Le député de Kindamba, au crédit politique famélique, Isidore Mvouba, a du nez. Sentant le vent tourner, l’homme au teint jaune papaye prend du champ et se rappelle aux bons souvenirs des missions de l’Assemblée nationale dont celle du contrôle de l’action gouvernementale. Quand le bateau prend l’eau, les rats quittent le navire. « Mwana Ouenzé » se reveille d’un long sommeil.

Détournements des deniers publics, malversations financières, vols à ciel ouvert, corruption tous azimuts… pour satisfaire les appetits voraces des membres du clan Sassou, nos chers députés ne voyaient rien et ne disaient rien.

Voix

Après un gros coup de blues de l’économie du Congo-Brazzaville, l’inquiétude s’est subtilisée à l’euphorie à l’Assemblée nationale.

Plusieurs acteurs politiques, tant de l’opposition que de la majorité, ont donné de la voix depuis la signature le 11 juillet 2019, pour une durée de trois ans, de l’accord avec le FMI au titre de la facilité élargie de crédit d’un montant de 246,8 millions de dollars.

L’ancien cheminot profito-situationniste surfe sur la vague. Isidore Mvouba sort du bois et enjoint le gouvernement au strict respect des conditionnalités imposées par l’institution de Washington. Isidore Mvouba surgit avec quelques bonnes prises dans sa besace. Un positionnement tardif surprenant. L’ancien Premier Ministre non constitutionnel, Isidore Mvouba, très en verve ne décolère pas et martelle les leçons de bonne gouvernance.

Rodomontades

Isidore Mvouba, le Président de l’Assemblée nationale a appelé le 23 août 2019 les parlementaires à s’approprier la quintessence de ce contrat et à veiller au strict respect des conditionnalités. « L’Assemblée nationale qui postule à être le chevalier blanc de la bonne gouvernance doit donner la mesure de son talent pour que dans trois ans le Congo retrouve ses équilibres macro-économiques  », a déclaré Isidore Mvouba, à la clôture de la sixième session ordinaire administrative, avant d’ajouter, « Un tel succès, chers amis, passe par une rigueur budgétaire qui récuse les dépenses hors budget et sacralise la restructuration de notre dette qui, comme un boulet, tire notre économie vers le bas » (Les dépêches de Brazzaville, 26 août 2019).

Les rodomontades du député de Kindamba, Isidore Mvouba, à l’endroit du gouvernement, ne sont-elles qu’une posture ou constituent-elles une redemption ?

Le président de l’Assemblée nationale a, par ailleurs, exhorté le gouvernement à engager sans délai, et avec détermination les négociations avec les traders.
« Un tel challenge, nous l’avons compris, pose en termes de nécessité absolue la mise en place des réformes structurelles avec à la clé, l’amélioration du climat des affaires, levier indispensable de la diversification de notre économie  ». Isidore Mvouba qui aurait mangé du lion, très en forme, a tiré la sonnette d’alarme. « Il est admis, et nous l’avons compris tous, qu’au moindre dérapage, l’accord sera irrémédiablement compromis. Comme l’Assemblée nationale a intériorisé cette réalité cardinale, elle s’est à coup sûr, mise sur orbite pour relever ces défis », a renchéri le président de l’Assemblée nationale. Isidore Mvouba tel Theodore Roosevelt, tonitruant Président américain des années 1900, de changer sa manière en « parlant doucement avec un gros bâton ».

Thérapie après la mort

Où était Isidore Mvouba lorsque Christel Sassou, Jean-Jacque Bouya, Calixte Nganongo et Maixent Raoul Ominga contractaient des crédits contre pétrole auprès des traders Glencore, Gunvor, Mercuria, Vitol et Trafigura ? Que n’a-t-on entendu Isidore Mvouba quand éclate l’affaire des paradis papers et des panama papers qui a éclaboussé Christel Sassou, Jean-Jacques Bouya, Rodolphe Adada, Henri Djombo, Bruno Jean Richard Itoua, Denis Gokana, Willy Etoka, Lucien Ebata et les autres ?

Pourquoi Isidore Mvouba n’a-t-il pas levé le petit doigt quand la société Total et le Congo Brazzaville avaient créé une société, Likouala SA, dans le but de pouvoir habiller la dette du pays et la dissimuler aux yeux du FMI ? Panama Papers, achat d’appartements luxueux outre-Atlantique (Claudia Sassou), révélations sur le détournement dans les filial pétrolières du Congo-Brazzaville de millions de dollars, disparition inexpliquée des réserves destinées aux générations futures etc, les scandales financiers sur lesquels Isidore Mvouba n’a jamais interpelé l’exécutif se ramassent à la pelle.

Pourquoi Isidore Mvouba est resté de marbre ? La mise en coupe réglée de l’économie du Congo-Brazzaville (le pétrole pour les Sassou, les mines pour Pierre Oba, les BTP pour Jean-Jacques Bouya et le bois pour Henri Djombo) n’a pas fait sursauter Isidore Mvouba. Des occasions manquées par l’Assemblée nationale pour exercer leur rôle de contrôle sont légion. Vaut mieux tard que jamais. Mais, vaut mieux prévenir que guérir. Les gesticulations d’Isidore Mvouba qui s’apparentent aux soins du médecin après la mort n’amusent pas les populations du Congo-Brazzaville et encore moins celles du Pool dont le député de Kindamba avait justifié le largage des bombes par Denis Sassou Nguesso.

Benjamin BILOMBOT BITADYS