L’histoire s’est encore tragiquement répétée. Un artiste congolais est décédé dans l’indifférence générale de La République. Avant lui, Pamélo, Essou, Master Mwana Congo ont connu le même sort. « A ses artistes, la Patrie non reconnaissante » écriront les historiens en guise d’épitaphe.

Le chanteur congolais Aurlus MABELE, âgé de 67 ans, est mort le jeudi 19 mars 2020 à 19 heures, des suites de la contamination au Coronavirus. Le propulseur du « Soukous », 30 ans d’une carrière record et deux générations de fans, est l’auteur de tubes qui sont rentrés dans la mémoire collective populaire : « Betty », « Asta De », « Loketo », « Vacances aux Antilles », « Zebola », « Ebouka », « Sans frontières », “Waka Waka”, etc.

Soukous

Il aura vendu plus de 10 millions d’albums dans le monde et aura contribué à faire connaître le rythme « Soukous » hors des limites du continent africain. Accompagné par des guitaristes talentueux, il a fait danser toute l’Afrique, toute la Caraïbe.
Aurlus Mabele, cette star qui s’est battu plusieurs années contre la maladie
La musique congolaise comporte sa part de légende marquée par un certain nombre de personnalités vite oubliées dès qu’elles se trouvent handicapées par la maladie. C’est bien le cas d’Aurlus Mabele.

Il était hébergé, depuis quelques années, en maison de repos médicalisée, ce qui a nécessité un budget important, et dans le cas d’Aurelien Miantsonama (de son vrai nom) la situation était difficile à assurer. Il lui a manqué souvent de régler des frais supplémentaires appelés frais de dépendance. Nous avions à ce sujet, il y a plus d’une année, sollicité la générosité de toute personne de bonne volonté, les artistes, l’Union des musiciens Congolais, pour lui venir en aide.

Le calvaire d’Aurlus MABELE

En 2005, le médecin diagnostique sur Aurlus Mabele une tumeur maligne de la gorge persistante. Peu de temps après, il est victime d’une attaque cérébrale. Pour l’artiste, c’est un véritable calvaire qui commence.
Au terme d’un traitement agressif qui l’a transformé physiquement, Aurlus Mabele s’en sort, soutenu par son producteur Jimmy Houetinou et par ses proches ; mais son état de santé tient en alerte ses nombreux fans, depuis qu’il avait été transféré dans une maison de repos médicalisée, de la région parisienne.

Aurlus Mabele, Quand tu nous manques !

Isolé depuis plusieurs années et absent des circuits de diffusion musicaux, Aurlus Mabele s’est éteint avec son talent et son succès. Le “Soukous” est orphelin de son géniteur et de son propulseur. Beaucoup de fans de “Loketo”, la marque déposée d’Aurlus Mabele, sont très tristes de sa disparition.. car ils ne l’écouteront plus sur un nouvel album. Ils ne verront plus “la bête de scène” qui a convaincu qu’autour de sa musique, aucune ressemblance n’est possible.

Habitué à une extraordinaire capacité à intégrer les influences rythmiques, Aurlus Mabele fait partie des artistes qui ont contribué à la renaissance de la Rumba et du Soukous dans les années 80.

La mort d’Aurlus Mabele

Tout semble prouver qu’Aurlus Mabele a traversé depuis longtemps une épreuve difficile, liée à une santé qui a évolué en dent de scie. – Comme cela peut arriver à tout le monde – avant de succomber non pas de son mal habituel, mais par le Corona virus (COVID-19)

Qui est Aurlus MABELE ?

Aurélien Miatsonama alias “Aurlus Mabele” est né à Brazzaville en 1953 dans l’agglomération cosmopolite de Poto-Poto. Etudiant, il aborde la musique dans les années 70, années qui voient la floraison des orchestres, des chansons et des nouvelles danses. C’est la période où beaucoup d’adolescents longtemps tributaires de l’influence des grands orchestres vont chercher une voie pour de nouveaux styles.
En 1974, avec ses compatriotes tels que Mav Cacharel, Ngouala Jean Baron, Pedro Wapechkado, Cortey Maboundou, les frères Diaboua (Eddy et Darry) et autres, Aurlus Mabele crée le groupe Ndimba Lokole. Il se confirme comme parolier qui évolue sur des thèmes sciemment instaurés pour plaire aux jeunes. Il ouvre la voie et montre ce qu’il adviendra lorsque la musique sera libre de toute contingence matérielle ou sociale.

De Brazzaville, Aurlus Mabele atterrit à Paris d’abord pour les études, mais c’est la musique qui l’emportera. En 1986, il fonde avec Diblo Dibala et Mav Cacharel, Blondin Wabacha, John Boxingo Macaire le groupe “Loketo”. Il devient l’un des chefs de file du “Soukous”. Il forme avec le guitariste Diblo Dibala le duo le plus célèbre de tout le mouvement “Soukous”. Ils enregistrent plusieurs albums et sillonnent le monde entier.
Aurlus Mabele et Diblo Dibala vont se séparer, pour former chacun son “Loketo”. Mais leur démarche résolument expérimentale les place tout de même à l’avant-garde des courants de cette époque.

Aurlus Mabele est demeuré d’une très grande culture, beaucoup de feeling musical et d’intuition psychologique qui font que chaque chanson est un petit chef-d’œuvre jouissant d’une individualité, d’une couleur spécifique.
Adieu l’artiste !

Clément OSSINONDE