Une psychanalyse du comportement face aux obsèques des autres révèle l’intolérance de Denis Sassou Nguesso ! Le décès de Me Aloïse Moudileno-Massengo et son inhumation à Nancy, en France, nous a poussé à réfléchir sur tous les décès des exilés politiques congolais et leur inhumation à l’étranger.

En dépit du fait que leurs propres familles ou eux-mêmes ont, dans leurs testaments, souhaité de ne pas être enterrés au Congo, leur pays où ils ne pouvaient plus repartir, même de leur vivant, les décès de ses adversaires à l’étranger éclairent davantage l’intolérance de Sassou.

Pourtant, lui avait obtenu que sa fille, Edith Lucie Bongo Ondimba, soit inhumée à Oyo, bien qu’épouse du Président gabonais, Omar Bongo Ondimba. Et, pour cette raison, elle devrait être enterrée à Libreville au Gabon. Aussi, faut-il souligner que les Congolais n’ont jamais cessé d’être tolérants avec lui. Et, ce n’est pas à cause de la puissance de son armée qu’il se maintient au pouvoir ; mais parce que les Congolais sont tolérants, sont imprégnés du ki-muntu.

De Nguila Moungounga Nkombo, membre du l’Union panafricaine pour la démocratie sociale et ancien ministre de l’Economie et des Finances du président Pascal Lissouba, mort lui aussi en France, à Me Aloïse Moudileno-Massengo, ancien Vice-président du Conseil d’Etat, en passant par Alexis Gabou, par le colonel Godefroid Matingou et Mbiki de Nanitelamio, tous deux décédés au Canada, ainsi que Paul Kaya, ancien ministre d’Etat, décédé en France, ils se comptent déjà par dizaine, ces Congolais qui, depuis plusieurs décennies, meurent et sont enterrés loin des terres de leurs ancêtres. Alors que toutes les traditions congolaises veulent que les grandes personnalités, notamment celles qui ont atteint un âge vénéré, reposent en paix aux côtés des leurs, pour participer autrement à la vie du village, de la famille ou du clan, car les morts ne sont jamais morts, voilà le Président congolais figé dans une posture bien décrite par Albert Camus dans L’Etranger : l’insensibilité absolue.

Prière pour être enterré à Mandou

Et, c’est Dominique Ngoie-Ngalla, écrivain congolais et enseignant à l’Université Marien Ngouabi, qui confirme et pérennise cette tradition ou traduit ce souhait, dans son poème : « Prière pour être enterré à Mandou » dont voici les vers :

«  Lorsque la nuit sera descendue
Sur ma paupière close à jamais
Et que ma carcasse humiliée
Demandera à retourner à ses origines
Permets O Dieu
Que je prenne mon repos parmi les ruines
De Mandou déserté par ses fils oublieux
L’ouragan des passions ou l’effroi de la mort
Les dispersa par toute la terre
Où le soir lorsque le cœur s’alourdit
Ils se souviennent en pleurant
Là couché sous un humble tumulus
Comme tant d’autres fauchés
Jeunes et vieux avant la funeste diaspora
J’attendrai l’heure du jugement.
Sur ce tertre sans gloire il n’y aura rien
Que de pauvres fleurs des champs
Et l’humble croix latine
Et le passant avisant ce modeste mausolée
Lira avec un pleur au coin de son œil rougi
Ici repose Dominique Ngoie-Ngalla
Un rien mandouan qui ne fit rien pour sa patrie
Si ce n’est qu’il l’aima avec piété
La paix sur lui et qu’il dorme tranquille.
 »

Cependant, même si les raisons qui font que ces Congolais s’exilent à l’étranger, y trouvent la mort et y sont enterrés, sont multiples et différentes, l’autopsie de la politique telle qu’elle est faite au Congo, et la psychanalyse du comportement politique de Denis Sassou Nguesso dominé signale la pulsion de mort qui sert de modus vivendi au tyran. Il s’agit de morbidité travaillée par la négation de l’autre.

Nous rappelons que la psychanalyse est une discipline qui est fondée par l’autrichien Sigmund Freud. Elle consiste en «  l’élucidation de certains actes, pensées ou symptôme en termes psychiques à partir du postulat de l’existence du déterminisme psychique  ».

