C’est avec beaucoup de soin que nous avons lu le message des vœux que la Fédération de l’Opposition congolaise, Frocad-Idc M3JM, a fait aux Congolais pour cette année 2019. Votre texte est, à la fois, décent, honorable, conforme, honnête, bienséant. Bref, politiquement correct.

Sauf que ces vœux portent plus sur la critique de la politique de Denis Sassou Nguesso qu’ils ne disent aux Congolais ce qu’il faudra faire pour mettre fin à sa dictature. Vous avez agi, chère Madame, comme une opposition légale en temps normal. Alors qu’il n’en est pas ainsi. Vous êtes devant un pouvoir sans fondement constitutionnel. Illégal, illégitime.

Aussi, dans votre message, vous ne vous êtes pas prononcée sur les nombreuses propositions qui sont faites pour resserrer les rangs et redonner du courage aux Congolais. Pire, vous êtes restée muette comme une carpe sur leur demande de l’unité des partis de l’opposition avec la création d’un seul et grand parti que réclame une bonne partie du peuple congolais. Car, votre fédération parait comme un monstre à plusieurs têtes et queues.

Les Congolais veulent dire, eux aussi, « Tata bo ? Moko ! Ekolo bo ? Parti bo ? Moko ! Mokondzi bo ? Moko ! » pour prouver et raffermir leur unité, comme nos frères de l’autre côté du Fleuve, au temps de Mobutu Sesse Seko de triste mémoire.

En plus, vous n’avez pas encouragé les Congolais de la diaspora qui, pour certains, d’une manière sous-jacente, font du bon travail de lobbying, et pour d’autres, en l’occurrence les indignés 242 et les membres du Sassoufit, bravent Denis Sassou Nguesso, chaque fois qu’il séjourne sur le territoire français.

Il y a aussi tous ceux qui ont monté, grâce aux nouvelles technologies de la communication, des petites chaines de télévision pour informer sur la situation du Congo. Qui d’autre pourra les encourager dans leur engagement si ce n’est pas vous, Madame la présidente !

Sans abuser de votre temps pour nous lire, nous voulons vous donner, très respectueusement, un petit devoir à faire à la maison, comme à l’école. Même s’il n’est pas à remettre. Il s’agit tout simplement de lire, ci-après, l’histoire sur le nanisme pour comprendre les attentes des 92% des Congolais qui avaient dit non au Referendum et qui n’avaient pas voté pour Denis Sassou Nguesso, lors de l’élection présidentielle anticipée de 2016.

La parabole des huit nains

La scène s’est passée dans un village imaginaire appelé Wouari-Mumvuka, dont le nom traduit en français veut dire « c’était une cité ».

Wouari-Mumvuka était donc une grande cité très florissante. Mais, la coupe du bois anarchique, l’exploitation sauvage de ses matières premières par des sociétés étrangères qui ne respectaient pas les conventions internationales sur l’environnement, la coupe des arbres fruitiers par les miliciens du pouvoir qui fabriquaient du charbon utilisé pour les barbecues de Mama Kulutu, la première dame ; le pillage de ses richesses et les guerres récurrentes qu’il avait connus, l’ont complètement défiguré. Toutes ses forêts étaient donc ravagées. Il n’y est resté qu’un seul arbre. Celui qui poussait non loin du village. Tous ses cours d’eau avaient tari. Ses habitants mouraient de soif, de déshydratation et de faim. Wouari-Mumvuka qui, jadis, était une cité, est devenu un hameau comptant quatre personnes qui toutes étaient de très petite taille. Une taille inférieure à un mètre et demi (150 cm).
Cependant, malgré la sécheresse et la disette, l’arbre qui poussait dans le village avait eu un fruit, un seul qui était mur et gros. Les quatre habitants pouvaient le manger pendant plusieurs mois.

Tous les habitants avaient vu ce fruit qui était à moins d’un mètre (750 cm) de la terre. Chacun voulait aller le cueillir seul pour être le héros du village. Et, chacun y allait de sa stratégie.

Le premier voulait grimper sur l’arbre ; mais il n’y arrivait pas parce que le tronc du fromager était gros. Et, la première branche qui pouvait l’aider à monter sur l’arbre était à 600 cm du sol. Ainsi les opposants qui sont au pays.

Le deuxième bout d’homme se servait d’un petit crochet qui ne faisait que 150 cm. Etant donné sa petite taille, le nain ne pouvait donc pas cueillir le fruit.
Le troisième, s’était mis à quelques mètres du pied de l’arbre. Il lançait des pierres et des morceaux de bois sur le fruit. Mais aucun projectile ne touchait sa cible. Ainsi les leaders dans la diaspora qui dérangent énormément le pouvoir sans le faire tomber.

Le quatrième petit, lui, conscient de sa petite taille, reste au pied de l’arbre où il attend le passage d’un vent violent qui peut faire tomber le fruit. Ainsi les leaders qui ont attendu, en vain, la réussite du coup d’état au Gabon, et le pourrissement de la situation en RDC, et l’entrée des puissances occidentales dans la crise postélectorale que connait ce pays. Ils souhaitaient que ce vent gagne aussi l’autre rive du Fleuve Congo. Ce sont les lutins de l’expectative.

Le temps passait. Il était passé très vite. Tous les quatre « pygmées » de Wouari Mumvuka moururent de faim sous l’arbre. Alors que le fruit était toujours là. Les saisons se succédaient. Aussi, le vent n’a pas soufflé pour faire tomber le fruit.
Quelques mois plus tard, quatre autres habitants d’un village lointain qui, eux aussi, étaient de petite taille, 150 cm, arrivèrent à Wouari-Mumvuka. Ils fuyaient, eux aussi, l’avancée très rapide du désert et de la disette qui gagnaient toute la contrée. Ils avaient campé sous l’arbre, seul endroit hospitalier dans toute la région. Lorsqu’ils levèrent leurs yeux sur l’arbre, ils virent le gros fruit mûr. Ils se concertèrent aussitôt pour voir comment cueillir le gros fruit.

Ils décidèrent de jouer les acrobates. Ils firent la courte échelle (l’un sur l’autre). Ce jeu plein de risques leur fournit deux possibilités. La première : atteindre la première branche de l’arbre qui était à 600 cm. Soit la somme de toutes leurs tailles.

La deuxième : avoir 600 cm et d’y ajouter le petit crochet qu’ils avaient trouvé au pied de l’arbre et qui mesurait, lui aussi, 150 cm pour faire un total de 750 cm.

Evidemment, leur choix porta sur la deuxième hypothèse. Ils firent tomber le fruit qu’ils mangèrent pendant leur halte à Wouari Mumvuka et tout le temps qu’avait duré leur voyage avant d’atteindre la prochaine contrée où il y avait encore la vie.

Leçons

Guerre des chefs, course au leadership, vedettariat, concurrence entre les leaders, absence de concertation et de risques, absence de solidarité, jalousie, égoïsme, ruse, suspicion, manque d’imagination, individualisme etc. sont les thèmes qui structurent de cette parabole de l’individualisme triomphant.

Ajoutons-y aussi la variable « âge de prendre les risques » en se tablant sur la dichotomie aîné/cadet. Nous pensons que c’est ce niveau ou structure en termes de classe d’âge qui rend l’exercice très difficile. Pourtant, nous ne voulons pas dire que les aînée n’ont pas leur place dans cette lutte systémique. Voilà pourquoi nous avons proposé que nous ayons dans l’opposition un pouvoir législatif et un pouvoir exécutif où cadets et aînés travaillent ensemble. Une opposition garante d’une grande école de la démocratie. Les partis membres qui sont au pays et à l’étranger, intra & extra muros devront vivre comme des circonscriptions électorales pour se faire représenter dans l’organe législatif ou exécutif sous le principe « un parti, un siège ».

Les deux collèges élisent le président et le candidat de l’opposition aux élections présidentielles de 2021. Calendrier scélérat de Sassou Nguesso oblige ! Même s’il est un président illégal et illégitime c’est-à-dire capable de nous refaire le coup de Jarnac comme en 2016, c’est-à-dire s’autoproclamer dans un scrutin pluriel.

Cependant, au-delà du rôle de cette parabole, nous avons voulu vous dire, chère Madame la présidente, que vous sous-estimez, vous-même, le pouvoir qui est le votre.
Or tous les Congolais qui ne reconnaissent pas l’autocrate Denis Sassou Nguesso comme président du Congo, prennent votre âme, madame, pour la présidence de la république. Vous êtes de façon évidente la présidente de la république du Congo. Même si vous n’occupez pas le palais présidentiel ou représenter le Congo à l’Union africaine, à l’Onu ou encore si on ne déroule pas le tapis rouge devant vous, vous êtes, en l’occurrence, sans concurrence. Sassou est un nain à regarder avec dédain.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain