Les nouvelles sont bonnes : Sassou ne sera plus de ce monde politique. L’avis de décès a été fait sur les bords de La Seine où avant lui, Léon Mba du Gabon, Amadou Aïdjo du Cameroun, laissèrent littéralement leur vie après y avoir été convoqué par le patron de la sucurssale françafrique.

« Je lui ai parlé de M. Mokoko et d’autres personnes, en lui disant qu’on attendait de sa part des actes  ». C’est la phrase devenue célèbre et que d’aucuns retiennent de la déclaration de Jean Yves Le Drian devant l’Association de la presse diplomatique. Elle fait le tour du monde comme Fernand Magellan, et suscite des espoirs ; mais aussi des réactions controversées. Le ministre français des Affaires étrangères parlait de sa réception de Denis Sassou Nguesso. Pourtant, cette phrase sera vécue comme un grand coup de massue par le pouvoir clanique de Brazzaville. Car, il est convaincu que la libération de Jean Michel Mokoko annonce la fin du règne.

Cependant, une certaine opinion pense que Jean-Yves Le Drian n’a fait que dire à Denis Sassou Nguesso ce que voulait lui dire toute la communauté internationale. Avec elle des Chefs d’Etat africains qui n’avaient comme solution unique à la crise congolaise que la libération de Mokoko et le renvoi des Congolais aux élections générales.

La victoire est congolaise

« La victoire revient aux Congolais  » avons-nous entendu dans les couloirs de certains milieux diplomatiques. D’après eux, le brusque revirement de la France, dans ses relations avec le pouvoir de Brazzaville, a été provoqué par le boucan fait dans la presse, les métros, les réseaux sociaux, les publications littéraires, les participations à des conférences internationales, les rencontres privées avec des personnalités internationales… et à travers lequel les Congolais ont réussi à faire parvenir leurs cris de détresse dans presque toutes les officines de la Real politique. La France, à son plus haut niveau, a été très embêtée et n’avait plus rien à cacher du Congo. Elle a commencé à manquer d’argument pour défendre le vieux dinosaure du Bassin du Congo. C’est ainsi qu’elle a lâché le morceau, pour ne pas se bruler la langue. Car, Emmanuel Macron veut briguer un deuxième mandat.

Mais à en croire ce même milieu diplomatique, deux gouttes d’eau ont fait transborder le vase et précipiter le pouvoir de Brazzaville à la mort. Il s’agit des dernières révélations sur un détournement des fonds publics, faites par Global Witness, une Ong britannique spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles pétrole, bois, diamants des pays en développement et la corruption politique, et les gisements du Delta de la Cuvette dont la production a été vantée par Denis Sassou.
Devant les révélations de Global Witness, la muraille construite par la France et tous les lobbies étrangers pour protéger le pouvoir de Brazzaville s’était écroulée. La France ne pouvait pas la relever. Le scandale était tellement insoutenable, vu la situation du pays.

A propos des gisements du Delta de la Cuvette, la communauté internationale y trouve, si les informations publiées par le gouvernement du Congo sont vraies, de quoi permettre au Congo de relever et diversifier son économie. Mais, il faut écarter Denis Sassou Nguesso et son clan, pour que ce pétrole profite aux Congolais. Il y a un homme qui est devenu célèbre et très populaire : Jean Marie Michel Mokoko. Mission a donc été donnée à La France, par la Communauté internationale de le libérer.

Le communiqué nécrologique

Il commence par un générique. Une vielle chanson de Tabu Ley, « Mokolo na ko kufa » (le jour de ma mort). Puis, le journaliste enchaine directement avec la lecture des communiqués nécrologiques. Curieusement, ce jour-là, il y en a un seul. Celui qui annonce le décès du pouvoir de Brazzaville. C’est le ministre français des Affaires étrangères qui informe toute la Communauté internationale : La France a la profonde douleur de vos annoncer le décès du pouvoir de Brazzaville, survenu à Paris, après une longue maladie qui s’est aggravée avec les 48 mesures du Fmi, le manque de sommeil du au stress provoqué par le paiement des salaires des fonctionnaires, les bourses des étudiants et les pensions des retraités. Mais, il y a aussi la date de la première revue du Fmi, après la signature des accords avec le gouvernement, qui a provoqué un arrêt cardiaque.

L’ambiance dans la délégation

« Cette visite se passe très mal. Il fallait voir la mine du président Sassou et les Okemba. On a pris une sacrée douche froide dans la délégation, parce que personne ne s’attendait aux propos de Jean-Yves le Drian sur la libération des prisonniers politiques et particulièrement du général Jean Marie Mokoko, et du ministre André Okombi Salissa. On ne vous cache pas les mines étaient décomposées. Okemba a même lâché « Ah la France nous lâche !  »

Il y a panique sans compter que nous sommes près d’une centaine dans la délégation à avoir fait le déplacement pour Paris. L’ambiance est lourde. Nombre de membres de la délégation n’ont même pas encore touché leurs frais de mission. Edgard Nguesso nous fait du chantage et ne nous a encore rien versé, et, on nous dit qu’il a notre argent. On sent une certaine tension... on nous a fait venir ici pour nous dire que l’on doit libérer les prisonniers politiques, mais ça va être très compliqué, a vociféré Jean Dominique Okemba, à la sortie de l’audience.

La France ferait mieux de s’occuper de ses oignons, a renchéri un conseiller du président Sassou.

Cependant, d’autres proches parents de Sassou Nguesso ont suggéré, sur le champ, des arrangements avec Mokoko et Okombi, parce que ça va être chaud, les prochains jours », confie un membre de la délégation à « Basango Ya sassouland » qui publie l’information sur sa page Facebook.

Jean Claude Gakosso doute comme un chinois ivoirien

Mais, le ministre congolais des Affaires étrangères, Jean-Claude Gakosso, lui, croit encore à l’amitié de Denis Sassou Nguesso avec Jean Yves Le Drian. Il doute du doute de son doute. Comme les « Chinois » sur la mort de leur idole, Dj Arafat, lui aussi ne croit pas à la mort du pouvoir de Brazzaville : « Ces propos ne m’émeuvent pas outre mesure, et je prends note de ce qui est dit. Je connais bien Jean-Yves Le Drian et je peux témoigner de l’amitié qu’il a pour le président Sassou. Ce sont des amis donc ils peuvent tout se dire avec le président Sassou », a-t-il déclaré à Rfi. Néanmoins, il faudra déjà craindre que Jean Claude Gakosso aille, lui aussi, profaner la tombe du pouvoir.

Andréa Gombet et Guy Mafimba

Jusque-là ils n’ont pas fait une déclaration. Mais, on peut imaginer que ces deux membres de la diaspora congolaise de France qui sont déjà en campagne présidentielle pour l’élection de 2021, aient, eux aussi, reçu le coup de cette déclaration. Que vont-ils faire à la sortie de prison de leurs leaders politiques. Vont-ils continuer leur campagne ou céderont-ils la place ?

Les Mokokoistes relèvent enfin leurs têtes

« Moto ba kundi nanute, bakoti na ndako bakomi ko wela biloko » (le mort n’est pas encore enterré, on s’acharne déjà sur ses biens), pour reprendre ce vers d’une chanson de « Ok Jazz » qui explique bien l’euphorie dans laquelle vivent déjà les partisans de Mokoko et permet de deviner leurs rêves.

Mais ce qui est surprenant, ce sont entre autres ces révélations, voire ces accusations, que certains font, dans la foulée, sur la personne d’Andréa Gombet et qui sont publiées dans les réseaux sociaux : « Quand Ngombet piège les combattants de Paris et règne en maître sur la place de Paris. C’est lui qui vient convaincre ses amis combattants, qui s’occupait de la logistique pour brûler l’ambassade du Congo, en 2016 ; mais, il n’a jamais été convoqué. Il n’a jamais fait la prison. Son casier judiciaire reste toujours vide. Il n’a jamais soutenu ses amis, pendant qu’ils étaient dans la merde. Ses amis sont fichés "S" et ne peuvent plus exercer certains boulots en France à cause de leurs casiers judiciaires qui sont abîmés. Aujourd’hui Ngombet, lui, peut vaquer librement à ses occupations ; mais pas les autres. Certains disent que cette manigance venait de Mpila, afin de détruire le mouvement des combattants à Paris », lit-on sur la page Facebook d’Edmond Mpiori. Une vérité ou une simple guerre politicienne ?

Le pouvoir, dans l’attente du souverainologue

Le pouvoir de Brazzaville a un homme, et un seul, qui est doté d’une grande puissance mystique, pouvant anéantir toutes les forces maléfiques venant de l’extérieur. Il s’appelle Aimé Emmanuel Yoka.

Pour sa présentation, on peut dire qu’il est l’oncle paternel de Sassou Nguesso. Il est le sage homme qui a eu l’idée de créer des Comités des sages dans tous les départements du Congo. Ils avaient la mission de demander, les larmes aux yeux, à Denis Sassou Nguesso de changer la constitution, afin qu’il ait le droit de briguer un troisième mandat. Son acolyte, dans cette aventure, était un certain Pierre Mabiala. Il a légitimé le parachutage électoral au Congo. En effet, originaire d’Oyo, dans le Nord du Congo, il s’est présenté aux élections législatives dans la circonscription de Vindza où il n’était pas domicilié. Malgré son échec aux urnes, il a été, tout de même, nommé député. Mais, Aimé Emmanuel Yoka, c’est aussi cet ancien ministre de la Justice et Garde des « sots » qui annulaient les décisions de justice rien qu’avec une note circulaire. C’est donc lui que l’on attend pour venir sauver le pouvoir de Brazzaville avec la notion de la souveraineté des Etats.

Refaire le jeu politique

A la veillee mortuaire, l’ambiance est aussi morose. On pense à l’ avenir des Mbochi, et on monte rapidement des scenarios politiques.
Si une certaine opinion regrette la condamnation de Jean Marie Michel Mokoko par la justice, veut se réconcilier avec lui, et soutenir sa candidature à la prochaine élection présidentielle pour le récupérer et faire triompher le « tout sauf le sud » ; une autre pense au scenario de Joseph Kabila dans lequel ce dernier a nommé à la présidence du pays un candidat qui n’a pas gagné l’élection présidentielle, pour faire échouer Mokoko. Et, avec qui il a signé un pacte moral et de confiance. Mais, Denis Sassou Nguesso a deux enfants qui veulent se présenter à la prochaine élection présidentielle pour sauver la famille : l’un est biologique, l’autre adoptif. Qui sera Félix Tshisekedi ?

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain