Après la rencontre du 23 mars 2019 au restaurant le Kolam, j’avais écrit ceci dans Congopage : « Comme au congrès des surréalistes d’André Breton, il serait bon que les baladeurs d’Aulnay laissent un Manifeste à la postérité. Chiche ! Ca pourrait s’appeler « La Charte d’Aulnay ». Ce n’est pas verser dans la (…) mégalomanie que de considérer la Ballade des Idées (BDI) comme l’acte fondateur d’une nouvelle écriture congolaise.  » (http://www.congopage.com/La-Ballade-des-Idees-le-rendez-vous-du-Kolam-a-Aulnay-Sous-Bois?var_mode=calcul)

Le roman de Cédric Mpindy, « Sérénade à Island no Law » (premier roman) semble être la contribution au projet intellectuel d’un manifeste des hommes et femmes de lettres congolais.

Le plaisir du texte

Autant on peut être fou de rage quand on lit, page 76, que (Alphonse Héloquant ) « eut à peine le temps de s’approcher de ce dernier que, surgi comme de nulle part, un gorille servant de garde du corps à Albert junior khossa bangho venait de lui faire une clé de bras dans le dos, qui le fit hurler de douleur » (p76) puis, plus loin
« …ces deux hommes, après avoir fait rouler dans la boue mon ami Moise, l’avaient copieusement rossé à tel point qu’il avait le visage tuméfié et méconnaissable » p.188 (Agression commanditée par Gervais Atala-Alekissaté).(La dot)

Autant on ressent un « plaisir du texte » quand on tombe sur ce violent passage d’un mari cocu qui attrape, en flagrant délit d’adultère, son meilleur ami qu’il manque de tuer alors qu’il chevauche sa femme. La définition la plus simple de l’adultère est la suivante : le sexe d’un homme dans le sexe d’une femme qui n’est pas sa femme.
« Un homme qu’il reconnut malgré la pénombre de la chambre légèrement éclairée par la veilleuse comme Auxence, était à califourchon sur Josiane  » (p.238) Le sang de l’époux bafoué ne fit qu’un tour.
«  Gérard ne leur laissa pas le temps. Il se saisit de la batte de baseball qui était posée sur un coin de la chambre et asséna un coup à Auxence au tibia droit. »
Agression passionnelle…agression légitime dit le Code moral. C’est avec une jouissance sans nom qu’on lit :
«  Ce dernier (Auxence-NDR), malgré la douleur, réussit à s’extraire de la chambre en bousculant Gérard qui courut après lui dans les escaliers, se saisissant de l’épée des templiers accrochée comme objet de décoration dans le couloir et lui porta un coup sur l’épaule gauche. Le sang gicla en éclaboussant le mur d’un jet rougeâtre néanmoins, malgré les coups reçus, en clopinant et en trainant, Auxence avait fini par s’extirper de l’emprise de Gérard et à quitter cet enfer qui régnait subitement dans ce pavillon » p.238 (Josiane Nyékéssé)

Le lecteur que je suis, imbu d’éthique, ne peut, en effet, que se délecter d’une telle beauté du crime et d’écriture. J’avais compris, à la réunion d’Aulnay-Sous-Bois, que les membres de la Ballade des Idées sont des humanistes imbus de valeurs morales. D’ailleurs, qu’un grand absent, le poète et écrivain Pierre Ntsémou, eut la vedette était un signe qui ne trompe pas quant à la conspiration du bien qui gouverne les « Balladeurs ».

L’homo sapiens sapiens de la Ballade, Cédric Mpindy, m’avait finalement lu lorsque je suggéra l’idée d’une Charte à l’issue du repas au Kolam.

Alors chef de file de la Ballade, C. Mpindy vient de publier « Sérénade à Island no Law  », une série de sept nouvelles toutes aussi subversives les unes les autres au sens aimé-césairien de la notion de la subversion. Il s’agit de : « La rançon de la gloire », « La pagaille à la pagaille ou le banquet des hyènes » p.41, « Pari gagné à Paris » (p.79) « Le borgne du Pouvoir  » (p117) , «  La dot  » (p 161), «  Josiane Nyékessé » (p.193), « Le discours du camarade Hilaire Kubwa-Kulenda  » (p.249) (j’énumère les pages parce que, l’auteur, a omis d’insérer la table des matières). C’est l’une des critiques techniques formulables sur l’ouvrage.

Intertextualité

Le lien entre ces nouvelles, c’est le lieu où les intrigues se déroulent : « Island no Law » ou le pays de tous les possibles. Ce pays, dirigé par un monarque froid, omniprésent dans tous les fragments qui constituent le livre est désigné par un anglicisme alors qu’il s’agit littéralement d’un pays francophone. Voilà une autre critique qu’on peut faire à l’auteur.
Le nom de ce roi fou d’Island no Law : « La Quintessence du Pouvoir  ». En revanche, ce pays, «  Island no Law », porte bien son nom. Il est sans foi ni loi. Etant donné qu’à l’impossible nul n’est tenu, on y assiste à des scènes inimaginables même dans les rêves les plus fous.

Quand bien même toute ressemblance avec un pays réel est indépendante de la volonté de l’auteur, on a récemment entendu de la bouche d’un Président réel, que son pays était un modèle de démocratie où se respectaient les droits de l’homme de la femme et de l’enfant. Cette affirmation déclencha un tollé général car elle ne correspondait pas à la réalité. De même, dans «  Sérénade à Island no Law », un élu local, affirme sans sourciller, que son pays est une démocratie, seuls les aigris s’acharnent à soutenir le contraire.

Etant donné la relation de maître à esclave observable aussi bien dans le pays réel que dans le pays fictif, il faut être de mauvaise foi pour ne pas faire des liens et des articulations.

L’écriture de la folie

Cédric Mpindy a, en fait, vérifié dans son ouvrage la thèse selon la laquelle la dictature se porte bien dans cet Etat imaginaire, « Island no Law », comme sorti de l’époque médiévale. Pour démontrer son système, l’auteur indique, dans chaque récit, la façon dont l’arbitraire tient lieu de mode de gestion des rapports sociaux et la manière dont le sentiment humain est étranger à l’homme politique ou, en tout cas, à l’agent qui détient une parcelle de pouvoir d’autant plus illégal que, ce pouvoir, il l’a obtenu au bout du fusil, sans passer par la case de la transparence des urnes. L’auteur décrit donc la folie du pouvoir ou le pouvoir de la folie quand la raison perd la main sur les hommes censés commander d’autres hommes. Un maître et un esclave : c’est ainsi qu’Alain définit le pouvoir.

Il est évident qu’il n’existe pas de pouvoir antidémocratique sans sa dose massive de terreur et de sang. La terreur, un suspect en fait les frais dans le sous-sol de l’Institut Supérieur du Pays (l’ISP) siège de torture des opposants au régime : « Incroyable, Servais Eluka Makambo venait d’assister à la mise à mort d’un homme qui n’avait commis aucun crime, si ce n’est celui de prétendre faire usage de son cerveau et de sa parole pour dire ce qui n’allait pas et surtout ce qu’il reprochait au président du pays de tous les possibles  » ( p.19) Sur une vidéo de démonstration est projetée la mise en scène d’une meute de pitbulls dévorant un homme. Eluka Makambo rentra chez lui, traumatisé à vie par la sauvagerie du spectacle. Faire entrer la peur dans la tête d’un esclave est un moyen de le dominer ad vitam aeternam. Or sur Island no Law règne une peur sur la ville, fonctionne une démocratie de l’intimidation.

Le sang, Alexis Mobali Yasolo, présumé « réactionnaire aigri », en paye le prix : « Georges qui avait déjà son arme à la main, tira trois coups qui se logèrent tous dans la région du cœur  » (p.27) Tué à bout portant avant que son corps ne soit livré aux chiens, Alexis Mobali Yasolo est le genre d’indignés que le pouvoir, avec sa morgue habituelle, offre en holocauste pour avoir la paix. «  En voilà un qui ne posera plus de problème avec son réseau de petits trublions de sécessionnistes. Des êtres entièrement dangereux pour l’unité du pays » analyse son bourreau. (p.28). Pour la petite histoire, arroseur arrosé, Georges lui-même passera par là.

Quiconque blesse le pouvoir connaît le goût du sang en «  Island no Law  », un pays où la seule alternative à l’atteinte à la sûreté de l’Etat est un séjour au cimetière.

La plume des usages et des abus

Cédric Mpindy traque l’usage et les abus de pouvoir sous sa plume avec une encre camusienne. C’est le cas du député, Alexandre Mozangui Alongui, originaire du «  pays de tous les possibles », membre du parti et membre à part entière de la famille présidentielle. Ce privilégié parvint à légaliser sa polygamie en France après avoir corrompu des officiels présents à son mariage. « …vers quatre heures du matin, Alexandre et ses jumelles d’épouses distribuèrent des dragées contenues dans des boites rondes en cuir, et pour les officiels présents, c’était soit une montre Rolex, Breitling ou Jaeger-LeCoutre  » (pp.101-102).

Qui sont ces officiels ? « La salle était archicomble : au premier rang se tenaient le préfet de la région d’ile de France, le ministre de l’Economie et des Finances, le ministre des Affaires Etrangères, le maire de la ville de Paris, le gouverneur de la banque de France et les diplomates des différentes chancelleries des Tropiques et les corps constitués » (p.97)

De la folie versaillaise aux yeux des observateurs, mais une rationalité digne des Milles et Une nuits devenue banale dans les bacchanales en Island no Law.
Les noms des jumelles co-épouses ? Eliana Eloko Azanango et Eléonore Eloko Azanango. Retenez bien ces patronymes car leur sémantique en dit long sur le registre de l’humour véhiculé dans le roman. « Où il y a le rire, il y a les pleurs » aurait dit Henri Lopes dans « Le Pleurer-rire » ou Alain Mabanckou dans « Le sanglot de l’homme noir ».

On pourrait penser la démesure de l’oncle du Président exagérée. C’est mal connaître la névrose qui s’empare de ceux qui possèdent le pouvoir alors qu’en face il n’y a point de contre-pouvoir pour freiner les débordements. Alexandre Mozangui-Alongui qui vient d’acheter un immeuble dans le VIIème arrondissement parisien et s’offusque par ailleurs de l’addition peu élevée du repas qu’il vient de consommer dans un restaurant de luxe parisien. Faire valoir sa polygamie dans le contexte d’une société française radicalement enracinée dans la monogamie, c’est la preuve que tout homme, tout agent politique, et pas seulement dans les Républiques bananières, est corruptible : de Jacques Foccart à Bongo en passant par Sarkozy et François Hollande, l’argent sale a eu raison d’eux.

Crime et châtiment

Cédric Pindy tue ses personnages comme pour compenser leurs excès. Crime rime avec châtiment et parfois le châtiment est infligé par ses propres amis. Prenons le cas de figure où la Quintessence du Pouvoir rend visite à son oncle polygame. La Quintessence n’y trouve que son épouse jumelle :
«  Une semaine après cette visite, à la stupeur générale, la télévision promotion Marketing annonça un mercredi à treize heures, le décès par infarctus d’Alexandre Mozangui-Alongui  » (p.115)

L’oncle extraverti est victime de la hargne de son neveu qui ne supporte pas, pas même en rêve, qu’on vise son fauteuil « chairement acquis ». Le tyran utilise dans sa besogne, les meilleurs espions qui soient en matière de police politique : les femmes. Le camarade Hilaire Kubwa-Kulendhat, l’érudit, l’idéologue, le Machiavel du Prince, de surcroit pressenti pour être le Premier Ministre, meurt de crise cardiaque soussigné La Quintessence, avec l’aide d’une Mata Hari : la propre maîtresse de Hilaire. L’ami Moïse, le maniaque des bottines Weston, comme Norbat de Paris, manque trépasser à cause de sa propre épouse devenue la maîtresse du très redoutable chef de la sécurité présidentielle, Gervais Atala-Alékissaté.

Georges Dolivar-Elombé, impitoyable agent de la ISP, médiocre ancien étudiant à Cuba, est retrouvé mort un matin, blessé à la tête endommagée par un puissant coup de poignard assené par un collègue. C’est le propre de la révolution, dit-on, de dévorer ses propres enfants. C’est le cas de la dictature aussi, de « neutraliser » les cas les plus efficaces au fonctionnement de la répression.

La mort rôde partout dans « Sérénade à Island no Law  », excellent roman sur les arcanes du pouvoir. L’intrigue du roman repose sur un théorème : on ne sort pas indemne de l’existence quand on sort les techniques les plus féroces pour composer avec le crime et le mal.

L’impossible géolocalisation

Dans ce pays de tous les possibles on assiste à des scènes impossibles dont on ignore où elles ont lieu exactement. Quel est donc cet Etat au nom fantasmagorique dont les hommes politiques font peur. Même si aucun indice n’est donné pour une géolocalisation sur la carte des pays tropicaux à risques, il faut être pervers pour croire que toute ressemblance avec un pays existant est fortuite. L’un des indices les plus révélateurs de sa position géographique est le système onomastique utilisé par l’auteur. En effet, les noms des personnages sont des syntagmes qui n’ont aucun secret pour un locuteur lingala, langue parlée au Congo, en RDC, en Angola, en RCA.

Un « nom à sens » en vogue dans le champ de la gabegie au Congo est « Apésa-Atalaté », voisin de « Atala-Alékissaté », le généreux chef de la police en Island no Law. Dans cette typologie le nom désigne le caractère du personnage au nom duquel l’auteur veut « faire passer une idée ». On dirait des surnoms, des sobriquet gagnés en fonction de la psychologie du personnage. « Atala-Alékissaté  » pourrait, selon moi, signifier l’infâme pervers qui fonce sur toute femme qui « lui tape à l’œil » de manière à déclencher une idée-fixe chez le sujet. Il s’agit manifestement d’un nom acquis et non inné. Notons que le système « onomastique connoté » est déjà à l’œuvre chez Henri Lopes dans « Tribaliques » (Hannibal-Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé), Chez Alfoncine Nyélenga (Ehur’osiga , celui qui vient de loin). Il est vrai que dans nos sociétés chaque nom a un sens, mais en politique, il y a un procédé délibéré de caricaturer lorsqu’on baptise ou débaptise. Exemple : « nyongologie », du nom d’un monarque passé maître dans l’art de dissimuler les dettes publiques.

Linguistique

Le corpus des noms en usage dans « Sérénade à Island no Law » aurait intéressé les recherches d’Ambroise Queffelec spécialiste de l’analyse de contenu de l’écriture africaine d’expression francophone. Autant Soni Labou Tan ’Si produit un lexique patronymique inédit, autant nombre d’auteurs congolais font la part belle aux signifiants métonymiques pour construire l’état civil des personnages. Par exemple Emmanuel Dongala dans « Johnny chien méchant  » (du nom d’un cruel milicien) A l’inverse, exception confirmant sans doute la règle, j’ai noté que Alfoncine Nyelenga Bouya (« Le Rendez-vous du Mombin Crochu ») , Bedel Baouna (Brazzaville ma mère) font l’impasse sur les noms à sens.

Il reste que la façon de nommer les personnages est savoureuse. Il s’agit effectivement d’une sérénade de mots d’esprit, de jeu de mots et de jeu de noms destinés à déclencher le rire. En plus de faire sourire, la morphologie d’une «  Eloko Azanango  » est sans équivoque quant aux dimensions callipyges du personnage. La construction des noms est, de toute manière, révélatrice de cet humour urbain issu des scènes impossibles que nous montrent les agents du pouvoir oligarchique actuel.

L’écriture des choses impossibles

Les scènes surréalistes décrites par Cédric Mpindy sont cependant de l’ordre du possible pour quiconque connaît L’Afrique des dictatures avec sa « façon exagérée de vivre le monde  ». Souvent les esprits cartésiens sont visités par le doute quant à l’authenticité des pratiques politiques en vigueur sur ce continent où tout est « incroyable mais vrai. » On oublie que la réalité dépasse la fiction, Pouvez-vous imaginer un candidat à la députation (en l’occurrence Maman Canhardt -Malangwa) qui ne poursuit qu’un but : être appelée « honorable » sans connaître le rôle d’un député ? Face à une question à laquelle elle ne put répondre, elle dit naïvement : « Mes chers frères et sœurs moi je ne fais pas de politique. Je suis juste candidate aux législatives. » (p.70). Pour cette dame, « deuxième bureau » d’on ne sait quelle notabilité, être député est un moyen comme un autre d’accéder à la mangeoire en se fichant royalement de l’existence d’un hémicycle en tant que structure politique. C’est conforme à la règle népotiste. Ne criez pas à la caricature : un ministre de l’Empereur centrafricain, Jean-Bedel Bokassa, fut incapable de décliner devant la presse l’intitulé de son portefeuille.

Pour celui qui est au courant de la folie des hommes en Afrique, Alexandre Mozangui-Alongui est une pâle copie d’un célèbre homme d’affaires congolais (O. J.) (paix à son âme) qui voulut reproduire l’hiver au Congo en songeant climatiser le pays. Une sorte de dérèglement climatique pour vaincre les chaleurs torrides sous l’Equateur.
Cette « façon exagérée de vivre le monde  » (la formule est de Bruno Frappa) on vient de la voir dans le réel « grâce » aux fils de deux célèbres tyrans africains d’Afrique Centrale « mis en examen  » pour blanchiment d’argent sale. Ne parlons pas de cette fille de président dépositaire d’un appartement cossu dans la célèbre Trump Tower à New-York où elle séjourne rarement. Aucun scénariste d’Hollywood n’aurait imaginé pareil scénario. Dans des pays où la population vit avec moins d’un dollar par jour, l’un des rejetons d’un monarque d’Afrique Centrale s’est employé à acheter un avion. Peut-on parler de trouble obsessionnel compulsif quand on peut ne pas porter chaque jour une chemise neuve achetée à prix d’or dans les boutiques des grands boulevards ? Il faut être toqué pour s’équiper d’un aéronef alors que le pays dans lequel on est député manque d’eau, d’électricité, d’hôpitaux, d’écoles etc.

L’impossible est près de chez nous

A la comédienne Anne Roumanoff, une dame posa la question « où trouvez-vous vos idées ? », l’humoriste répondit « C’est vous qui me les donner ». Idem pour les romanciers des pays dits de « tous les possibles ». Il suffit de regarder la société autour de soi pour comprendre que la source à laquelle s’est abreuvée l’imagination romanesque de l’auteur est près de chez lui, dans la vie quotidienne en Island no Law. Il suffit d’y aller de sa plus belle plume et le tour est joué. Allons seulement.
Bonne lecture.

D.G. B.

Cédric Mpindy «  Sérénade à Island no Law » Société des écrivains. 281 p. Paris 2019, 24 euros.