Une longue liste d’hommes à abattre circulerait à Paris. L’homme du 8 février 1978 voudrait particulièrement en finir avec Roland-Lévy Nitou, Bernard Pongui, Faye Monama, Donald L’Impérator, Isidore Aya Tonga, identités remarquables de la résistance. Leurs têtes seraient mises à prix selon des fuites émanant de Mpila. Ca fait froid dans le dos.

Ce qui rassure et pourrait freiner les élans sanguinaires du parrain d’Edou, c’est le fiasco ou plutôt la (« jurisprudence Daniel Forestier »), agent secret dont la mort faillit éclabousser notre pays. Celui qui y règne fut suspecté d’avoir joué un grand rôle dans cette élimination physique digne des méthodes calabraises. Visiblement ça ne semble pas apaiser la bêtise des riverains de L’Alima.

Les raisons de la colère

Le bâtisseur infatigable n’est pas content. Ce qui agace foncièrement le « vainqueur de la guerre du 5 juin », c’est d’être la proie quotidienne de critiques virulentes, voire virales des opposants à son régime alors que dans sa conscience il pense avoir tout fait pour mériter la légitimité que confèrent les élections (fussent-elles entachées d’irrégularités comme celles de 2016). Comble de provocations, il ne se passe pas un jour sans que son pouvoir ne soit vilipendé, sa politique décriée, sa personne trainée dans la boue, au grand dam de ses partisans choqués par cette désacralisation d’un pouvoir chèrement (ou chairement, on peut le dire) acquis.

Quand ce ne sont pas des « gracieusetés » du genre « Président autoproclamé, Président de fait, Monsieur 8 %, Sassouffit, cleptomane, népotiste, despote, fossoyeur de l’économie, assassin du Beach, génocidaire, traqueur de Bakongo dans le Pool, gibier de la CPI » qui lui sont jetées à la figure, ce sont de « gentilles » vidéos de biens mal acquis, de parades martiales qui sont montrées sur les réseaux sociaux alors qu’il est en train de ne pas ménager un seul moyen afin de séduire le FMI ou la Banque Mondiale pour s’octroyer une aide (certes imméritée). De quoi enrager le plus doux des agneaux.

Qu’il essaie seulement de tenter de redorer son blason et, vlan, voilà l’affaire des Panama’s Papers qui est relayée par les Résistants congolais de la Diaspora. Alors qu’il se bat bec et ongle pour se doter d’un dauphin sorti de sa cuisse, les Indignés et les Combattants se font un malin plaisir de lui rappeler que son fils et sa fille, Kiki et Claudia, sont mêlés à des scandales financiers dans un contexte de disette au Congo. Mettez-vous à sa place.

Tous ses voyages à Paris sont une occasion d’humiliation par ses adversaires qui visiblement lui en veulent à mort : manifs sur le perron des palaces, où lui et sa forte délégation affectionnent descendre, servent de comité d’accueil dès qu’il foule le sol hexagonal. Soyez à sa place.

Tout récemment, à cause de toutes ces nuisances sonores permanentes, son voyage au bord de la Seine fut « gâté » (au sens ivoirien du terme) par un redressement du col de sa chemise par le ministre Jean Yves Le Drian. L’Elysée ne supporte plus ses fourberies, notamment l’embastillement du général Mokoko, véritable vainqueur des présidentielles de 2016.

Trop c’est trop. Rien de plus humiliant pour un gars qui n’a de cesse de mettre le paquet (par le jeu de la corruption il faut le reconnaître) pour s’acheter une respectabilité auprès de la Communauté Internationale.

Sisyphe condamné à remonter chaque fois au sommet le rocher précipité en bas par ses adversaires, l’homme est fatigué.

Fou de rage

Alors l’inamovible chef d’Etat du Congo a imaginé une punition qui a dû retourner dans leurs tombes les parrains siciliens de la mafia italienne ou la pègre américaine du Chicago des années 20 : le contrat. Une coalition recrutée dans la pègre attend le passage à l’acte. Objectif : zigouiller une dizaine d’empêcheurs de tourner en rond vivant en diaspora.

Voici, les « contrats » en question : Roland Nitou Lévy, Bernard Pongui, Donald L’Impérator, Faye Monama, Isidore Aya Tonga : autant de monstres contre lesquels le natif du bord de l’Alima a échafaudé la « solution finale » (comme jadis Hitler avec les Juifs), avant la fin de cette année en cours.

Un contrat à la manière de Don Corleone pour un simple jet d’œufs pourris à son passage ? L’envergure de la riposte fait penser à l’expression « sortir un marteau-pilon pour écraser une mouche ».
Qu’est-ce que le sang d’un Levy Nitou apportera à la tranquillité du Tigre de la Cuvette ?

Coût du contrat : plus d’un million d’euros ; une bagatelle pour le prédateur de L’Alima.

On retrouve parmi ces hommes de main, pêle-mêle, des Cobras, des Arabes, des Européens dont la détermination ne recule devant rien pourvu qu’on remplisse leurs poches d’espèces sonnantes et trébuchantes.

« Une fois éliminés, ces trouble-fêtes me foutront la paix » a judicieusement raisonné celui qu’on appelle aussi « L’Homme des actions concrètes » qui, en 1989, n’éprouva aucun remords quand il fut question de faire exploser en plein vol un aéronef d’UTA sur le désert du Ténéré.

Le natif d’Edou, sûr de son affaire, a imaginé trois méthodes : enlèvement, exécution sommaire, empoisonnement.

Le plan, il est vrai, n’est pas évident à mettre à exécution comme c’est souvent le cas des affaires ténébreuses. Celui envisagé pour faire taire le général Ferdinand Mbaou fut un demi échec et, Daniel Forestier, la barbouze chargée de l’affaire, a été elle-même réduite au silence dans des conditions on ne peut plus troubles, en Haute Savoie, du côté de la frontière suisse.

Le hic

Qu’à cela ne tienne. Le contrat, système d’exécution sicilien, reste la seule procédure funeste efficace quand on veut se débarrasser d’un adversaire gênant et quand on tient à empêcher l’enquête de remonter jusqu’au commanditaire. Sauf qu’ici on connaît le cerveau du crime.

Financer ce genre de projet ne pose pas problème quand les clés du Trésor Public se trouvent dans sa poche. Rien à voir avec les versements de salaires, de bourses et de pensions des Congolais, une entreprise qui donne des insomnies.

Parmi les hommes de main, on signale la présence d’un Cobra, un certain Bouddha, planqué à l’ambassade du Congo à Paris qui comme chacun sait, est un repaire de tueurs à gage.

Un homme averti

Un hic : un homme averti, disait Coluche, en vaut deux, parfois quatre. Les futures victimes de Sassou, on s’en doute, n’attendent pas bêtement qu’on vienne leur faire la peau. Nombre d’entre elles ont d’ores et déjà prévenu la police quant aux menaces de mort qui pesaient sur leur tête. Et elles entendent vendre chèrement leur vie.

Mieux : au cas où le commanditaire des contrats l’aurait oublié, il existe également une loi, dite du Talion (œil pour œil, dent pour dent), sur la base de laquelle fonctionnent ceux qui n’ont rien à fiche avec le principe du pardon. Ici, il s’agit d’un prêté pour un rendu.

Les Corses l’appellent « vendetta » : une poursuite implacable des enfants des parrains sur des générations. Dans une vidéo réalisée en riposte au projet criminel de Mpila, une potentielle victime aurait rappelé que l’homme des masses a également des parents (enfants, petits-enfants, neveux, nièces) susceptibles d’être rayés de l’existence. Etre victime d’un contrat, est un « privilège » qui n’arrive pas qu’aux autres. C’est banal de dire que mener des actions en représailles représentent la chose la plus partagée au monde. « Ton pied, mon pied disent » les Ivoiriens (tu me tues, les miens tuent les tiens, tôt ou tard). La vengeance est un plat qui se mange froid.

Conclusion

On peut épiloguer. Ce qui devrait sauver les victimes c’est qu’une vendetta peut décimer les parents de « L’homme du 4 mars 2012 ». Le commanditaire devrait réfléchir par deux fois avant de passer à l’acte. Un accident est si vite arrivé...
Dans le plan machiavélique du clan d’Oyo, il y a eu fuite. C’est la preuve s’il en fallait que tous ne sont pas des faucons dans l’entourage de « L’homme des masses ». Or un complot exposé au grand jour rend inefficace sa réussite. A l’image de la sorcellerie, un pouvoir est humilié lorsqu’on découvre le jeu du « ndoki. » Un plan d’attaque n’est opérationnel que quand il est couvert par le sceau du secret. Or les colombes du régime du Prince de L’Alima ont, comme à l’accoutumé ; vendu la mèche.

Cet axiome devrait calmer les pulsions morbides de « L’homme du 5 juin 1997 ». De toute façon, le meilleur moyen d’éviter d’être écorné quotidiennement par la critique, c’est de lâcher prise, c’est-à-dire de démissionner. Quatre décennies de prédation politico-économique constituent un « exploit » qui ne peut qu’inspirer dégoût et rejet. Exercer un pouvoir sans partage pendant tant d’années, « c’est ça qu’on appelle la dictature » (Youss Band).

Bref, pourquoi les colombes du régime n’en finissent pas avec l’oiseau de proie d’Oyo ?

Thyery Oko, Orléans 6 novembre 2019