L’édifice se lézarde. La Banque Lazard va prendre congé de Matthieu Pigasse, cousin de Jean-Paul Pigasse du quotidien « Les dépêches de Brazzaville  ». Paris par la voix de Jean-Yves Le Drian accentue la pression sur le pouvoir du Congo-Brazzaville.

L’échéance de décembre 2019 avance à pas de géant au Congo-Brazzaville. La première mission d’évaluation du Fonds monétaire international s’effectuera à cette date fatidique. Comme le disait élégamment Jacques Chirac dans une de ses démonstrations d’humour ou de fatalisme corrézien : « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». Denis Sassou Nguesso pourrait reprendre la formule à son compte, tant les difficultés s’accumulent sur sa route. Dette d’environ 110 % du PIB, accumulation d’arriérés de pensions, de salaires et de bourses, négociations avec les traders pétroliers au point mort, pourparlers avec les opérateurs économiques nationaux reportés sans cesse sine die. Le tout rudement corsé par les chiffres désespérants du chômage, de l’érosion du pouvoir d’achat et agrémenté de sondages incessants qui témoignent de la déception et de l’inquiétude des populations du Congo-Brazzaville à l’égard de Denis Sassou Nguesso.

Matthieu Pigasse dans le tombeau de Lazard

Trublion de la finance parisienne et co-actionnaire du groupe Le Monde, Matthieu Pigasse, ci-devant conseil technique du Congo-Brazzaville dans les négociations avec le FMI, est sur le point, selon des informations confidentielles recueillies par Mediapart du 16 octobre 2019, « d’être poussé hors de la banque Lazard. » Simple coïncidence ?

Les conseils onéreux de Matthieu Pigasse et Dominique Strauss-Kahn insistent auprès du gouvernement du Congo-Brazzaville sur la mise en œuvre des quarante huit mesures. L’urgence des décisions à prendre et des actions à mener, au regard du calendrier contraint les équipes du FMI de finaliser les éléments du programme en vue de la poursuite de l’accord du 11 juillet 2019 avec le FMI dans le cadre de la facilité élargie de crédit (FEC).

Matthieu Pigasse est un élément important dans le dispositif financier du pouvoir du Congo-Brazzaville. Il est au centre des montages financiers sophistiqués des dictateurs africains de la zone franc. Au demeurant, il semble que le banquier ait perdu beaucoup de son entregent et de ses clients à Paris. Selon les informations de Mediapart, OP CIT, le patron de la banque d’affaires Kenneth Jacobs a demandé à Matthieu Pigasse (co-actionnaire du groupe Le Monde) de faire discrètement ses valises. Très lourdement endetté, il cherche à créer l’antenne parisienne d’un établissement financier américain.

Désormais privé de l’étendard de la prestigieuse Banque d’affaires Lazard, Matthieu Pigasse continuera-t-il d’exercer ses activités de conseil financier auprès de Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville ? Continuera-t-il de servir d’interface du clan Sassou dans l’évasion financière et dans l’ouverture des comptes offshores dans les paradis fiscaux ?

L’éviction de Matthieu Pigasse de la Banque Lazard est un coup dur pour les membres du clan Sassou. Et, une planche de salut pour les populations du Congo-Brazzaville. Le khalife d’Oyo, Denis Sassou Nguesso, s’attendait à une rentrée difficile. Il est donc servi.

Benjamin BILOMBOT BITADYS