Le très informé journal, Le Troubadour, a fait état dans sa dernière publication, celle du 15 février 2018, d’une volonté manifestée par le général Norbert Dabira de mettre fin a ses jours.
Parait-il, il « aurait fait parvenir un courrier testamentaire à la présidence de la république dans lequel il demandait à être enterré dans son village natal après son suicide… »

Rappelons que le général Norbert Dabira avait été arrêté et gardé à la Maison d’Arrêt de Brazzaville parce qu’il « préparait un coup d’état et voulait faire exploser l’avion présidentiel en plein vol  » d’après le même journal. Cependant, la nouvelle sur son suicide programmé ou planifié a mis les Congolais dans l’émotion et dans le doute.

Car, ils connaissent bien les pratiques qui ont lieu dans les établissements carcéraux au Congo et celles du pouvoir lorsqu’il veut éliminer une personnalité militaire, civile ou religieuse qui devient encombrante pour lui. Les cas à citer sont très nombreux.
Mais, dans cet article nous allons tout de même tenter d’ analyser les raisons qui peuvent pousser cet officier général au suicide, et celles qui font que les Congolais soient dans l’émotion et dans le doute.

Les raisons du suicide

Bien qu’elles soient personnelles. Mais, c’est Le Troubadour qui tente de les trouver : « La culture du soldat qui parfois obéit à une grandeur et un sens du devoir construits sur l’honneur et la dignité, commande de périr, plutôt que de rendre les armes, quelles que soient les circonstances et les conditions qui dessinent la défaite et l’humiliation pour l’officier de référence que l’on a été. Officier général à 36 ans, Norbert Dabira a tissé au long des ans pour sa personne, une stature de « grâce » dont il ne supporte sans doute pas la disgrâce, quel que soit ce qu’on lui reprocherait.  »
Pourtant devant ces raisons avancées, les Congolais qui s’en foutent éperdument demandent pourquoi Denis Sassou Nguesso qui, lui, est un officier supérieur à Dabira, n’a pas cet orgueil ? Serait-il tout simplement devenu un monstre pour ne plus avoir cet orgueil d’officier ?

Or Sassou est plus « sale  » et ses mains égouttent plus de sang que celles du général Norbert Dabira. Il a sur sa tête 400.000 morts de la guerre déclenchée le 5 juin 1997, 350 disparus du Beach de Brazzaville, les morts non encore dénombrés de la guerre du Pool, l’affaire des biens mal acquis, la dette du Congo, la honte et l’humiliation que lui ont fait boire les Congolais qui sont à l’étranger.

Mais, Le Troubadour fait aussi état dans cette même livraison du choc qu’aurait subi l’officier général et qui l’aurait plongé dans un désespoir total : « Lorsqu’il ressort du bureau du procureur de la république ce 6 février 2018, il a la mine défaite, bien qu’il garde son calme : on vient de lui signifier les charges qui pèsent sur lui. On vient aussi de lui dire qu’il va être transféré à la maison d’arrêt centrale de Brazzaville. Il demande aux policiers s’il leur revient de le conduire à son nouveau lieu de détention. On lui répond qu’il y a un nouveau dispositif sécuritaire pour cela, et qu’il devra se rendre à pied du parquet à la maison d’arrêt centrale de Brazzaville. Comme vaincu, il lance aux policiers cette phrase énigmatique, en guise d’au revoir. » : « Hier c’étaient eux, aujourd’hui c’est nous, demain ça sera peut-être vous  ».

Oui ! Cette Affaire de coup d’état ajoutée à celle dite des disparus du Beach dans laquelle il est accusé et avait déjà perdu sa personnalité ainsi que ses honneurs d’officier général, peut effectivement conduire au désespoir total.

En plus, les révélations qu’il aurait faites devant le juge d’instruction lors d’une confrontation avec le colonel Marcel Touanga, partie civile, dans cette affaire, lui auraient coûté très cher au sein du clan au pouvoir.

En effet, les dignitaires du pouvoir qui, pourtant, sont ses parents auraient voulu qu’en tant qu’officier général, qu’il subisse seul et avec fermeté ou résignation toutes les conséquences de cette affaire.

Mais, parait-il que pour avoir lâché le morceau qui lui brulait la langue c’est-à-dire confirmer qu’il y avait effectivement eu des assassinats, le clan lui aurait promis un châtiment très sévère. Il n’attendait que le temps que ce châtiment arrive ! Que pouvait-il donc attendre d’autre ou de mieux du côté du pouvoir ou de ses propres parents qui lui avaient tourné le dos ? Rien, rien, rien !

Maintenant qu’il se trouverait encore à la tête d’une affaire aussi compliquée comme celui du coup d’état et de l’explosion de l’avion présidentiel en plein vol, que peut il encore attendre de ses parents. Le pardon ? La rémission des péchés qui sont faits par pensée ? D’ailleurs, le langage utilisé par ces derniers, les membres du clan, pour lui signifier que son heure est arrivée pour régler ses comptes est très clair et pas énigmatique pour le moins. Il a été mis dans la cellule où le colonel Marcel Nstourou a vécu et trouvé la mort dans des conditions qui jusque-là ne sont pas élucidées.

Déjà la situation et le décor de cette cellule peuvent provoquer des cauchemars et entamer le moral de l’officier, fut-il général.

Aussi il faut dire que Dabira connaît bien le monde politique congolais et ses intrigues. D’ailleurs, lui-même en est membre. Il sait bien ce qui l’attend. Et, ses galons de général, il les a obtenus tout simplement grâce à son appartenance au clan Sassou.
Quels sont les services qu’il avait rendus au pays ou aux Forces armées congolaises pour mériter les grades de général, peut-on se demander. Il sait bien ce qui l’attend. Ca peut être vrai que c’est pour ne pas paraître ridicule ou boire la honte jusqu’à la lie et devant les cameras de la presse nationale et internationale, qu’il aurait projeté mettre fin à sa vie.

L’émotion

La nouvelle provoque l’émotion parce que c’est avant tout un homme, un père de famille, un officier général des Forces armées congolaises, avant d’être ce qu’on lui reprocherait, aujourd’hui. Et, toute vie humaine est sacrée. Même si les dignitaires du pouvoir feignent de ne pas connaître cette règle ou ce principe divin.
Aussi, faut-il dire que le général Norbert Dabira est resté le seul officier général qui pourrait bien témoigner sur l’Affaire des disparus du Beach.
Bien qu’il avait déjà été entendu par le juge d’instruction en France où le tribunal avait été saisi et une enquête, ouverte ; pour les Congolais ainsi que pour l’opinion internationale, les déclarations faites devant les juges d’instruction ne suffisent pas. Ils veulent le voir devant la barre et l’entendre de leurs oreilles ou lire ses déclarations dans la presse.

Et, ils ont la même émotion lorsqu’ils apprennent que l’officier général, un superman, qui allait faire seul un coup d’état et faire, seul, exploser l’avion présidentiel en plein vol, puisque jusque-là aucune autre personne n’a été arrêtée dans cette affaire, trouve la mort dans ces conditions.

Le doute

Oui ! Il faut en douter. Parce que les Congolais connaissent bien les pratiques du pouvoir. La liste est très longue de ces officiers généraux, cadres civils et personnalités religieuses que ce pouvoir a fait trépasser dans des conditions incroyables et inimaginables.

Tous les Congolais savent que Sassou Nguesso broie les vies humaines de la même manière qu’un concasseur broie la caillasse.
Les Congolais sont dans un doute très persistant puisque Le troubadour qui a révélé cette affaire n’a pas publié une copie scannée du testament que le général Norbert Dabira aurait envoyé à la présidence de la république. Alors qu’il en publie quelques extraits.
Pour une information d’une telle importance qui concerne la vie d’une personne qui, en plus, est dans un établissement carcéral, Le troubadour aurait fait mouche s’il avait publié l’article avec la copie scannée de ce testament, dûment signé par le général Norbert Dabira. Cela allait l’épargner de tous les soupçons et aurait évité de susciter le doute.

Cependant une alternative est possible. Soit le général Norbert Dabira est déjà empoisonné ou a déjà reçu le coup fatal du pouvoir ; voilà pourquoi il prend ses avances, en informant déjà l’opinion nationale et internationale de ce qui va lui arriver dans un proche ou lointain avenir. Déjà il y a quelques semaines, une certaine presse avait fait état d’un incendie qui aurait eu lieu dans sa cellule. Notre confrère, Le Troubadour, serait il encore tombé dans le jeu des politiciens comme dans sa révélation du coup d’état ?
Soit c’est un projet du pouvoir que ce journal annonce en avance pour prendre à témoin l’opinion nationale et internationale ?
Néanmoins dans les deux cas, la responsabilité de ce journal est engagée. Parce que cette nouvelle est une exclusivité dans la mesure où cette information ou le testament du général Dabira dont il parle a été obtenu en priorité ou a été réservé à son seul usage pendant une période donnée. Cette responsabilité est aussi juridique. Les parents de Norbert Dabira peuvent lui demander de leur fournir les preuves devant les tribunaux.

Quelles seraient les conséquences du suicide de Dabira ?

Cependant, malgré cette analyse que nous avons faite, une question revient au bout de notre raisonnement. Le général Norbert Dabira aurait il tout simplement pété les plombs jusqu’à décider à faire le choix du suicide pour éviter la honte et l’humiliation ou serait-il forcer à opter pour cette solution pour ne pas dire la vérité, éclabousser les dignitaires du pouvoir et faire écrouler tout le clan qui est déjà dans une position inconfortable avec la crise multidimensionnelle que connaît le pays.
Mais, nous encourageons les membres de sa famille à réagir à cette exclusivité du Troubadour bien que nous sachons d’avance que le pouvoir de Brazzaville ne le leur permettra pas.
Aussi, le pouvoir devrait faire que les choses ne se passent pas ainsi pour sauver son image déjà ternie. Car, la mort du général Norbert Dabira dans sa cellule en prison, après celle du colonel Marcel Ntsourou et d’autres prisonniers, risquera de soulever un tollé dans l’opinion nationale et internationale, et confirmer les mauvaises conditions de la détention carcérale. Mais, il faut aussi craindre qu’il soit une preuve sur le non respect des droits de l’homme et sur la dictature du régime de Sassou Nguesso. Le suicide du général Norbert Dabira peut donc devenir un couteau à double tranchant.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain