langue de bois, à l’inverse de ce que nous débite annuellement le président anticonstitutionnel du Congo.

Les Congolais, c’est le moins qu’on puisse dire, ont vécu une année 2018 très douloureuse en dépit des richesses dont regorge leur pays. Dans une vidéo réalisée sur les réseaux sociaux (lundi 16 décembre 2018), Adrien Houabaloukou, ancien candidat à la députation française, a résumé en quelque sorte toutes les souffrances endurées par ses compatriotes. Et dire que ce cortège de douleurs dure depuis des décennies (1978-2018), et dire que l’auteur de ces calamités n’a pas l’intention de rendre le tablier en 2021. Mieux : il veut rempiler. Comme Paul Biya, son grand-frère, qui totalise plus de quatre-vingt balais au compteur.

Dans un discours exprimé sur un ton totalement dépassionné et décliné en français, lingala et kongo, Adrien Houabaloukou a pointé du doigt la pléthore de dysfonctionnements que nous jette à la gueule le régime de Denis Sassou-Nguesso.

Sans notes, fixant l’objectif de la caméra, sans complexe, le Président de la CDI, habité comme par une métaphysique, a quasiment évoqué la totalité des actes politiques et économiques qui rendent impopulaire le clan Nguesso depuis quarante ans d’exercice sans partage du pouvoir. Moins la parenthèse Lissouba, bien entendu.

Les internautes ont loué l’éloquence. On connaît la formule : ce qui est bien conçu s’énonce clairement et, les mots pour le dire viennent aisément à l’esprit. En effet, depuis le temps qu’on cogite sur la situation nationale, la démarche a aiguisé notre acuité intellectuelle.

Rien donc n’a été épargné par Adrien Houabaloukou qui, soit dit en passant, devrait multiplier ses plaidoyers pour un Congo démocratique. Des locomotives du CFCO qui ont un mal fou à tirer les rames sur des rails d’un autre âge (à la joie incongrue de Clément Mouamba le Premier Ministre qui visiblement n’a jamais pris le train au Sénégal) jusqu’à la gabegie du clan d’Oyo, en passant par la porcherie qui tient lieu de palais de justice à Dongou dans la Likouala et par la Conférence Nationale bis, A. Houabaloukou, patriote farouche, n’a ménagé aucune critique.

Le Tribunal de la Likouala montre à quel point Sassou se montre indifférent au sort de ses frères du Nord. « Il n’y en a que pour Oyo » dit amer A. Houabaloukou qui se bat bec et ongles pour que les Congolais du Nord et du Sud s’asseyent autour d’une table pour une Conférence Nationale. Comme en 1991.

L’absurdité la plus criarde en matière d’équipement, c’est la fonctionnalité à usage personnel de l’aéroport d’Ollombo, éléphant blanc ayant englouti pour sa construction autant de milliards que le nouvel aéroport de Dakar doté de sept pistes.

Regrettant l’usage d’un substantif du journaliste et écrivain Armand Serge Zanzala, le président de la CDI se défend de supplanter Modeste Boukadia du Cercle des Démocrates et Républicains du Congo-Brazzaville (C.D.R.C.), partisan d’une Conférence Internationale sur le Congo. Au contraire, a martelé Houabaloukou, loin d’être un adversaire, Boukadia est un frère ; et, par ailleurs, les Ngala et les Kongo doivent dialoguer.

« On doit respecter le combat des autres  » a dit Antoine de St-Exupéry. La locution « un certain Adrien Houabaloukou » maniée par l’analyste Serge Armand Zanzala dans un article sur ce même site aurait pu être ressentie comme une atteinte à l’honneur si le Président de la CDI ne savait pas transcender les choses et n’éprouvait pas de l’admiration fraternelle pour tous ceux qui se battent pour la démocratie congolaise. En effet il faut savoir prendre de la hauteur pour être en phase avec l’auteur du « Petit Prince » et de « Vol de nuit ».

