L’Organisation mondiale de la santé (Oms) a tenu, en visioconférence, son assemblée annuelle le 18 mai 2020. Les 194 Etats membres que compte cette organisation ont, entre autres, planché sur la pandémie du Covid 19, notamment sa gestion par l’Oms, mais aussi par les Etats.

Au cours de cette réunion, une résolution proposée par l’Union européenne a été adoptée à l’unanimité. L’Union européenne réclame, en effet, «  l’accès universel, rapide et équitable de tous les produits (...) nécessaires à la riposte contre la pandémie », et souligne, par ailleurs, le rôle d’une «  vaccination à grande échelle contre le Covid-19, en tant que bien public mondial ».

Et, c’est la France et la Chine qui ont promis un vaccin. Mais, il a été aussi décidé durant cette assemblée de lancer une « enquête indépendante » sur la réponse à la pandémie de coronavirus « le plus tôt possible  ».

La résolution parait satisfaisante parce qu’elle écarte du coup l’éventuel vaccin que la France et les Etats-Unis voulaient mettre au point à travers la société pharmaceutique française, Sanofi. Alors que ce projet commun avait suscité un grand tôlé et créé des vives tensions partout dans le monde. Parce que d’aucuns y voyaient la main de Bill Gate, l’informaticien et entrepreneur américain ; mais aussi grand contribuable au budget de l’Oms. Ils soupçonnaient le patron de Microsoft de vouloir puceter tous les habitants de la planète-terre pour bien les contrôler, et diminuer la population mondiale à travers un vaccin. Cette opinion est aussi réconfortée par France 24 qui, appréciant, elle aussi, cette résolution, a dit : « Ces déclarations viennent après une polémique à propos d’un éventuel vaccin du géant pharmaceutique Sanofi. L’entreprise française avait d’abord suggéré que les États-Unis pourraient y avoir un accès prioritaire, avant de changer le fusil d’épaule quand Paris a jugé cette possibilité « inacceptable ».

Cependant, même si la résolution qui a été prise par l’Oms, est satisfaisante, elle ne rassure pas encore.

Au contraire, elle relance le débat sur le rôle des vaccins et leur nécessite, en cette période où le projet de réduire la population mondiale qu’auraient concocté certains lobbies politiques et pharmaceutiques occidentaux, mais aussi des loges maçonniques, en complicité avec des Etats, crée la psychose et est encore vécu comme une déclaration de guerre, par certains peuples, notamment les Africains qui se sentent visés.

Nous allons analyser deux phrases de cette résolution que nous jugeons très importantes. Il s’agit de « l’accès universel, rapide et équitable de tous les produits (...) nécessaires à la riposte contre la pandémie », et une « vaccination à grande échelle contre le Covid-19, en tant que bien public mondial ».

Analyse de la première phrase

La lecture des filigranes ressort un aveu de l’Organisation mondiale de la santé sur son échec. Elle s’est écartée des missions et des objectifs principaux qu’elle s’était assignés à sa création, parce que tiraillée et déroutée par les grands lobbies pharmaceutiques. Les enjeux y étaient devenus plus financiers que sanitaires. Comment une organisation mondiale, dans laquelle font partie 194 Etats pouvaient encore compter sur les contributions financières des individualités ou des sociétés privées qui y avaient acquis un droit de veto jusqu’en devenir les patrons ? Cette phrase traduit donc la volonté des membres de l’Oms de redynamiser leur institution.

Mais, c’est l’initiative de l’Union européenne qui a proposé une résolution qui doit être prise pour le point de départ de cette renaissance. Elle a effacé la France qui menaçait les pays africains qui sont ses anciennes colonies. Au lieu que chaque pays membre soit représenté et ait une voix à Genève, l’Oms et les Etats membres gagneraient beaucoup si les pays se regroupaient dans des organisations régionales voire continentales. De même, la présence de l’Oms ne devrait s’arrêter qu’au sein de ces institutions régionales ou continentales qui devront être ses relais dans tous les Etats membres. Fait ainsi, l’Oms épargnera et aura de quoi financer, elle-même, la recherche et la fabrication des médicaments et des vaccins. Si elle veut réussir sa politique des biens publics mondiaux et faire aussi de la santé un droit public mondial (DPM). En effet, les recherches, la fabrication des vaccins ou celle des médicaments visant à traiter les grandes maladies devaient être financées par l’Oms pour assurer leur gratuité. Mais, ceci permettra aussi de mettre fin à la corruption qui gangrène cette organisation, et la guerre des industries pharmaceutiques qui la paralyse. Vous voyez comment l’Afrique n’a pas pu imposer ses produits. Alors qu’elle a, entre autres, le Covid Organics, le produit malgache, qui est à la fois un médicament et un vaccin contre le coronavirus, et qui devrait lancer l’industrie pharmaceutique africaine.

Analyse de la deuxième phrase

C’est la notion du « Bien Public Mondial  » en abrégée BPM qui, non seulement appuie la volonté de l’Oms de reformer, mais aussi pousse à croire à la gratuité du vaccin contre le Covid 19, et le débat qu’elle ouvre qui donne une importance particulière à cette phrase. Or un vaccin ou un médicament, c’est l’aboutissement d’un long processus qui part de la recherche et qui finit par la fabrication et la commercialisation. Et, c’est à travers cette dernière activité que l’on récupère son investissement et fait des profits. Cependant, il est vrai qu’en voulant faire du vaccin du Covid 19, un BPM, l’Oms veut mettre fin à la guerre qui a lieu dans l’industrie pharmaceutique. Comme nous la voyons dans la gestion de la pandémie du Coronavirus. Par ailleurs, à cause de la complexité de la notion du BPM, nous reprenons, dans cette partie de notre article, les différentes définitions répertoriées par La Chaine Info (LCI), et le débat qu’elles peuvent susciter et qui rendent peu rassurante la résolution de l’Oms.

Qu’est ce qu’un bien public mondial ?

Pour comprendre la notion de bien public mondial, il faut d’abord s’intéresser à celle de bien public. Il s’agit là d’un terme économique défini par l’Américain Paul Samuelson dans The Pure Theory of Public Expenditure (1954). Il s’agit de biens à la fois non rivaux (l’utilisation du bien par une personne n’entraîne aucune réduction de la consommation pour les autres usagers) et non-excluables (personne ne peut être exclu de la consommation de ce bien, il n’est donc pas possible d’en faire payer son usage).

Ces biens publics constituent « une défaillance » du marché. Aucun acteur privé ne voudra en principe les produire ou les gérer puisqu’ils ne sont pas rentables. Ce qui explique que ce soit le rôle de l’Etat de prendre en charge ces biens profitables à tous. La notion de bien public mondial, elle, ne s’est développée dans les milieux académiques qu’à partir des années 1990.

Charles Kindleberger, l’un des auteurs pionniers en la matière, définit les biens publics mondiaux comme « l’ensemble des biens accessibles à tous les Etats qui n’ont pas nécessairement un intérêt individuel à les produire ». Ils soulèvent un enjeu supplémentaire par rapport à un bien public national : la coordination interétatique. Une synchronisation souvent difficile à trouver en raison des différences et particularités propres à chaque Etat. En d’autres termes, il est souvent difficile de trouver un consensus entre une multitude d’Etats pour la gestion de ces biens.

Joseph E. Stiglitz, lauréat du prix Nobel d’économie en 2001, a donné quelques exemples de biens publics mondiaux, aux premiers rangs desquels figurent notamment l’eau, l’air, ou encore le climat et la biodiversité. Mais aussi la connaissance, la sécurité internationale ou la stabilisation économique, financière et monétaire internationale.

La Banque mondiale, de son côté, estime que la circulation rationnelle de l’information, les ressources naturelles ou encore la création et la diffusion des connaissances constituent des biens publics mondiaux.

Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) les a classés en trois catégories : les biens publics mondiaux naturels, ceux résultant de l’Homme et enfin les résultats politiques globaux (incluant la paix, la santé et la stabilité du système financier international).

Le futur vaccin peut-il en être un ?

Reste à savoir si le futur vaccin contre le Covid-19 pourrait rentrer dans une telle catégorie. Dans un premier temps, il ne sera certainement disponible qu’en quantité limitée. Une potentielle rareté qui implique qu’il ne pourra être totalement « non-rival  » puisque certaines personnes seraient susceptibles d’en profiter et d’autres non. Pour ce qui est de la « non-excluabilité  », elle semble assurée : le vaccin pourrait bien être gratuit. Mais là encore, l’incertitude demeure... Autrement dit, économiquement parlant, il ne pourra être défini comme un bien public mondial, au moins dans les premiers temps de sa production. C’est d’autant plus vrai qu’un bien public mondial repose par essence sur la coopération des Etats, ce qui n’est clairement pas évident à l’heure actuelle, certaines discordes - entre les Etats-Unis et la Chine ou l’OMS par exemple - plombant pour l’instant les espoirs de concorde.

Comme le vaccin contre la poliomyélite ?

Dans les années 1950, Jonas Salk a refusé de breveter le vaccin contre la poliomyélite qu’il fut le premier à mettre au point. Il a fait de son vaccin un bien public mondial, renonçant à plusieurs milliards de dollars pour favoriser la diffusion à grande échelle de sa découverte. Cette démarche purement désintéressée pourrait représenter un exemple à suivre pour le futur vaccin contre le coronavirus, mais les changements planétaires, l’explosion des coûts de recherche et l’évolution des enjeux économiques et sociaux depuis cette époque ne rendent pas la tâche aisée.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain