La diaspora ne ménage aucune proposition pour venir à bout de Sassou. La dernière en date : cap sur l’Elysée.

Quand un individu est chef d’Etat en Afrique, c’est L’Elysée qui l’élit. C’est une règle. Le système de L’Elysée dispose d’une boite noire appelée « cellule africaine. » d’où l’on fabrique le pouvoir en Afrique. En 1997, Jacques Chirac, substitua Sassou à Lissouba alors qu’il avait été élu par les siens. En 2015, rebelotte. On ne sait pour quel conflit d’intérêts, François Hollande réduit à néant la volonté des Congolais d’en découdre une fois pour toute avec Sassou. On a encore en mémoire la phrase fatidique : «  Le Président Sassou a le droit de consulter son peuple ». Les Africains souffrent du mystère de cette « camera obscura  » qui accouche des monstres sur leur continent.

Paradoxal

Il y a un paradoxe : en dépit de l’intensité du combat de la diaspora congolaise à Paris, aucun lobby n’a jamais programmé une rencontre avec l’Elysée, siège du pouvoir africain. En 2015, à l’occasion d’une manif parisienne anti-Sassou, un effet de foule, entraina des activistes de la Place Venezuela (à un jet de pavé de l’ambassade du Congo) vers le Bd des Champs Elysées. De mémoire de touristes, c’était du jamais vu. En un clin d’œil, les CRS arraisonnèrent tout le monde sur le… champ. Christophe Moukouéké, Benoit Koukébéné figuraient parmi les rats pris dans la souricière des Champs. Un contrôle de papiers plus tard, dans les paniers à salade stationnés, Bd Victor Hugo, on relâcha tout le monde, frôlant de justesse des gardes à vue. Le mouvement fit long feu.

Conclusion : c’est moins une marche qu’une démarche qu’il s’agit d’envisager pour influencer l’Elysée. Quand Paul se rendit à Rome voir César, il écrit aussi son épître aux romains pour se donner plus de chances devant l’empereur.

En vérité, L’Elysée, n’a jamais été envisagé en tant qu’objectif à atteindre dans le cadre d’une stratégie politique avec impact positif sur l’Afrique. Sauf par Alain Mabanckou.

Aller voir le Pape à Rome, à en croire le président de la CDI, Adrien Houabaloukou, c’est de l’ordre du possible et du réalisable. Ce sera peut-être bientôt chose faite. L’heure est venue pour que la boîte noire se mette à l’écoute des opposants africains.

L’épisode Alain Mabanckou est significatif du fonctionnement de la cellule africaine. Reçu par le même Hollande en 2016 après une lettre ouverte fustigeant Sassou-Nguesso, Alain Mabanckou n’eut pas besoin, en amont, de battre les pavés des boulevards parisiens. Comme Zola, il accusa Sassou dans une lettre ouverte. Hollanda accusa-réception. On connaît la suite : Hollande l’écouta, approuva, puis renvoya aux calendes grecques les doléances de l’auteur des « Cigognes sont immortelles  ». Résultat : Sassou est toujours au pouvoir, Hollande est, depuis, sans pouvoir.

Cap sur l’Elysée

On l’aime ou on ne l’aime pas, le lanceur d’alerte, Adrien Houabaloukou, Président de la Convention des Démocrates Indépendant (CDI) envisage une stratégie dans une de ses causeries (il fait au moins deux directs par semaine).

« Cap sur l’Elysée !  » a lancé le président de la CDI comme un mot d’ordre. « Ce ne sera pas un sit-in ni sur la plus belle avenue du monde ni dans les jardins du palais présidentiel français » a préconisé le professeur en gestion Houabaloukou, qui s’y connaît en « chemin critique  » (critical path).

Ce sera « une négociation inclusive » à laquelle sont conviés «  les quatre ministres que compte la communauté : Benoit Koukébéné, Jean-Luc Malékat, Jean-William Ota, Ouabari Mariotti  » précise A. Houabaloukou.

Etat-Major Spécial de la Démocratie (EMSD)

Pour ce faire, le président de la CDI a mis sur place un organon : l’EMSD (l’Etat-Major, Spécial de la Démocratique). Adrien Houabaloukou, cela va sans dire, est le président de cet appareil d’offensive politique. Son but : sortir des sentiers battus de ce qui s’est toujours fait à ce jour.

« Lorsqu’on se rend à un rendez-vous où on ne vous attend pas, on vous reçoit. »

L’Elysée, n’est pas en soi une interlocutrice mésestimée. Nombre de lobbystes congolais de l’opposition ont tenté de s’y rendre. Ils y sont allés incognito. Ils ont été reçus par quelques ronds-de-cuir. On les a bercés d’illusions. Autant dire qu’ils ont fait chou blanc.
«  Nous avons eu la même analyse des méfaits de la françafrique  » dit A. Mabanckou aux médias à sa sortie de L’Elysée.

« Monte au Ciel celui qui y a un parent  » dit un proverbe congolais. (P. Bourdieu parle de l’utilité du capital social comme ascenseur ) Le Palais de l’Elysée n’est pas une auberge espagnole. Il est aussi hermétique qu’une loge maçonnique. On y entre, quand on ne vous attend pas, quand on ne s’y attend pas. Ce fut le cas d’Alain Mabanckou.

Que faire ?

« Nous enverrons un courrier en temps opportun » assure Adrien Houabaloukou. Ecrire un courrier là où Alain Mabanckou rédigea une lettre ouverte qui n’aurait jamais eu d’impact sans le statut académique de son auteur, signifie que le capital social ne suffit pas pour être reçu par Jupiter.

En attendant l’envoi d’une missive au locataire de L’Elysée, Adrien Houabaloukou, visible sur le champ politique, somme les quatre ministres de vite donner leurs « positions ». Le temps presse. 2021, c’est bientôt. Tant qu’à dialoguer, autant le faire avec le Président Emmanuel Macron au lieu d’attendre un dialogue hypothétique avec Denis Sassou Nguesso, « Président par défaut  », qui, de toute manière, ne viendra jamais autour d’une table, c’est-à-dire ne sciera pas soi-même la branche sur laquelle il est assis depuis bientôt un demi-siècle.

« J’y suis, j’y reste » pavane Denis Sassou Nguesso. « Celui qui me renversera n’est pas encore né » prophétise-il à tout vent.

Ne pas désespérer

Le mérite d’Adrien Houabaloukou, c’est de rompre avec le rite politique classique, en catimini. Sa proposition « Cap sur l’Elysée  » fait son chemin sur les réseaux sociaux. Espérons que sa lettre ne restera pas lettre morte, «  message in the bottle » que chanta Sting. La bouteille atteindra-t-elle son but ou sera-t-elle rejetée par la marée ?

Appendice

Au bout du pouvoir, la séduction. A l’approche des élections prévues par Sassou en 2021, élections qu’il gagnera selon une loi mathématique vérifiable en tyrannie, nombre de congolais sont séduits par la perspective de poser leur candidature. Parmi les candidats, des cas surprenants. C’est celui de l’activiste Andrea Papus Ngombet Malewa, qui n’a pas attendu l’ouverture de la campagne pour se prononcer.

La société politique congolaise en diaspora n’a rien de particulier : elle est prévisible. Je veux dire ; elle est politique, donc corruptible. On ne compte plus les retournements de vestes. Tony Moudilou, Tchikaya Missamou, Marcel Makomé, Andrea Papus Ngombet Malewa en sont les magnifiques exemples, partie visible de l’iceberg. Entre la création d’un gouvernement en exil par Marcel Makomé et Tony Moudilou, la présence de l’opposant Pascal Tsaty-Mabiala en France sans être inquiété par les Indignés du 242, ne cherchons pas ce qui va se passer d’ici peu.

Ne demandez pas « À qui le tour ? ». Le pronostic est : « Chacun son tour  ». Il existe des exceptions à la règle. Jean-Marie Michel Mokoko tient bon.

Pour le reste, tout se passe comme si plus fort on réclame la chute de Denis Sassou Sassou plus les chances de l’activiste de chuter sont grandes. Les retournements acrobatiques sont le propre de la politique depuis l’antiquité. Cela s’appelle « collaboration. » L’histoire de la résistance en diaspora en est truffée. Le jeune Andrea Papus Ngombet Malewa peut se réclamer d’illustres ancêtres : Henri Lopes, Maître Jean-Martin Mbemba, Henri Ossébi, tous grands pourfendeurs des tyrans congolais aujourd’hui passés à l’ennemi. Cela s’appelle « entrisme  » ; avec les conséquences ad ’hoc.

Thierry Oko