Adrien Houabaloukou connaît ses auteurs. Incollable en économie financière, il a mis en garde ceux qui prendraient le risque d’accepter la dévaluation du Fcfa. Si Sassou harcelé par le FMI se livrait au jeu de la dévaluation, il se mettrait à dos la rue avec des prolongements insurrectionnels indéniables et irréversibles.

Savoir renvoyer l’ascenseur. C’est ce que Sassou n’a pas fait en omettant de respecter le contrat social signé avec la génération contemporaine. Enfant, Mwana Mouébara ne chaussa ses chaussures qu’à l’âge de onze ans. La République l’a scolarisé, éduqué. Pourquoi ne fait-il pas pour les générations actuelles ce que la Nation a fait pour lui. L’argent des générations futures ? Cherchez-le dans la bedaine d’un Jean-Jacques Bouya. Des milliards. Dilapidés. Partis en fumée. Evaporés.

« J’ai été à Nganga Edouard  » se souvient A. Houabaloukou. Il y a été accueilli par des odeurs nauséabondes. Faute de toilettes publiques, la cour du lycée est semblable à la cour des miracles de Victor Hugo. On défèque à ciel ouvert dans nos écoles. Voilà une piste pour comprendre les hystéries collectives (et non des agoraphobies) des élèves de Destinée Doukaga. La jeune ministre n’était pour rien dans les transes des collégiens. Ce n’était pas Doukaga, c’était le caca. Pour cette accusation de magie noire, il y a non-lieu.

Ne cherchez pas loin. Deux cents élèves confinés par classe, un environnement scolaire nauséeux, antiécologique, font partie d’un faisceau d’indices qui expliquent des pathologies psychosomatiques en pleine descente ministérielle dans les établissements scolaires. Pauvre Doukaga.

C’est connu ; pour tuer une société il suffit de désarticuler le système scolaire. C’est le cas dans le Pool et ailleurs, en dehors de la localité d’Oyo. Réduire à néant l’éducation d’une société est une contribution diabolique au génocide.

Au Congo-Brazzaville, l’école est sale. La ville est sale. Pourquoi s’en étonner ? Sassou ne s’est-il pas répandu en sarcasmes face à l’image des congolais travaillant comme éboueurs en France ? Le statut de propreté ne naît pas ex nihilo. Sassou préfère s’occuper de son propre village, Oyo, ancien campement de pêcheurs.
Brazzaville n’atteindra aucun niveau de propreté. En tout cas pas sous frère Sassou qui a montré ses limites en près d’un demi-siècle de règne.

Youss Band l’a chanté : « C’est trop ! »
Et dire que frère Sassou veut faire les prolongations avec sa progéniture. «  A part voler le pétrole, que peut Kiki, un individu dénué d’expérience ? » ironise calmement A. Houabaloukou qui connaît le cœur de ses compatriotes.

« C’est ça qu’on appelle la dictature » scanda Youss, le Nougaro congolais, sur une note mineure au Palais des Congrès à Paris devant un certain Cristel Nguesso, demi-frère de la fille de Céline Ngouabi qui vient de convoler en de justes noces à Kintélé/Brazzaville.

« Ba honda kouaou » chantera en revanche Guy-Brice Parfait Kolélas qui n’a jamais perdu un seul membre de sa famille dans toutes les guerres civiles à l’origine desquelles feu son père ne fut pas innocent.

Protestant et Kimbanguiste, Adrien Houabaloukou a, évidemment, récusé le refrain morbide de Kolélas car aucun Congolais n’a le droit de vie et de mort sur un autre Congolais. « Aimons-nous les uns les autres comme le recommande La Bible ».
C’est en substance ce qu’a préconisé le Président de la CDI qui a dû être, comme chacun, impressionné par ce que le peuple en colère est capable de faire, même en démocratie : endosser le gilet jaune. Avis aux tyrans qui drapent leurs peuples dans des camisoles de force.

Simon Mavoula