Depuis quelques jours, un document audiovisuel sur le Delta de la Cuvette, la zone où a été découvert le champ pétrolier dans le département de la Cuvette, circule dans les réseaux sociaux.

Dans cette vidéo qui, sans doute, n’est qu’un extrait, et qui ne dure que 5 minutes et 27 secondes, seul Denis Sassou Nguesso apparait. Alors que ce n’est pas une adresse à la Nation.

Dans le domaine de la communication politique, même si cette vidéo n’est qu’un extrait, 5 minutes et 27 secondes sans montrer les interlocuteurs ou le décor pour aider à situer le document dans son vrai cadre, c’est trop. C’est une faute grave pour la presse présidentielle. Parce que la vidéo pourra être trafiquée et mise dans un autre cadre.

Par exemple, il suffit d’y ajouter le titre Sassou Nguesso en réunion de famille, pour créer la confusion. Bref, chacun cherchera à le situer dans le cadre qu’il veut. Pire, les Congolais savent que tout le pétrole qui coule dans leur pays, appartient à Sassou Nguesso et sa famille qui le gèrent comme du tsam-tsam, la boisson traditionnelle et locale dans la Cuvette. Sa gestion échappe au gouvernement et à l’assemblée nationale. En clair, le pétrole ne profite pas aux Congolais.

Susciter une affaire dans l’affaire

Nous réagissons à cette vidéo parce que Sassou Nguesso invite tous les Congolais à se réjouir avec lui, après la découverte de ce champ pétrolier. Comme si c’était le premier que l’on a découvert dans ce pays. Alors que ceux qui sont déjà exploités ne profitent qu’à lui-même et à sa famille.

D’ailleurs, beaucoup de Congolais ont pris cette information pour une diversion. L’événement sur le Delta de la Cuvette a été vite créé pour contrer les révélations faites par l’Ong britannique Global Witnes sur un détournement de près de 50 millions d’Euros des caisses de l’Etat par le clan Sassou Nguesso.

Et, c’est l’ancien ministre français de l’Intérieur, Charles Pasqua, qui vend la mèche et révèle cette stratégie politicienne : « Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire. Et, si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne rien  »

Néanmoins, dans cet article, nous voulons servir à Denis Sassou Nguesso deux morceaux encore chauds de notre livre «  Kongo Ya Sika  ».

Pourtant, nous ne voulons pas lui bruler la langue ou dire avec Ponel, cet administrateur colonial en possession du poste de Pombo, dans le Bas Alima, notamment dans son étude sur l’ethnie mbochi, publiée en 1885, que « La ruse et le mensonge sont insignifiants, ils en usent. »

Comment faire profiter le pétrole aux Congolais ?

Pour que les Congolais profitent du pétrole qui coulerait à flot dans leur pays, ils doivent exiger deux choses : la « Déprivatisation  » du Congo et la réorganisation de l’Organe Exécutif, avec la création, entre autres, du Conseil National de la Décentralisation et de la Gestion du Pétrole et du Bois. Ci-après la définition des concepts.

La « Déprivatisation » du Congo

Ce concept, nous l’avons utilisé, pour la première fois, dans notre roman Les « démons crachés  » de l’autre République  ». Nous l’avons repris dans notre recueil de nouvelles «  50 cheveux sur une tête nue  ». Néanmoins, dans les deux cas, nous parlons de la « déprivatisation  » du Congo sur les plans interne et externe.

Sur le plan interne : Il s’agit de reconquérir la souveraineté du peuple, et les richesses du pays qu’un certain nombre de Congolais, notamment le clan au pouvoir, depuis quarante ans, a confisquées.

Sur le plan externe : Il fait allusion à une indépendance totale vis-à-vis de la France, l’ancienne puissance colonisatrice. Car, le Congo, comme tous les pays francophones africains, d’ailleurs, reste encore lié à la France par le « Pacte colonial  » qui l’oblige à utiliser le Francs Cfa, à privilégier la France dans le commerce de ses matières premières, et à payer l’impôt colonial.

Cependant, pour déprivatiser le Congo, il faudra, à tout prix, revenir à la démocratie et redonner le pouvoir au souverain primaire qui est le peuple.

Et, la France doit laisser les Congolais faire librement le choix de leurs dirigeants, et le pays développer son commerce avec tous les pays du monde.

Le Conseil National de la Décentralisation et de la Gestion du Pétrole et du Bois

Composé des représentants élus par les conseillers départementaux, et d’un représentant de la présidence de la République, de la Société civile et des Confessions religieuses, le Conseil National de la Décentralisation et de la Gestion du Pétrole et du Bois est l’institution de l’État qui organise les structures administratives, les pouvoirs et la gestion des départements, et manage d’une manière autonome toutes les questions liées au pétrole et au bois : exploitation, contrats, raffinage, transport, commercialisation et compte d’épargne à l’étranger ouvert à partir de la vente de ces deux matières premières. On pourra en ajouter d’autres.

Cette organisation permettra, désormais, aux Collectivités locales d’avoir une mainmise sur le pétrole et le bois (premières ressources financières du pays), et favorisera un développement de tout l’arrière du pays, parce que les recettes pétrolières et celles du bois ne devront plus être simplement utilisées pour payer les salaires des fonctionnaires.

Elles serviront avant tout au financement des projets de développement : infrastructures (routes, voies ferrées) et des installations territoriales (services, écoles, universités et hôpitaux).

Le Conseil National de la Décentralisation et de la Gestion du Pétrole et du Bois tient une session annuelle, et défend sa politique générale devant le parlement de la République. Ses partenaires immédiats sont les Conseils départementaux qui lui transmettent les grands projets de développement.

Mais, Denis Sassou Nguesso, lui seul, ne peut pas opérer ces changements. Il lui faudra convoquer la Deuxième Edition de la Conférence Nationale Souveraine.

Convoquer la Conférence Nationale Souveraine

« Devant le désastre dans lequel se trouve le Congo, aucun leader politique ne peut prétendre avoir, tout seul, la solution définitive aux maux dont souffre le pays.
Parce qu’ils sont nombreux et graves. Ils nécessitent le concours de plusieurs médecins. Comme aussi, un Programme de Gouvernement, même élaboré par les plus grands économistes et financiers du monde, ne pourra contenir des recettes magiques qui permettront au Congo de recouvrer sa santé. Il en sera de même pour un Plan Marshal qui ne pourra sauver la vie du Congo. Parce que le problème congolais n’est pas seulement financier ou économique ; mais aussi culturel, politique, institutionnel et organisationnel.

La culture de l’assassinat ou de la guerre, la culture du viol et du vol, la culture du mensonge, du non respect des lois et des valeurs humaines ainsi que démocratiques ne pourront être achetées ou balayées par les bailleurs de fonds.
Il faudra, c’est impérieux et urgent, de convoquer une Conférence Nationale Souveraine, la Deuxième Edition, après celle de 1990.

Ce n’est qu’au cours de ce grand rendez-vous des Congolais avec eux-mêmes qu’ils pourront, ensemble, dépoussiérer le Projet de Société de la Conférence Nationale Souveraine de 1990, l’amender ou le changer complètement pour doter le pays d’un Nouveau Projet de Société.

Voilà pourquoi nous sommes pessimiste devant toutes les candidatures aux élections de2021, qui risquent d’être que des aventures politiques.

Parce que ce n’est qu’à partir d’un Projet de Société, rédigé à la Conférence Nationale Souveraine autour d’une Doctrine politique, sociale et économique, et qui est promulgué par le président de la République, que les candidats à l’élection présidentielle, en l’occurrence celle de 2021, peuvent sortir leurs Programmes et calendriers de Gouvernement.

Changeons de culture politique

Pour l’heure, ils n’ont pas un document de référence. Même le pouvoir en place n’en pas, lui aussi. Voilà pourquoi il navigue à vue.

Les politiciens de la diaspora ainsi que ceux qui sont au pays et qui s’aventureront à passer outre la Conférence Nationale Souveraine Nationale, ne feront qu’aggraver la crise que connait le pays et approfondir le gouffre dans lequel il est tombé.

Parce qu’eux aussi, ne pourront pas conduire le « bateau Congo  » à bon port sans un gouvernail. Ils ne feront que naviguer à vue. Sans gouvernail et repères.
Or, le gouvernail et les repères de la politique, au Congo, doivent désormais être façonnés par la Conférence Nationale Souveraine.

Et, c’est cette deuxième Edition de la Conférence Nationale Souveraine qui est attendue en urgence et qui ouvrira le grand chantier du Nouveau Congo ou du Kongo Ya Sika. « 

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain