Le samedi 14 mars dernier, sur la chaine de la Radio de Chicago, Jean Lewis a animé une tribune à laquelle participaient Gaston Mahoungou, Daniel Mabanza, Dieudonné Goma, Alphonsine Mikouiza et Bakim Kassen Kaya.

Les débats avaient porté sur deux sujets d’actualité : la pandémie du Coronavirus, notamment les 200 millions de Francs Cfa alloués aux Congolais de Chine, et les risques d’implosion du régime de Denis Sassou Nguesso.

Cette tribune a été très intéressante, pour nous, parce que c’est depuis longtemps que nous attendions un débat entre Gaston Mahoungou et Alphonsine Mikouiza, deux grands leaders d’opinion dans la diaspora congolaise de France, qui ont un dénominateur commun : toujours attirer l’attention à soi et prouver qu’on fait mieux, voire qu’on fait plus que les autres. Ce que font ou proposent les autres ne comptent pas à leurs yeux. Nous avons déjà eu la chance de suivre, chacun, séparément et à des différentes occasions. Cependant, cette tribune à laquelle ils ont participé, tous les deux, était pour nous une occasion de voir si les deux personnalités pouvaient s’accorder pour dégager une stratégie commune sur la crise multidimensionnelle que connait le Congo-Brazzaville.

Malheureusement, grande a été notre déception de voir qu’ils ont, une fois de plus, confirmé leurs egos surdimensionnés. Ils ont livré un spectacle qui nous a rappelé des scènes du marché de Bamacro, vers Texaco-la-Tsieme, à Brazzaville. Lorsque des vendeurs à la criée se battaient pour avoir tous les clients. Effectivement, au cours de cette tribune, Gaston Mahoungou et Alphonsine Mikouiza ont vanté leurs stratégies, discours et relations politiques ainsi que leurs contacts avec les institutions internationales. Comme si la course à l’héroïsme a déjà commencé au sein de la diaspora de France. Alors que dans la lutte contre la dictature du Congo, seul le peuple congolais en sera le héros. Jean Lewis a eu du mal à diriger le débat parce que les deux orateurs faisaient parfois des brusques envolées qui n’étaient pas loin d’une dispute. Mais, Gaston Mahoungou et Alphonsine Mikouiza n’ont fait que confirmer la course au leadership, l’incompréhension, et les egos qui existent au sein de l’opposition congolaise, dans son ensemble, et qui retardent la victoire du peuple congolais.

Pourtant, notre analyse ressort que le discours et les stratégies de Gaston Mahoungou et ceux d’Alphonsine Mikouiza, ne se contredisent pas ; mais se complètent même lorsque Gaston Mahoungou tient à la tenue d’une deuxième Conférence Nationale Souveraine, et Alphonsine Mikouiza campe sur le soulèvement populaire comme seul moyen de mettre fin au pouvoir clanique de Denis Sassou Nguesso. Elle s’inspire des révolutions qui ont eu lieu en Algérie, Tunisie et Burkina Faso. Elle a même révélé que son association est déjà très avancée dans la préparation des Congolais au soulèvement populaire. Alors que toutes les révolutions ne se ressemblent pas.
Dans cet article, nous voulons aborder ces deux sujets : le virus de Coronavirus et l’implosion du régime de Denis Sassou Nguesso ; mais différemment.

Le virus de Coronavirus

Les voix s’accordent pour dire que nous sommes là dans la nouvelle forme de la guerre que vont se mener les grandes puissances, entre elles, pour se fragiliser ; et celle contre l’Afrique pour la dépeupler et freiner son développement ou empêcher son indépendance économique.

Déjà, les présidents français, Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron ne cachent pas leurs sentiments sur la croissance démographique e de l’Afrique. «  La démographie africaine est la première source de pollution », a dit le premier ; le second, lui, pointe les femmes africaines qui font sept à huit enfants.

A cette guerre qui s’annonce très dévastatrice, les pays africains ne doivent pas y aller en soldat solitaire.

Dans notre ouvrage, « Jean-Marie Michel Mokoko  » , nous parlons de cette guerre et proposons l’ouverture des comptoirs africains. Les pays africains doivent tous se mettre dans l’obligation de céder une partie de leur souveraineté. Ils doivent accepter la création des comptoirs pour le commerce intérieur et le commerce extérieur. Dans le commerce extérieur, les comptoirs joueront un grand rôle dans les exportations et les importations. L’entrée de tous les produits pharmaceutiques et alimentaires devra nécessairement passer par les comptoirs où leur qualité sera contrôlée par des équipes sous-régionales. Mêmes les produits qui sont agréés par l’Organisation Mondiale de la Santé devront être contrôlés et autorisés par la Commission Santé de l’Union Africaine, après une expertise des laboratoires africains. Voilà ce qu’il faudra voir au-delà du Coronavirus.

L’implosion du régime de Denis Sassou Nguesso

Une dictature est comparable à un fruit qui peut être cueilli, qui peut tomber sous le coup d’un vent ou parce que ayant atteint sa maturité.
Les Congolais sont dans ces trois états. Ils attendent que la France et les institutions internationales (Onu, Fmi, Union européenne…) mettent fin à la dictature du Congo. Ils ont raison, parce que ce sont eux qui ont aidé Denis Sassou Nguesso à revenir au pouvoir, à l’issue d’un coup d’état ou à le reconnaitre comme Président du Congo. Ils attendent que le même vent qui a soufflé dans les pays arabes et au Burkina Faso et qui a emporté des régimes politiques souffle aussi dans leur pays.

Aussi, attendent-ils que les contradictions qui naissent au sein du clan de Denis Sassou Nguesso, dans son armée et son pouvoir fassent éclater le pouvoir. Pourtant, certains Congolais proposent aussi la tenue d’une Conférence internationale sur le Congo qui aura lieu sous l’égide de la Communauté internationale, d’autres, une deuxième Conférence nationale, d’autres encore, un soulèvement populaire. Néanmoins, tous les moyens proposés ne se contredisent pas. Cependant, il faut les classifier.
Le Congo étant un pays souverain, la Communauté internationale ne pourra pas lui imposer une Conférence internationale que ne veut pas entendre parler son gouvernement. De même, Denis Sassou Nguesso ayant déjà bu la honte et l’humiliation d’une Conférence Nationale Souveraine, n’acceptera pas une deuxième Conférence Nationale Souveraine.

La solution qui reste valable est celle du soulèvement populaire. Comme l’envisage Alphonsine Mikouiza. Mais, après la chute du pouvoir de Sassou Nguesso et la fin de tout de son système, il faudra aller à une Conférence Nationale Souveraine pour doter le pays d’un Projet de Société ; à une Conférence Internationale sous l’égide de la Communauté internationale pour présenter le Projet de Société, demander son assistance dans la préparation des élections générales, le rapatriement de l’argent public volé et caché dans les paradis fiscaux, l’ouverture des procès des grandes affaires comme celles des disparus du Beach, des Bien mal acquis, du génocide du Pool, la guerre de 1997-2000, et l’Opération Mouébara.

Revenons au soulèvement populaire

Tel que le préparent Alphonsine Mikouiza et son association, nous ne sommes pas sûr qu’il aura lieu et réussira et mettre fin à la dictature du Congo. Pour cause, l’infiltration du pouvoir dans les mouvements politiques de l’opposition. L’association d’Alphonsine Mikouiza n’est pas à l’abri de cela. Mais, il y a aussi son audience dans l’opinion nationale. Combien de Congolais croient au discours politique de son association ? C’est pourquoi nous pensons et nous en sommes convaincu que le soulèvement qui emportera le pouvoir de Brazzaville sera spontané.

La révolution commencera le jour où le pouvoir de Brazzaville choquera toute la conscience nationale. D’aucuns nous dirons qu’il y a eu les condamnations de Jean-Marie Michel Mokoko et d’André Okombi Salissa, les tueries de Chacona au cours desquelles 17 jeunes avaient trouvé la mort, la création de la taxe foncière, les crimes économiques et de sang qui sont commis par les membres du clan de Sassou Nguesso… qui n’ont pas mis les Congolais dans la rue.

Ils n’ont pas raison. Parce que les Congolais sont encore rendus perplexes par les discours comme ceux de Modeste Boukadia sur la Conférence Internationale, de Gaston Mahoungou sur la deuxième Conférence Nationale Souveraine, du gouvernement sur le Dialogue National, et d’Alphonsine Mikouiza sur les préparations discrètes d’un soulèvement populaire.

Néanmoins, la révolution commencera le jour où les Congolais découvriront que c’est en vain qu’ils ont attendu tous ces rendez-vous et que toutes ces stratégies n’étaient que des leurres.

Cependant, une journée et une seule semble être propice pour commencer cette révolution. C’est le jour de l’annonce du candidat du Parti Congolais du Travail à la prochaine élection présidentielle. Avant cette date et à un an de l’élection présidentielle, même la Communauté internationale n’acceptera pas une Conférence Internationale ou une Conférence Nationale Souveraine au cours de laquelle il s’agira de mettre fin au pouvoir de Brazzaville. Soyons réalistes et cessons de leurrer les Congolais.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain