Le temps est linéaire parce que le présent, le passé, le futur, frappent sans distinction dans l’espace. Les écrivains décrivent le mal, les politiques l’écrivent.

Au cours du mois d’avril dernier, nous avons publié aux Editions Edilivre deux ouvrages : un roman, « You are mum ! You are dad ! » qui est une histoire romancée de l’amour des princes et ducs de Sussex, Harry et Meghan, au Royaume Uni ; et un recueil de nouvelles, « La France, ni marâtre ni mère-patrie » articulation de sept nouvelles : « Le premier épisode savoureux d’une nouvelle », « La France, ni marâtre ni mère-patrie », « On se verra à Rome ! », « Sel piment », « Bafwabissalu », « Les têtards noyés dans un verre d’eau », et « La centième version d’une histoire à mille têtes et cent queues ».

Contenu

Les thèmes de ce livre sont variés. Mais, ils sont collés à l’actualité politique congolaise. Ils vont de la dictature, du génocide, des crimes de sang, de démocratie et économiques qui sont commis par Denis Sassou Nguesso et les membres de son clan ; de la trahison de l’Eglise catholique, notamment le Vatican, avec cette histoire de l’assassinat par empoisonnement de Mgr Ernest Kombo ; des Congolais qui se servent des phantasmes pour se redonner le courage de vivre ; de la trahison des intellectuels congolais ; de l’improvisation qui caractérise la classe politique congolaise, notamment les partis de l’opposition. Mais, il y a aussi la complicité entre le pasteur Ntumi et le pouvoir de Brazzaville dans les guerres récurrentes du Pool.

Nous avons fait de l’ « Inforoman »

Nous rappelons que dans ce recueil de nouvelles, nous avons fait de « L’Inforoman » qui veut que le roman sort de la fiction. Puisqu’il est un « instrument de combat qui doit bousculer les consciences et faire changer les mœurs. Là où la vie et les libertés fondamentales sont confisquées. » (Page 22). Nous avouons donc être très proche de la situation politique du Congo-Brazzaville dont la dictature que subissent les Congolais n’a rien d’égal au monde.

Cependant, certains lecteurs qui, sans doute, veulent défendre le pouvoir de Brazzaville, et qui veulent nous noyer, assimilent notre ouvrage à la « Radio mille collines  ».

La Radio Mille Collines est cette radio qui aurait mis le feu aux poudres dans le génocide rwandais.

Elle était une radio privée qui avait été créée en 1993. Pour une certaine opinion, sa mission principale était de «  concurrencer la radio nationale dont les programmes ne convenaient pas aux proches du président Habyarimana et à son parti politique. » Et, pour cette même opinion, ce serait cette radio qui aurait aussi permis aux « extrémistes hutu de propager leurs appels à la haine raciale ».

Pour nous accuser d’avoir manqué de respect envers les autorités congolaises, nos détracteurs commencent par répertorier les noms que nous avons donnés à certains personnages de notre ouvrages avec lesquels ils font les liens ou trouvent des similitudes avec ceux de quelques dignitaires du pouvoir. Il s’agit, entre autres, de « John Dominion », « Terry Mundele-ba-Bangala » et « Amos Emmanuelli Tumba-Mboka ». Pour nous disqualifier, ils se servent de deux petits extraits tirés à la témoin de Jehova, et dont nous voudront ici reprendre et commenter.

Ces bouts de textes qui dérangeraient déjà

« D’ailleurs, les populations qui sont parties de tous les coins du pays et qui sont descendues jusqu’à Tsambi-Tsombi, la contrée dirigée par le comte Ngollo-Makassi, où étaient cachées ces armes, et où logeaient aussi les mercenaires étrangers ont tout fait sauter avec la dynamite. Habitations, stades omnisports, banques, hôpitaux, bâtiments administratifs et universitaires, cimetières familiaux… ont été détruits. Les populations disent avoir détruit les tombes, exhumé les corps et brulé leurs os comme du bois de chauffe, parce que beaucoup de morts parmi les 400.000 qui ont été enregistrés pendant la première guerre de la reconquête du pouvoir par le président Kadia-Pemba en 1997, n’ont pas été ensevelis et enterrés dans des cimetières. » In « Le premier épisode savoureux d’une nouvelle » (pp 49-59). Mais, il y a aussi le bout de refrain «  ba kata koko mike, mike . Alors que ce bout de chant fait peur à une certaine catégorie de citoyens, notamment aux membres du clan du président Moleki Nzela qui craignent la vengeance du peuple, et qui depuis quelques mois, ont commencé à porter comme sous-vêtements des couches culottes qui sont plus connues sous le mot de Pampers pour ne pas laisser couler leurs urines dans les pantalons ou leurs robes ainsi que leurs pagnes.  » (…) « Il fait revenir dans les esprits les images sur l’arrestation et les conditions dans lesquelles l’ancien président libérien, Samuel Doe, avait été arrêté et coupé en petits morceaux par ses ennemis, avant de trouver la mort. » In « La centième version d’une histoire à mille têtes et cent queues », (pp 366-367)

Comme le livre de l’Apocalypse ?

« L’Apocalypse est un texte magnifique de l’apôtre Jean, rédigé à la fin de sa vie, vers l’an 100, sous la forme d’une lettre aux Églises d’Asie Mineure, qui vivaient des moments difficiles en raison de la persécution romaine. »
Cependant, beaucoup d’historiens prennent l’Apocalypse pour le livre qui a écrit le futur à l’avance. Mais, notre texte à nous a été écrit au passé. Même si les acteurs culturels, musiciens et écrivains, ont le secret de manipuler le temps : ils vous parlent du passé alors qu’ils font allusion au présent et au futur.

Néanmoins, ce qui semble plus faire mal à nos détracteurs c’est la destruction des habitations et des cimetières familiaux, ainsi que l’exhumation des corps dont les ossements sont brûlés comme du bois de chauffe dans un feu de camp.

Effectivement, cela est écrit dans notre livre. Mais, nous n’avons pas demandé aux Congolais d’avoir eux aussi le comportement des populations de la République de Kiki-Koko-Kaka. Pourtant, nous craignons déjà que des habitations et des cimetières soient détruits, et les ossements des morts des dignitaires du pouvoir congolais, soient brûlés comme du bois de chauffe. C’est que, comme les populations de la République Kiki-Koko-Kaka, les Congolais, eux aussi, ont appris que les habitations et les cimetières familiaux des dignitaires du pouvoir sont des véritables Trésors publics ou des banques centrales. En effet, c’est en ces lieux que l’argent volé est caché.
Ces derniers temps, c’est dans les pays de l’Ouest, avec la complicité des commerçants ouest-africains qui sont installés dans leur pays, que cet argent est envoyé à l’étranger où il est encore caché dans des maisons qu’ils achètent là bas.

Prévenir les dignitaires congolais des dangers qu’ils courent

Tout homme est mortel, or Sassou Nguesso est un homme donc il est mortel. C’est avec ce syllogisme que nous voulons attirer l’attention des dignitaires congolais face au mal qu’ils font à leur peuple. Toute leur politique ne concerne qu’à faire plaisir ou la volonté d’un seul homme et son clan. Officiers généraux et subalternes, hauts cadres de l’administration publiques, grands intellectuels et enseignants à l’université… tous se font complices d’un homme, sans ambition politique, qui ne veut qu’à tout prix satisfaire ses appétits personnels, d’abord, et ceux des membres de son clan, ensuite. Ils ne comptent que sur son maintien au pouvoir pour continuer à bénéficier de certains avantages. Ils se salissent les mains parce qu’il faut à tout prix conserver le pouvoir et maintenir Denis Sassou Nguesso à la tête du pays. Leur propre sécurité et leur vie ne reposent que sur celles de Denis Sassou. Ils ne pensent pas à ce qu’ils pourront devenir demain, sans Sassou Nguesso. Oubliant ainsi que Sassou Nguesso est un homme c’est-à-dire appelé à quitter ce monde. Il est donc concerné par le syllogisme, et, que la mort peut le surprendre n’importe où et n’importe quand. Malgré sa garde qui est bien armée, il n’est pas invulnérable.

Craindre que les fils et petits-fils payent les pots cassés

A l’allure où vont les choses au Congo, et dans les conditions dans lesquelles les Congolais vivent tous les jours, il faudra déjà craindre que la vengeance soit le maitre mot de demain quand Sassou Nguesso ne sera plus là. Puisque, parait-il, il va mourir au pouvoir, il faudra donc craindre que les enfants : fils, petits-fils et arrière-petit-fils des dignitaires du pouvoir de Sassou Nguesso payent, demain, les pots cassés par leurs parents ou grands parents ou encore arrière-grands-parents. Malheureusement, ce revers de la vie, les dignitaires du pouvoir qui sont des vrais épicuriens, n’y pensent pas. Ils ne lisent pas l’histoire des Nations pour se rendre compte que le monde a connu, bien avant eux, des empires, des royaumes, des régimes dictatoriaux qui étaient aussi forts ; mais qui avaient fini par disparaitre. Vu dans ce sens, « La France, ni marâtre ni mère-patrie » peut, comme le livre de l’Apocalypse, être un livre écrit sur le futur du Congo. Mais, le prendre pour la « Radio Mille Collines  », nous disons tout simplement NON ! Et, nous demandons à nos détracteurs soit de porter des verres biconcaves et de faire une autre lecture soit de lire les filigranes de notre livre. Mais, peut-on reprocher à Jean d’avoir écrit le livre d’Apocalypse ? Car si le futur peut être changé, le passé, lui, te rattrape, te frappe. Or, par le passé et aujourd’hui la République Kiki-Koko-Kaka excelle dans le mal absolu.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain