Trois questions à Cyriaque Kouba, auteur de Royan, « l’enfance volée »

Pourquoi avoir écrit ce roman sur les enfants de la rue au Congo ?

Cyriaque Kouba : à vrai dire, j’ai été moi-même surpris en commençant par un sujet aussi délicat que gravissime. Mais je crois savoir que c’est mon aptitude à exprimer mes émotions qui a présidé à l’écriture de ce roman. Un jour où je me promenais sur la Corniche de Brazzaville, je tombe sur des enfants qui dormaient sur ce site. Vous n’imaginez pas ma réaction, pour moi qui ai aussi des enfants et pour lesquels je me bats au quotidien. Je suis rentré chez moi fracassé, abattu, comme je ne connaissais pas ce phénomène. Autant à Paris – où vit ma famille – je rencontre les SDF, qui font partie de mon imaginaire, autant à Brazzaville j’ai du mal à accepter le fait de voir des enfants dormir dans la rue...

Par votre roman, vous avez donc voulu alerter l’opinion nationale ?

CB : je ne suis pas un homme politique et il ne m’appartient pas de juger ni de donner des leçons de morale. Toutefois j’ai une conscience. J’ai pris conscience du fait et j’ai retranscris par le biais du roman. Le roman, vous savez, est un espace qui vous donne des libertés. Du reste, tout homme est un éternel enfant. Pourquoi ne pas lier « enfant » et « art » ? Jean Genet écrit : « Créer, c’est toujours parler de l’enfance. » Je pense que l’enfance au Congo mérite des écrits multiples et infinis.

C’est tout le Congo qui mérite des écrits et des écrits, non ?

CB : cette question n’engage que vous ! Pour l’instant, en ce qui me concerne, je ne pense qu’à tous ces enfants qui dorment dans des marchés, les rues, pour diverses raisons. Toutes les raisons sont valables, sauf une : chasser un enfant de la maison sous prétexte qu’il serait un « sorcier », je dis « non ». Malheureusement ce phénomène a pignon sur rue chez nous, au Congo.

Propos recueillis par Florence Banzouzi

Royan, l’enfant volée, Edilivre, 88 pages, 10, 50 euros