La définition parait très savante pour les néophytes en la matière. Pourtant, elle veut tout simplement dire qu’une idée qui se présente à l’esprit ou un acte qui est posé par une personne, n’est jamais arbitraire. Ca vient de ce que Freud appelle le « refoulé » et ça se matérialise par des « actes manqués ». L’inconscient remet à jour ce que le sujet aimerait cacher. Dans le comportement politique de Denis Sassou Nguesso qui contraint des Congolais à l’exil, on ne se trompe pas en mettant l’intolérance au centre de sa conception du pouvoir.

Néanmoins, les Congolais qui, depuis la Conférence Nationale Souveraine et ses holdups électoraux, comptabilisent ses crimes de sang, de démocratie et économiques, subliment (transforment) le meurtre symbolique ou réel que le sujet Sassou mériterait comme traitement. Pour Freud la sublimation des instincts est une marque de tolérance. La civilisation commence là.

Pourtant, ils savent que c’est bel et bien lui, Sassou, qui est à l’origine de leurs malheurs, et apprennent, par ailleurs, que l’homme sabrerait le champagne chaque fois qu’un opposant ou un exilé politique trouve la mort et est enterré à l’étranger.

Le rapatriement du corps de l’abbé Fulbert Youlou, premier Président du Congo décédé à Madrid en Espagne, par le président Marien Ngouabi, ne lui sert toujours pas de paradigme post-mortem.

La crémation du colonel G. Matingou

Mais, c’est le cas de la crémation du colonel Godefroid Matingou qui devrait faire prendre conscience à Denis Sassou Nguesso d’autant que la que a demi-sœur du défunt, Emilienne Raoul, était ministre de son gouvernement. Ce genre de pratique crée un malaise dans civilisation congolaise.

Et, Ya God comme aimaient l’appeler ses proches aurait fait savoir son souhait d’être brulé dans un four crématoire dont la température est de 850 degrés Celsius, dans un testament.

Devant cet acte qui nous parait toujours étrange et incompréhensible, nous continuons à nous demander dans quel état était Ya God lorsqu’il rédigeait son testament et prenait cette décision.

Avait-il perdu tout son courage de soldat ? Lui, le brave officier qui avait conduit les troupes des Forces armées congolaises au Tchad, alors que ce pays était en guerre. Et, quelle a été la réaction de Denis Sassou Nguesso devant cette crémation ?

Craindre une guerre contre les Sassou ou les Nguesso

Devant ce refus d’admettre l’existence d’idées, de croyances ou d’opinions différentes des siennes, la condamnation à l’exil de nombreux Congolais, et le sentiment de révolte qui germe déjà dans les cœurs des parents, amis et connaissances de tous ces Congolais qui sont victimes de l’intolérance politique de Denis Sassou Nguesso, il faudra craindre que les Sassou ou les Nguesso ou encore tous les membres de son clan, ainsi que ceux de son parti politique, le Pct, payent un lourd tribut lorsque lui, l’intolérant, tombera dans un « sommeil sans rêve » (métaphore de la mort chez Freud).
La mort, cette « étrange maladie », guette tout Homme, or Sassou, pour reprendre le syllogisme, est un homme, donc mortel. Même s’il échappe à un coup de force, Sassou peut mourir de vieillesse. Effectivement, c’est cette mort que ses partisans qui ne veulent pas le voir devant la barre d’un tribunal ou prendre le chemin de l’exil ou encore être logé à la Maison d’arrêt de Brazzaville ou dans une chambre de Scheveningen, la prison de la Cour pénale internationale, lui souhaitent.

Sassou, dit-on, aurait déjà préparé sa tombe à Edou, comme jadis Mobutu à Gadolite.
Que se passerait-il si jamais Sassou meurt en exil comme Mobutu ? Son caveau familial creusé à Edou-Penda risque de ne pas recevoir sa dépouille comme le tombeau de Mobutu demeuré vide. Ce serait le comble de l’ironie.

Or ces nombreux cas de décès et d’inhumations ou de crémation des exilés politiques à l’étranger devraient ramener aux sentiments humains, et pousser à faire autrement la politique ou à comprendre que le Congo est un bien commun pour le commun des mortels. Nous y naissons, vivons pendant une tranche de temps avant de retourner à la terre. Pourquoi vouloir s’accaparer d’un pays qui appartient à tous et que l’on va tous laisser quand la vie se sera lassée de nous ?

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain