Au train où va la crise au Congo, l’ESACC-GT est en voie de gagner son bras de fer engagé depuis des lustres contre la rationalité économique. Tous les ingrédients de la gabegie traqués par le FMI y sont représentés. Décryptage.

Hôtels, villas, entrepôts, trônent désormais fièrement en lieu et place de l’ESACC-GT. L’Ecole Supérieure africaine de cadres des chemins de fer, vieille de 40 ans, a en effet perdu de sa superbe ; elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Un exemple parmi tant d’autres du chaos multiforme dans lequel le Congo reste encalminé.

C’est clair : plus rien ne va au Congo. Tout déraille. Quand le toit d’une maison est abîmé, les murs et les fondations s’exposent à l’appétit des vautours et autres charognards insatisfaits. Le cas de l’Ecole supérieure de cadres des chemins de fer et de gestion des transports est symptomatique du cancer congolais. Créée en 1977 par l’Union africaine des chemins de fer (UAC), grâce au financement de la coopération française, elle s’est détournée de sa mission première pour la soif du gain. Au départ, cette école devait répondre aux besoins de formation, de renforcement des capacités et de perfectionnement des cadres des réseaux(compagnies) des chemins de fer des pays jusque-là sous colonisation française, et éviter des voyages et frais inutiles de formation à l’école de chemins de fer de France. Elle a été installée à Brazzaville, à Mpila, avec l’appui de Théophile Obenga, alors ministre des Affaires étrangères, lequel signa un accord de siège en 1977. Six ans plus tard, une première promotion sortit de l’école. Jusqu’en 2004, l’école fonctionnait normalement. Puis, plus rien. L’extinction. Les ténèbres. A croire que le Congo et d’autres pays africains ont délaissé les rails pour les voies navigables ou les airs. Mais encore…

Locaux et espaces prévus pour l’extension de l’école abritent désormais des villas, des hôtels, quand les ateliers destinés aux travaux pratiques des stagiaires sont en location depuis longtemps. Les sociétés telles Airtel, Régal, Super Market, etc. y ont des infrastructures et font de bonnes affaires, de grandes affaires. Que s’est-il passé ?

Oumar Zongo pointé du doigt

En 2004, monsieur TAMOU – TABE, directeur de l’école, cède sa place à Oumar Zongo. La faute. Et pour cause : originaire du Burkina Faso, Oumar Zongo, aux dires de ses détracteurs, ignorerait les valeurs du pays des intègres pour épouser celles du pays des voyous. « Cet homme a profité de l’indifférence des Congolais pour faire de cette école de renommée internationale sa propriété privée, alors qu’il n’en est qu’un employé parmi d’autres  », fulmine un membre important de l’école dans une note interne de l’école. Et de citer les griefs formulés à l’encontre d’Oumar Zongo : de 2005 à 2008, Oumar ZONGO n’a organisé que deux formations de professionnalisation et un séminaire de renforcement des capacités, négocié d’ailleurs par l’ancien directeur : ONATRA (promotion qui finit en octobre 2007, séminaire de renforcement de capacités pour trois cadres de CAMRAIL) ; CAMRAIL (dernière promotion à l’actif d’Oumar ZONGO Oumar, en juillet 2008).

A la fin de l’année 2008, la SETRAG (réseau du Gabon) fait parvenir une demande de formation à l’ESACC-GT. La demande est envoyée dur une voie de garage. Le Burkinabé ne répond pas. Ce qui vaut à Oumar Zongo en 2009, de la part la SETRAG, un courrier dans lequel la SETRAG dénonce son partenariat avec l’ESACC-GT et son retrait de l’école.

D’autres demandes de formation, notamment celles de l’ONATRA (RDC) et de la CISCOS, connaîtront le même sort. La même année, Patrice Maudzou, Responsable des Etudes et du Développement(RED), est appelé à la CEMAC. Il n’a jamais été remplacé.

Un homme de voyages

Toujours selon ses détracteurs, Oumar Zongo aurait dû aller à la retraite le 7 septembre 2008, mais par miracle cette date a disparu de son contrat, son âge aussi a baissé. Comme quoi, Sassou n’a pas le monopole de la diminution de l’âge.
Et qu’il continue de bénéficier des avantages diplomatiques tout en faisant bénéficier à certains de ses amis, à l’instar de Bâ ABDOULAYE.

Depuis 2009, Oumar ZONGO ne participe plus aux réunions de l’UAC( Union Africaine des Chemins de Fer) et aux Conseils d’administration de l’ESACC-GT, « sous le prétexte que les finances de l’école ne répondent pas, alors qu’il ne cesse chaque année de ses rendre en Chine et aux Emirats arabes Unis  », accuse un autre membre d’école ESACC-GT. « Toutes les invitations qui lui ont été transmises, depuis 2009, restent sans réponses. Il fait croire à tous les partenaires de l’ESACC-Gt que l’école n’existe plus. D’ailleurs quand on prend langue avec certaines autorités congolaises, celles-ci sont étonnées de l’existence de cette école, alors le gouvernement congolais continue de débloquer des fonds pour sa contribution à cette école », ajoute-t-il. En fait, au Congo les affaires sont plus importantes que l’éducation, la formation, etc.

Bedel Baouna

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Métamorphose de la concession en entrepôts
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Un fleuron devenu terrain vague
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Des autorités qui ignorent jusqu’à son existence