En début de ce mois de décembre 2018, nous avons publié sur ce même site deux articles sur lesquels nous voulons revenir. Pourquoi ? Parce que les diverses réactions qu’ils ont provoquées et qui nous sont parvenues nous poussent à recharger notre plume et repréciser notre opinion.

Le premier article avait été publié le 7 décembre. Il porte le titre «  Incroyable ! Le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, aurait craché des vérités à Denis Sassou Nguesso  ». Le deuxième, le 10 décembre, sous le titre « Télégramme à un "mwene" mbochi, Denis Sassou Nguesso : vous avez dit Kanza ? Voici ce qu’en disent les traditions congolaises !  »

D’entrée de jeu, nous réitérons ce que nous avons déjà dit sur ce même site. Lorsque nous écrivions que ce n’est pas pour nous enorgueillir que nous signons nos papiers sur le label de « journaliste et écrivain » (mais pour tout simplement dire que nous sommes un semeur des mots, des expressions, des idées, des projets, des maquettes et projets de société) nos articles n’ont ni une force de loi ni ne sont imposés au pouvoir de Brazzaville ou à la diaspora de France ou d’ailleurs. Si nos papiers peuvent inspirer le pouvoir, l’opposition ou la diaspora afin de trouver une voie de sortie à la crise, tant mieux. Comme un semeur, nous ne savons jamais d’avance quel est le grain qui germinera où et quand ? Voilà en résumé notre ligne éditoriale, notre stratégie intellectuelle.

Or, dans les diverses réactions suscitées par nos les deux articles précités, nous sommes taxés de tout. Si la première opinion, très critique à notre égard, articule qu’au-delà de nos publications nous faisons un clin d’œil au pouvoir car elles aideraient, parait-il, le pouvoir à bâtir ses stratégies ; la seconde opinion, menaçante, nous accuse de ne pas promouvoir le projet de la tenue d’une Conférence internationale sur le Congo, seule et l’ultime solution à la crise congolaise.

Mais avant de donner notre avis sur cette Conférence Internationale sur le Congo que l’on veut organiser sous l’égide de la Communauté internationale, permettez que nous traitons les Congolais de ce que nous appelons dans le jargon urbain « gabareurs » (de « ogabaro ») c’est-à-dire des cascadeurs qui, à leurs risques et périls, s’accrochent à un camion ou à un train pour ne pas payer le ticket de transport. Cependant, soit dit en passant, le mot qui convient pour qualifier leur comportement est celui d’opportuniste. Opportuniste écervelé.

Les Congolais, des « gabareurs » ?

Oui, nous l’affirmons ! Parce que depuis le début de la crise politique qui a aggravé les crises économiques, financières, sociales… ils n’ont jamais réussi à ficeler une stratégie pour mettre fin au régime illégal et illégitime de Brazzaville.

Tenez ! Lorsque le général Ferdinand Mbaou promit chasser Denis Sassou Nguesso au pouvoir par les armes, les Congolais se mirent dans l’attente des coups de feu au palais du Plateau, à Brazzaville. Ils ne se sont pas posé une seule question sur le réalisme d’un tel projet. Puis, ils se sont agrippés au général Jean Marie Michel Mokoko qui devait affronter militairement Denis Sassou Nguesso, lors du referendum ou des élections présidentielles anticipées. Ensuite, ils ont fait « ogabaro » à la rébellion de Frédéric Binsamou alias Ntumi qu’ils croyaient être avec eux, dans leurs rangs. Enfin, ils ont « gabaré » le FMI, institution internationale qui devait imposer des conditions drastiques au gouvernement de Brazzaville afin de le fragiliser et pousser les Congolais à un soulèvement populaire. Tous ces arrimages ont fait flop.

Après, il y a eu le projet de la Conférence internationale avec Modeste Boukadia.
Puis, l’affaire du génocide des laris dans le Pool avec le Conseil des Droits de l’Homme à Genève qui a redonné le courage aux Congolais dans leur combat contre le pouvoir de Brazzaville. Elle était managée par Me Massengo Tiasse. Néanmoins, les Congolais attentent toujours la suite de cette affaire. Ensuite, ils sont revenus sur le Dialogue lors de la tentative du pouvoir de copter quelques légumes de la diaspora congolaise de France. Enfin, ils ont encore dépoussiéré le projet sur la Conférence nationale.

Mais, ajoutons aussi sur cette liste les posts d’Andréa Ngombet du « Collectif Sassoufit » qui font croire que le Congo voit déjà le bout du tunnel alors que parfois, ces brèves ne parlent que des voyages touristiques ou des participations aux réunions auxquelles il prend part.

Comme des singes qui sautent d’une branche à une autre, les Congolais, eux aussi, sautent d’une opportunité à une autre.

Les Congolais dans un circuit fermé

Après avoir fait les chimpanzés, les Congolais ne changent pas de stratégie. Au contraire, ils reviennent encore à la Conférence internationale sur le Congo.
Rappelons que le guide sur cette voie est Modeste Boukadia, le président du Cercle des démocrates et républicains du Congo (Cdrc). C’est lui qui a lancé cette idée dans les médias. Et, ce projet vient après celui des Assises nationales du Congo organisées en France par l’ancien ministre congolais des Finances ; mais aussi président de l’Acodesa, Jean-Luc Malekat.

Puis, les Congolais reprennent le même circuit fermé. En commençant, cette fois-ci, par la Conférence internationale alors que Modeste Boukadia a été taclé par un certain Adrien Houabaloukou, président de la Cdi, qui a mis dans la presse l’idée d’une Conférence nationale bis. Boukadia a été aussi contredit par Massengo Tiasse.
Rappelons que ce dernier, grand défenseur congolais des Droits de l’Homme, en effet, a dit dans un article publié dans les réseaux sociaux qu’il avait fouiné dans tous les bureaux des institutions du système des Nations unies, sans y trouver un programme faisant allusion à la Conférence internationale sur le Congo, durant cette année 2018. Nous-même aussi avons combattu cette idée dans un article que nous avons publié sur ce même site. C’est que le projet ne donne pas des détails qui convainquent sur l’adhésion de la Communauté internationale.

Guérir, avant tout, la « cécité volontaire » d’António Guterres

Aujourd’hui, après la publication d’un article dans lequel le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, dit avoir expressément fermé les yeux sur les nombreux crimes économiques, de démocratie et de sang commis par Denis Sassou Nguesso, nous craignons que le projet de la Conférence internationale sur le Congo ne soit pas accepté ou soutenu par les Nations unies qui font partie de cette Communauté internationale sur laquelle Modeste Boukadia et beaucoup de Congolais comptent pour régler la crise qui cisaille leur pays. Nous pensons, personnellement, qu’il fallait rédiger un mémorandum dans lequel l’opposition locale et la diaspora auraient posé des préalables au Dialogue, et qui serait aussi envoyé aux institutions internationales, pour être dans le Droit et être pris au sérieux, puis accentuer la pression sur les plans national et international sur le pouvoir et les lobbies qui continuent à le soutenir. On pourrait aussi faire des révélations fracassantes comme celles sur le génocide et la détention de Ghys Fortuné Dombé Bemba qui ont choqué le monde pour fragiliser ledit pouvoir. C’est mieux que faire la politique de la chaise vide.

Déjà, nous apprenons dans certains milieux de la grande diplomatie que l’Affaire des Disparus du Beach serait mis dans les placards parce que le Haut-commissariat des Refugiés (Hcr) aurait tout simplement refusé d’enlever l’immunité diplomatique de son ancien représentant à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Et pourtant c’est elle qui avait cosigné le manifeste sur les rapatriements des refugiés du Congo-Brazzaville qui étaient en exil en RDC. Il est aussi dit dans ces mêmes milieux que la France n’aurait pas donné son accord sur l’ouverture d’un procès à la Cpi ou en France sur cette affaire. C’est dire combien la complicité de la Communauté internationale est bel et bien attestée.

Et aujourd’hui, notre article qui fait allusion à l’entretien d’António Guterres avec Denis Sassou Nguesso, confirme bien ce complot contre le Congo.

Une presse internationale restée sourde, une Communauté internationale devenue muette pendant toutes les guerres du Congo, et un Secrétaire général des Nations unies qui a volontairement perdu sa vue devant les crimes de Sassou Nguesso…

Modeste Boukadia et tous ceux qui attendent la Conférence internationale sur le Congo doivent avoir la foi de Jésus pour qu’ils arrivent, eux aussi, à guérir la cécité volontaire du Secrétaire général des Nations unies. Car, il est l’homme dont le regard peut mobiliser la Communauté internationale.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain