Après la chute de Robert Mugabe, ceux qui se demandent à qui le tour en lorgnant vers le Congo peuvent aller se faire cuir un œuf. Le Congo n’est pas le Zimbabwe et Sassou n’est pas Mugabe.

Si ce dernier totalise 37 ans de pouvoir, Sassou n’en compte que 32. Si Bob fut ce héros de la lutte de libération de la Rhodésie, Sassou n’a jamais occupé aucune avant-garde en matière de combat nationaliste. Mugabe a fait la guerre, Sassou jamais, sauf par mercenaires interposés.

Quand Mugabe est quasiment centenaire (93 balais) , Sassou est encore jeune (la soixantaine). Selon ses biographes, l’écart d’âge qui le sépare de sa première fille Edith Bongo n’est que de onze ans. Quasi octogénaire, l’épouse de Sassou est une vieille rombière ; celle de Mugabe nage dans la cinquantaine. Il n’y a pas match sur le plan de la libido. La virilité n’a jamais quitté le nonagénaire. Ce qui est moins sûr pour le papa de Kiki.

Spirituel, Mugabe aime les petites phrases misogynes, les blagues, les vannes. Il a fait l’université et est cultivé ; Sassou a fait Mbounda et ne lit jamais, il est piètre orateur.

Homophobe Mugabe fit cette blague sur Obama : « On a ce président américain, Obama, dont le père est africain, qui refuse de nous aider si on ne reconnaît pas l’homosexualité » (2013)

Bob Marley chanta le pays de Bob Mugabe en 1980, Koffi Olomidé est enchanté par le Congo de Sassou, son Papa Bonheur, depuis vingt ans de règne. A chacun ses griots.

Le Congo est un pays pétrolier, le Zimbabwe produit du diamant. Le pays de Mugabe a une vocation agricole ; celui de Sassou vit de chasse et de cueillette.

Ethniquement homogène, le sentiment de sursaut républicain est totalement étranger à l’armée de Sassou alors qu’il a suffi à Mugabe de tacler un de ses compagnons de lutte pour que son chef d’Etat-Major siffle la fin de la récréation. Guy Blanchard Okoï est un vulgaire pantin que la fibre tribale manipule à sa guise.

Non ! Harare située en Afrique du Sud n’est pas Brazzaville végétant en Afrique équatoriale entre forêts denses et savanes. Gare à ceux qui espèrent une contagion de la tragédie zimbabwéenne au Congo de Sassou. L’ancienne Rhodésie est anglophone, le Congo est francophone. Le regard de l’univers anglais sur la gestion ploutocratique du pouvoir n’est pas le même que dans l’ancien empire français de l’AEF ayant donné naissance à la françafrique. La représentation latine du pouvoir s’accommode des dictatures quand elle se pratique en sa périphérie tandis que le monde anglo-saxon, depuis les dramaturges comme Shakespeare, sait à quoi s’en tenir en matière de gestion caricaturale du pouvoir. Souvenons-nous du luxe que serait la démocratie en Afrique aux yeux de Jacques Chirac.
A l’inverse de la condescendance chiraquienne, cela fait un moment que le Royaume Uni et l’ensemble des pays du Commonwealth voulaient se débarrasser de l’encombrant régime zimbabwéen comme le montre le sévère traitement des dérives de Mugabe dans la presse anglo-saxonne.

En revanche, on cherchera en vain dans la presse française les articles qui critiquent les dérives politiques de Denis Sassou alors que Dieu sait combien le pouvoir de cet homme est extrêmement dur envers ses opposants. Le dernier black-out de la presse française date de la première quinzaine du mois de novembre 2017. Il porte sur la dissimulation de 800 millions de dollars (presque 1 milliard) par l’ambassadeur du Congo en France, Rodolphe Adada. Le détournement était étalé aux yeux du monde par les journalistes de Paradise Papers. Indignés par cet incroyable vol, des membres de la diaspora congolaise ont alors rendu visite au diplomate à son hôtel particulier du 7ème arrondissement. L’ambassadeur a sauvé sa peau en se réfugiant au commissariat du même arrondissement. Silence total de la presse parisienne sur cet incident politique. C’aurait été l’ambassadeur du Ghana à Londres, on eut eu droit à un adadagate en règle. Mais Paris n’est pas London-city.

En vérité, Sassou qui a la réputation d’être intraitable quand on trouble son sommeil peut dormir comme un juste. Le général qui le fera chuter n’est pas encore né. Du moins, jusqu’à preuve du contraire.

Simon Mavoula