Ceux qui posent les questions qui font problème sont ceux-là même qui posent problème ou en tout cas sont à l’origine des problèmes dont ils veulent voir la résolution par un Etat qui est à leur solde. L’héritier de Sassou en est l’illustration.

Le 13 novembre 2019 a eu lieu à l’Assemblée nationale, une séance des questions orales avec débats. L’équipe gouvernementale a été conduite par le Premier Ministre, Clément Mouamba.

Cette séance a été particulière non seulement parce que les questions qui ont été posées sont toutes liées à l’actualité politique du pays et sont au cœur des débats que les Congolais mènent dans la rue ; mais aussi parce que les intervenants sont tous des mousquetaires c’est-à-dire des « soldats de la maison du roi  ».

Il s’agit de Denis Christel Sassou-Nguesso, Jérémy Sylvain Lissouba, Hydevert Mouagni, Bonaventure Boudzika, Isidore Lenga et Ferréol Constant Gassackys. C’était donc un grand bal des mousquetaires qui a été organisé. Ils connaissent le diable ; mais ils n’osent pas le nommer. Néanmoins, c’est sous la forme d’un jeu « Ils ont dit, nous disons » que nous écrivons cet article.

Ils ont dit

Denis Christel Sassou-Nguesso : « Force est de constater qu’il est difficile de diversifier une économie si on ne la rend pas avant tout attractive par des mesures structurantes, afin qu’elle devienne compétitive. L’amélioration du climat des affaires est une condition sine qua non pour diversifier une économie. La place qu’occupe notre pays dans le dernier classement Doing Businesse, c’est-à-dire 185 sur 190, nous rappelle qu’à ce jour, au-delà des efforts indéniables, notre économie n’est pas attractive, ce qui ne permet pas d’attirer les investissements nécessaires qui lui permettront d’atteindre l’objectif de diversification ».

Nous disons : Les économistes diront mieux que nous. Ce qui est vrai est que l’économie n’est pas une science ou un secteur isolé. Elle dépend de l’environnement que lui offrent les autres secteurs : la politique, la justice, le social, la culture, l’énergie, les voies de communication, l’agriculture, le capital humain…

L’économie ne peut pas être attractive là où règnent les gangsters. Et, vous-même, vous en êtes un. Vu vos nombreux crimes économiques !

Et, Denis Christel Sassou-Nguesso de poursuivre : « Depuis plus de 40 ans, nous nourrissons des grandes ambitions pour offrir à l’agriculture une place de choix dans notre économie pour, in fine, garantir la sécurité alimentaire et protéger par la même occasion le pouvoir d’achat de nos compatriotes. Plusieurs initiatives ont été prises : agriculture, station fruitière de Loudima, l’édification du lycée agricole Amical Cabral, l’Office du café et du cacao (aujourd’hui disparu), la mise en place des villages agricoles, le centre de démonstration des techniques agricoles de Kombé, le Fonds de soutien à l’agriculture, le PDAC en partenariat avec la Banque mondiale ou 100 millions de dollars seront mobilisés sur 5 ans afin de booster l’agriculture commerciale. Toutes ces initiatives ont donné lieu à des objectifs ambitieux : agriculture priorité des priorités, autosuffisance alimentaire d’ici l’an 2000, une école un champ, etc. Cependant, force est de constater que depuis, notre pays n’est toujours pas autosuffisant et toujours tributaire d’importations qui se chiffrent à plusieurs milliards de francs Cfa et l’agriculture représente moins de 4% de notre produit intérieur brut. Notre agriculture, essentiellement rudimentaire, reste donc l’un des ventres mous de notre économie ».

Nous disons : Denis Christel Sassou-Nguesso aurait aussi dû faire le même constat pour la Santé, l’eau potable, l’électricité, l’école…

Néanmoins, au-delà de toutes les questions et de toutes les analyses que nous pouvons faire sur ses questions, nous pouvons dire que le député d’Oyo a, enfin, compris que son père a lamentablement échoué. Voilà pourquoi les Congolais lui confient la mission de dire à son père de prendre sa retraite politique pour que le Congo soit sauvé. Ils ne veulent pas de lui en 2021. Sa candidature sera vécue comme une déclaration de guerre généralisée.

Jérémy Sylvain Lissouba  : « Pensez-vous qu’il faille repenser le modèle social congolais, et si oui, quelle est la vision proposée et quelles sont les réformes engagées, pour rendre ce modèle économique soutenable, plus inclusif et hautement plus performant dans les années à venir ? ».

Nous disons : Assurément, il faut repenser le modèle congolais ! Mais, la tête de Clément Mouamba est trop petite pour concevoir un Projet de Société. Voilà pourquoi dans notre livre (à paraître bientôt), nous proposons d’institutionnaliser la Conférence Nationale Souveraine et d’organiser la deuxième édition, après celle de 1991. Le Premier Ministre éprouve des difficultés parce qu’il n’a que le Programme de Gouvernement de Denis Sassou Nguesso, alors qu’un Programme de Gouvernement doit être élaboré par rapport à l’esprit du Projet de Société qui, lui-même, est issu de la Conférence Nationale Souveraine. Dans ce document précieux, on trouve par exemple la doctrine politique, sociale et économique qui inspire toutes les politiques.

Jérémy Sylvain Lissouba doit donc convenir avec nous que le Congo a besoin d’une deuxième édition de la Conférence Nationale Souveraine, et non d’un simple dialogue.

Hydevert Mouagni : « Lors de la prestation de serment du président de la République, le 16 avril 2016, il avait insisté sur la rupture avec les antivaleurs. Cela ne devrait pas seulement être une incantation de simple litanie des antivaleurs, mais plutôt une mesure rigoureuse visant à punir les auteurs de ces faits… Il y a quelque temps, peu avant le changement de la Constitution, un ancien ministre des finances déclara publiquement ici à l’Assemblée nationale, que le Congo avait trop d’argent. Que s’est-il passé pour que nous nous retrouvions dans cette situation où les salaires ne sont même plus payés. Pourquoi la Haute Cour de justice est-elle amorphe depuis sa mise en place ? Pensez-vous, avec cette omerta sur l’amorphie de celle-ci que vous donnerez satisfaction aux aspirations du peuple en la matière ; sachant qu’il y a bel et bien eu enquêtes préliminaires sur lesdits détournements ? ».

Nous disons : La question est très intéressante ; mais posée par lui, elle perd toute sa valeur. Parce que les Congolais savent qui est Hydevert Mouagni et avec quel bois il se chauffe. Ne brille-t-il pas, lui-même, par un comportement « antivaleur ». N’est-il pas un cobra ? Ses mains ne dégoulinent pas de sang humain, celui des Congolais ?

Bonaventure Boudzika : sur les difficultés qu’éprouve le Gouvernement dans la mise en œuvre de l’autonomisation de la retraite.
Nous disons : C’est toute la gestion du capital humain qu’il faudra revoir. Voilà pourquoi dans notre livre, nous proposons la création d’un Conseil National de l’Éducation, de l’Emploi et de la Gestion des Ressources Humaines ou du Capital humain. « Composé des représentants des associations des parents d’élèves et des enseignants, de tous les syndicats des travailleurs, des représentants des associations des opérateurs économiques élus au sein de cette couche sociale, le Conseil National de l’Éducation, de l’Emploi et de la Gestion des Ressources Humaines élaborera la politique de l’éducation nationale et de l’emploi ; mais aussi celle de la gestion du Capital humain définira et programmera la formation dispensée par rapport aux besoins de la nation et servira de service d’orientation pour les ressources humaines.
Cette organisation permettra de réunir au sein d’une même administration toutes les activités liées à l’Éducation, l’Emploi, la Formation professionnelle, l’Assurance chômage et toutes les formes de pensions.
Ce qui veut dire que chaque citoyen congolais sera, désormais, suivi et orienté depuis sa naissance et ses premières années scolaires jusqu’à la fin de sa vie.
 »

Isidore Lenga : Les bébés noirs

« Quelles sont les dispositions actuelles prises par le gouvernement pour éradiquer définitivement ce phénomène ? ».

Nous disons : Et, si on commençait à parler des « papas noirs  » et démanteler la caserne privée de Tshombitsho, dans la contrée du général Benoit Moundele Ngolo.

Cyr Ebina, sur « les 48 mesures recommandées par le FMI dans le cadre de l’accord conclu le 11 juillet 2019, et la suppression des péages ou, en tout cas, leur réduction au nombre de deux sur les 7 qui existent sur la route nationale n°1. »

Nous disons : Toutes les mesures qui exposent les dignitaires du pouvoir ne seront pas respectées. Sassou Nguesso ne sciera pas la branche sur laquelle il est assis. Quant aux postes de péage, ils font partie du plan et de la carte militaire. Ce sont des postes militaires.

Ferréol Constant Gassackys, sur les pénuries récurrentes en carburant. «  Quelle stratégie préconisez-vous pour mettre un terme à ces manquements qui finissent par exaspérer les consommateurs ? ».

Nous disons : Nous proposons dans notre livre, la création d’un Conseil National de la Décentralisation et de la Gestion du Pétrole et du Bois sera : « composé des représentants élus par les conseillers départementaux, et d’un représentant de la présidence de la République, de la Société civile et des Confessions religieuses, le Conseil National de la Décentralisation et de la Gestion du Pétrole et du Bois est l’institution de l’État qui organise les structures administratives, les pouvoirs et la gestion des départements, et manage d’une manière autonome toutes les questions liées au pétrole et au bois : exploitation, contrats, raffinage, transport, commercialisation et compte d’épargne à l’étranger ouvert à partir de la vente de ces deux matières premières. Cette organisation permettra, désormais, aux Collectivités locales d’avoir une mainmise sur le pétrole et le bois (premières ressources financières du pays), et favorisera un développement de tout l’arrière-pays, parce que les recettes pétrolières et celles du bois ne devront plus être simplement utilisées pour payer les salaires des fonctionnaires. »

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain