La publication, ce 19 mars 2018, de la lettre que le général Jean-Marie Michel Mokoko a adressée au doyen des Juges et dans laquelle il refuse de donner caution à une parodie de justice, a donné du grain à moudre aux Congolais.

En effet, les langues se sont déliées partout au Congo et dans la diaspora.

L’affaire du caporal-chef Ferdinand Masson qui occupait il y a quelques semaines tous les esprits s’est vite dissipée comme fumée au vent. Logique : le caporal a été éclipsé par le général.

Parmi les réactions suscitées par le potentiel procès de Mokoko, nous en avons retenu quelques unes.

D’abord la réaction du directeur provisoire du Rassemblement des Républicains et président de la Convention des démocrates indépendants (CDI), Adrien Houabaloukou. Ensuite les communiqués publiés par l’Association actions pour le Congo-Brazzaville avec Jean Marie Michel Mokoko (Acb-J3M), la cellule de France ; et la Fédération de l’Opposition congolaise Frocad-Idc et J3M. Ca fait beaucoup.

Le général Jean Marie Michel Mokoko, dernier pilier de la démocratie congolaise

Cependant, l’analyse de ces trois textes montre que les réactions ne font pas ressortir la gravité de la situation, dresser les cheveux des Congolais, inquiéter le camp adverse et dire aux Congolais ce qu’il faudra faire au cas le procès venait à bout du général Mokoko, dernier pilier de la démocratie congolaise.

Nous ne devons pas prendre cette affaire à la légère. Car, le général Jean Marie Michel Mokoko est le dernier obstacle qui empêche Sassou Nguesso d’instaurer un système oligarchique au Congo.

La chute de Mokoko risque donc de nous coûter très cher et pour longtemps. Non seulement ses contemporains mais aussi les générations futures.

Il est clair que si le général Jean Marie Michel Mokoko est encore en prison, c’est parce qu’il continue à s’opposer au référendum d’octobre 2015 à l’issue duquel Denis Sassou Nguesso s’est octroyé le droit de briguer un troisième mandat. Or, la Constitution de 2002 défendue par le général Jean Marie Michel Mokoko ne le lui permet pas.

Jean Marie Michel Mokoko est resté droit dans ses bottes et cohérent dans son discours politique. Sa stabilité morale, ses convictions et son éthique surprennent l’adversaire. Malgré les multiples tentatives de corruption par le pouvoir et les menaces de mort, le général tient ferme.

Il lui a été demandé, à plusieurs reprises, de troquer sa liberté contre la reconnaissance des résultats de la présidentielle anticipée du 20 mars 2016 ; une élection qui, aux yeux des Congolais, reste un monstrueux holdup électoral ayant ramené Sassou Nguesso à sa propre succession.
Du fait de la force de caractère du prisonnier Mokoko, tous les Congolais de bonne foi devaient lui en être reconnaissants.

Parce qu’il résiste encore là où beaucoup ont abdiqué, le général Mokoko a gagné ses galons de leader de l’opposition.

Mollesse

Malheureusement, ni chez la CDI, ni chez Acb-J3M, nous ne trouvons pas suffisamment d’indignation musclée. Pas assez pour troubler le sommeil de Sassou.
C’est tout « mou mou ». Il est impérieux de dire aux Congolais que l’heure est grave et l’espoir de liberté en train de se réduire comme peau de chagrin.

Il est urgent d’appeler les démocrates de tous les partis politiques et les militaires républicains qui sont dans les Forces armées congolais de se ressaisir et de sauver la démocratie et la République. A sa façon, Ferdinand Masson l’a tenté, en vain.

C’est que la chute de Jean Marie Michel Mokoko sonnera le glas de la démocratie au Congo Brazzaville et sa plongée dans les ténèbres.

Mobilisation

La triste histoire de Jean Marie Michel Mokoko, depuis le débat sur le changement ou non de la Constitution jusqu’à son incarcération à la Maison d’arrêt de Brazzaville est connue de tous les Congolais et par la communauté internationale.
Nombre de médias congolais et étrangers consacrent des articles sur l’affaire. Or toutes les grandes institutions internationales ont leurs représentations à Brazzaville.
Si elles ne réagissent pas, ce n’est pas parce qu’elles ne sont pas au courant de ce qui se passe dans ce pays ; mais parce qu’il y a une forte pression du pouvoir de Mpila à leur encontre.

Dans notre article « Modeste Boukadia et sa conférence internationale : deux équations à plusieurs inconnues ?  », n’avons-nous pas parlé de la communauté internationale qui bloque à travers la France et le Conseil de sécurité, le dossier sur la guerre du 5 juin 1997 ? Parce qu’elle ne veut pas voir Jacques Chirac convoqué par la Cour pénale internationale, la France ne ménage aucun effort pour maintenir le tyran congolais aux affaires. Sarkozy en prison, Chirac à la maison et tout le monde est tranquille.

L’ancien président, Jaques Chirac, qui avait autorisé l’armée angolaise de combattre aux côtés des milices et mercenaires de Sassou Nguesso contre les forces gouvernementales de Pascal Lissouba, une guerre qui a fait 400.000 morts, aurait agi pour sauver les intérêts de l’Etat français.

La communauté internationale qui bloque le dossier sur l’affaire des disparus du Beach vise le même but : sauver le soldat Sassou. De même l’Onu, notamment le HCR, qui ne veut pas lever l’immunité diplomatique de son ancienne représentante au Congo-Kinshasa citée dans cette affaire comme témoin assisté.

De même, devant le génocide qui a eu lieu dans le département du Pool, la communauté internationale participe à une conspiration du silence.

Mauvaise sortie

Nous pensons personnellement que l’Acb-J3M a raté sa sortie. Le communiqué qu’elle a publié n’est pas assez pugnace. Il manque d’énergie.
L’Acb-J3M devrait pousser les Congolais partout où ils se trouvent à manifester devant les ambassades des pays comme le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda et l’Ukraine qui continuent à envoyer des militaires ou des mercenaires au Congo ; devant les ambassades de la Chine qui continue à vendre les armes au pouvoir de Brazzaville, alors que le pays n’est pas en guerre et connaît une crise multidimensionnelle.

Elle ne devrait plus compter sur la communauté internationale qui est restée sourde et muette depuis le début de cette crise.

Action

On ne devait pas lire, dans ce communiqué, des phrases comme « Curieusement, toute cette diversion se passe au vu et au su de la Communauté internationale, dont le silence traduit une certaine complicité avec le pouvoir de Brazzaville. »

Les Togolais, les Guinéens, et les Congolais de la RDC ne font pas autre chose pour lutter contre les dictatures dans leurs pays respectifs.

Elle ne doit plus attendre la fin du procès. Elle devrait empêcher sa tenue au lieu de se résoudre à des prises de position du genre : « L’Acb-J3M appelle donc tous les hommes du monde entier épris de justice et de paix, de prendre le parti du Général Mokoko. D’ores et déjà, L’Acb-J3M ne reconnaitra pas le verdict de ce procès stalinien, et exige la libération immédiate et inconditionnelle du Général Mokoko, ainsi que de ses codétenus politiques dont l’ensemble des dossiers judiciaires est totalement vide. »
Elle ne devait plus se contenter de déclarer que : «  L’ACB-J3M continuera de dénoncer avec la plus grande fermeté l’acharnement contre le vainqueur des élections présidentielles du 20 mars 2016, et qui revendique mordicus sa victoire volée par le dictateur Sassou Nguesso ».
L’heure n’est plus au discours mais au passage à l’acte.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain