Promotion de la médiocrité

 Au Congo-Brazzaville, pays du « chemin d’avenir  », plus on excelle dans la médiocrité, plus l’estime augmente dans le cœur endurci,du khalife d’Oyo Denis Sassou Nguesso. Il a à la place du cœur ce « cœur artificiel  » que chanta Simaro Lutumba Massiya, cœur de pierre qui a ses raisons que la raison ignore. Cœur d’aryenne (Jean-Malonga) ou cœur d’airain ?

La formation du dernier gouvernement en est la parfaite illustration (retour de Florent Ntsiba comme directeur de cabinet du chef de l’Etat, l’arrivée de Firmin Ayessa, le maintien de Jean Jacques Bouya, Gilbert Ondongo, Henri Djombo, Pierre Oba, Claude Alphonse Nsilou…). Hugues Ngouolondélé, gendre de Sassou Nguesso et Roland Bouiti-Viodo, protégé de Mama Ngouli, Antoinette Tchibota Loemba, ont donc passé chacun quinze ans à la tête de la mairie de Brazzaville et de la mairie de Pointe-Noire. Pour quel bilan ? Un bilan négatif à souhait.

Avec leurs ruelles qui sont des coupe-gorges (Bébés noirs), avec leur insalubrité, leurs nombreux lieux de débauche, avec leurs nids d’espions dans l’espace public, la velléité insurrectionnelle de leurs peuples respectifs, avec la classe politique cruelle et corrompue qui est la leur, nos deux capitales ont leur place dans le chapitre que Victor Hugo consacre aux faubourgs nauséeux de Paris, sous le dictateur Louis-Bonaparte, dans sa somme romanesque « Les Misérables ». Ces faubourgs furent à l’origine de la « Commune de Paris », terrible mouvement social qui fit vaciller le pouvoir de Napoléon III. On attend avec fièvre « La Commune de Brazzaville ».
 
Le fait du prince

 Le contraste est accablant et le fait significatif. La longévité à l’hôtel de ville de Hugues Ngouolondelé et de Roland Bouiti-Viaudo n’a obéi pourtant ni aux critères de bonne gestion, ni de professionnalisme encore moins de compétence. C’est simplement le fait du prince. Le comble de l’ironie serait que ces édiles qui n’ont pu rien bâtir sur le plan urbain soient liés au prince d’Oyo par des pactes maçonniques. Et, à propos de maçonnerie, l’ère est totalement révolue où les loges avaient pour idéaltype les constructions architecturales. C’était le temps des cathédrales. Malheureusement les francs-mac congolais passent leur temps à détruire.

 La ville capitale, Brazzaville et Pointe-Noire, la capitale économique, abandonnées par les « épigones du chemin d’avenir  » et menacées d’inondation, ont pris des allures d’une décharge publique où les ordures ménagères s’amoncèlent et sont rendues impraticables après la tombée de la pluie. Et ceci, sous l’indifférence totale de Hugues Ngouolondélé et de Roland Bouiti-Viaudo et les équipes municipales gangrenées par la corruption et triées sur le volet. Les favelas sud-américaines qui sont des anti-modèles de l’urbanisme modernes n’ont rien à envier à nos deux capitales.

Equilibrisme géopolitique

Par la volonté du prince d’Edou-Penda, Christian Roger Okemba succède à Hugues Ngouolondélé et Jean François Kando remplace Roland Bouiti-Viodo faisant tomber le sort municipal des Congolais de Charybde en Scylla (de mal en pis). Pour Denis Sassou Nguesso, les équilibres géopolitiques sont ainsi respectés. A Brazzaville, un « nordiste » remplacé par un « nordiste » et à Pointe-Noire, un « sudiste » par un « sudiste » et les moutons de panurge sont bien gardés. Denis Sassou Nguesso croit si bien faire qu’il n’a que faire de l’opinion réelle des habitants de Brazzaville et de Pointe-Noire qui étouffent sous le poids insalubre d’agglomérations mal administrées.

 En quinze ans, choisis par Denis Sassou Nguesso, Hugues Ngouolondelé et Roland Bouiti-Viaudo, qui ont exercé trois mandats chacun auparavant, n’ont pu équiper Brazzaville et Pointe-Noire de station dépuration d’eau usée ni d’usines de traitement de déchets. Le service de ramassage d’ordures ménagères et industrielles et le service d’hygiène sont inexistants à Brazzaville et à Pointe-Noire. Il en est de même du service de vidange des fosses sceptiques. Malgré des budgets importants et des taxes municipales en perpétuelle augmentation, Brazzaville et Pointe-Noire sont dépourvues de mobilier urbain, de centre communal d’action sociale (CCAS), de bibliothèques, de médiathèques, de services de transport urbain, d’espaces verts, de panneaux de signalisation, de collecteurs d’eau de pluie.

Nécropole

L’abbé Fulbert Youlou et Bernard Kolelas, anciens maires de Brazzaville et Stéphane Tchitchelé et Jean Pierre Thystère Tchicaya, anciens maires de Pointe-Noire, doivent se retourner dans leurs tombes. Autre ironie du sort, l’un de ses rares héritages du maire brazzavillois sortant, c’est la création d’un cimetière municipal (le cimetière municipal de Matari Les Dépêches de Brazzaville, juin 2015). Macabre legs. Les Congolais, soit dit en passant, n’auraient pas vu d’un mauvais œil que cet ex-premier citoyen de la capitale inaugurât personnellement cette nécropole, question d’entrer dans l’histoire par la grande porte.

Le pari fou

Christian Roger Okemba, nouveau maire de Brazzaville et Jean François Kando, nouveau maire de Pointe-Noire, vont-ils s’illustrer par leur qualité de gestion ? Parviendront-ils à transformer Brazzaville et Pointe-Noire en cités modernes ?

Réussiront-ils l’exploit d’effacer l’image de voleur qui colle sur leurs prédécesseurs comme la tunique de Nessus ? Rien n’est moins sûr. Marie Gabrielle Gisèle Ambiéro qui était déterminée à mettre un coup de pied dans la fourmilière a été vite débarquée du Centre Hospitalier de Brazzaville (CHU).

Eloge du vice

Avec Denis Sassou Nguesso, pour bénéficier de plusieurs mandats, Christian Roger Okemba et Jean François Kando savent à quoi s’en remettre. Sois cancre et voleur au Congo-Brazzaville, Sassou t’adoubera. Les exemples sont légion : Albert Ngondo, Gilbert Ondongo, Jean Jacques Bouya, colonel Ignace Ngakala, Serge Oboa, Henri Djombo, Alexis Elira Dokekia… Yiba pô o oumela.

 Benjamin BILOMBOT BITADYS