Les nouvelles s’enchevêtrent et s’entremêlent dans la capitale du Congo-Brazzaville. Aux mauvaises nouvelles succèdent les bonnes. Sur le front des finances, le Congo-Brazzaville, le petit pays pétrolier d’Afrique Centrale, est soumis au rythme du balancier.

C’est Brazzaville qui rit et Brazzaville qui pleure. Un jour, c’est Brazzaville qui est délesté de l’aéronef présidentiel, le lendemain, c’est Brazzaville qui arrache un moratoire auprès du club de Paris. Le Congo-Brazzaville danse le tango.

Au chapitre de bonnes nouvelles

Après avoir essuyé plusieurs revers auprès des institutions financières internationales, le Congo-Brazzaville vient ainsi de décrocher un moratoire de sa dette qui représente plus de 110 % du PIB. Le Congo-Brazzaville est toujours en attente du versement de la deuxième tranche au titre du fonds élargi de crédit (FEC), conformément à l’accord signé avec le FMI.

Ainsi donc, l’Ethiopie, le Tchad, le Congo-Brazzaville et le Pakistan ont obtenu un moratoire sur le service de leur dette, ce qui porte à douze le nombre de pays ayant signé un protocole d’accord sur le sujet depuis mi-avril, a indiqué, mardi 9 juin 2020, le Club de Paris. « Les représentants des pays créanciers du Club de Paris ont accepté d’accorder  » à ces pays une « suspension du service de la dette pour une durée déterminée, du 1er mai au 31 décembre 2020 », a précisé le Club de Paris, qui réunit des créanciers de ces pays.

A ce jour, depuis la décision du G20, mi-avril, de suspendre le service de la dette des pays les plus pauvres pour les aider à faire face à la crise du coronavirus, 30 pays éligibles ont officiellement demandé au Club de Paris à bénéficier d’un moratoire. « Parmi ces pays, douze pays ont désormais signé un protocole d’accord avec le Club de Paris. Pour ces douze pays, le montant total des échéances en 2020 ainsi différées atteint environ 1,1 milliard de dollars [près de 1 milliard d’euros] à ce jour, auquel s’ajoute le report d’arriérés préexistants », a précisé le Club de Paris.

Mi-avril, les 22 créanciers du Club de Paris et les créanciers émergents, parmi lesquels la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite, la Turquie ou l’Afrique du Sud, s’étaient mis d’accord pour suspendre des paiements sur le service de la dette au profit des pays les plus pauvres. Le 19 mai, le premier pays à bénéficier d’un moratoire dans ce cadre avait été le Mali, suivi par le Népal, Grenade et la Dominique.

Le Club de Paris, fondé en 1956, est un « groupe informel  » de pays dits « industrialisés  », parmi lesquels la France, les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon ou encore la Suisse. Cette institution multilatérale a pour objectif de permettre « aux créanciers de recouvrer leurs créances en arriérés et de trouver une solution efficace et rapide aux crises de la dette souveraine  » (AFP, 10 juin 2020)

En cette période de pandémie mondiale conjuguée à une chute du cours des matières premières, le Congo-Brazzaville s’est une fois encore tourné vers le FMI pour obtenir une aide d’urgence de plusieurs centaines de millions d’euros. Le moratoire concédé par le club de Paris constitue pour le Congo-Brazzaville qui a maille à partir avec la communauté financière internationale pour non respect des conditionnalités une bouffée d’oxygène. Pour combien de temps ?

Hojeij en embuscade

Une facture non honorée à un homme d’affaires anglo-libanais, Mohsen Hojeij, ancien proche du président Sassou Nguesso qui dirige d’une main de fer le Congo-Brazzaville, ce petit émirat tropical, est à l’origine de la saisie de l’aéronef présidentiel.

C’est peut-être un aller simple dit Le Monde (10 juin 20)

Vendredi 5 juin peu après 16 heures, un jet estampillé «  République du Congo  » s’est posé sur le tarmac de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Ce Falcon 7X de la flotte d’Etat, qui a parfois transporté le président Denis Sassou-Nguesso, avant que le chef d’Etat ne privilégie des avions plus grands et plus luxueux, a été immobilisé le lendemain matin puis saisi lundi 8 juin. Ce qui a provoqué l’ire de la présidence congolaise.

Un impayé initial de 100 millions d’euros en 1992 qui, au fil des ans, s’est transformé en une dette de 1,2 milliard d’euros, soit près de 15 % du produit intérieur brut (PIB) du Congo.

A l’issue d’une âpre et longue bataille devant les tribunaux, Commisimpex, la société de Mohsen Hojeij, a fini par avoir gain de cause. La Cour de cassation de France a rendu des « décisions définitives » et une sentence arbitrale prononcée par la Chambre de commerce internationale, à Paris, lui donne raison. La justice française autorise donc à saisir tout actif de l’Etat congolais, à l’exception de ceux à usage diplomatique (Le Monde, 10 juin 2020).

Qui paye ses dettes s’enrichit. Le Congo-Brazzaville traîne la réputation de ne pas honorer ses créances. Un impayé initial de 100 millions d’euros en 1992 reconnu par Clément Mouamba, ministre des finances de Pascal Lissouba a muté en une dette de 1,2 milliard d’euros, que Brazzaville rechigne de payer. Quitte à cacher ses actifs, comme il cache ses dettes auprès du Fonds monétaire international (FMI). Les négociations entre le Congo-Brazzaville et les traders pétroliers qui se servent à la source marquent les pas.

Benjamin BILOMBOT BITADYS