De sa voix de baryton, l’ambassadeur de Chine au Congo a confirmé l’effacement de la dette de ce pays. Cette annulation est supposée remettre en selle une économie réduite en lambeaux par le gouvernement Sassou.

Hollande

La déstructuration économique, on ne le soulignera jamais assez, a été opérée par le régime congolais alors qu’il y avait une éclaircie financière grâce à la hausse du prix du baril de pétrole. On ne peut expliquer ce paradoxe si on ne pointe du doigt l’absence de démocratie dans laquelle patauge le pays quand l’ex-Président français, François Hollande, donna quitus à Sassou de mettre « l’est à l’ouest » (expression arabe qui signifie foutre le bordel).
« Le Président congolais peut consulter son peuple » concéda-t-il en 2015. On connaît la suite. Validation d’une nouvelle Constitution taillée sur mesure, tricheries électorales, arrestations des opposants politiques, guerre du Pool.

Cela dit, la remise de la dette estimée à 28 millions de dollars a l’apparence de ce que le lanceur d’alerte Adrien Houabaloukou appelle à juste titre une « prime à la casse ».

Dans l’univers congolais, cette prime (cette régulation économique) est une preuve du cynisme de ceux qui prétendent aider le Congo. Lorsqu’on sait l’usage que fait le Congo des aides, les banquiers remplissent d’eau un panier percé (ou un tonneau qui fuit de toutes parts comme dans le mythe des Danaïdes).

Autant dire à la suite du démographe Alfred Sauvy, l’aide au développement n’a jamais aidé personne, sauf les barons des régimes.

Cap sur L’Elysée

Adrien Houabaloukou, dans ses causeries bi-hebdomadaires, invite l’élite de la diaspora congolaise de se rendre à L’Elysée rencontrer le successeur de François Hollande. Le but de cette antichambre auprès d’Emmanuel Macron : solliciter une Conférence Internationale /dialogue sur le Congo à Paris et aussi l’annulation de la dette congolaise comme la Chine. On a vu Emmanuel Macron jouer une partition dans la crise libyenne au Palais de l’Elysée, pourquoi n’emboucherait-il pas la trompette du rassemblement dans la crise congolaise ?
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Ce genre de demande est recevable dans un pays démocratique.

Cynisme

On a vu avec quelle hargne Sassou ouvre la boîte de Pandore. Avec un rare cynisme, Sassou rabroua une étudiante qui lui demandait des précisions sur l’argent des générations futures. « En quoi cela vous concerne-t-il puisque ça concerne ceux qui vont vous succéder ? » cingla-t-il. Conclusion : les Congolais peuvent faire une croix sur les milliards que Sassou promit laisser en héritage à nos descendants. Sassou a liquidé les liquidités dans des dépenses d’un autre âge. Sur le même registre, sans rire, Sassou argua à Moscou que le sort des bourses, des salaires et des pensions des Congolais le préoccupe tellement qu’il en est devenu insomniaque. Qu’est-ce qui l’empêche de rapatrier les « panama paper’s » pour colmater les trous du tonneau. Comble de cruauté, pendant qu’il embobinait les boursiers congolais à Moscou, Sassou finalisait des contrats d’achat d’armes de guerre (y compris des engins nucléaires) chez le grand-frère soviétique non sans brutaliser auparavant leurs homologues tirant le diable par la queue au pays de Fidèle Castro.

Principe de causalité

L’ambassadeur chinois, Ma Fulin, a été clair. C’est la dette officielle qui a été remise. Pas celle des particuliers. « Il ne s’agit pas de la restructuration de la dette des privés chinois » s’est empressé de nuancer le diplomate asiatique. A ce rythme, Sassou n’est pas sorti de l’auberge bien que, en ce qui le concerne personnellement, il est riche comme Crésus.

C’est ici qu’il faut souligner le cynisme des bâilleurs mondiaux qui s’évertue de prêter à des flambeurs. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le Congo, occupera le statut de pays pauvre très endetté quel que soit le volume d’aide et le niveau d’effacement de la dette. Un prédateur sévit depuis un demi-siècle à la tête de ce pays. Ce n’est pas à plus de soixante-dix balais que Monsieur 8% va se convertir en sage de la finance.

Morsure

Des groupes de réflexion comme la CDI (Convention des Démocrates Indépendants) d’Adrien Houabaloukou, La Codesa (Actions et Conseils pour le Développement Economique et Sociale en Afrique) de Jean-Luc Malékat, L’Association ACB-J3M-France du Dr. Thierry-Paul Ifoundza, Les Indignés du 242, le Collectif Sassoufit, le Nouveau Congo, des individualités comme Me Philippe Youlou font pression. Le dialogue (inclusif ou exclusif) (on parle aussi de Conférence-bis) devient urgent.

Problème : dialoguer pourquoi, pour quoi ? De quels moyens de pression dispose la société civile pour faire asseoir Sassou à une table de négociations. Echaudé par la Conférence Nationale en 1991, Sassou craint la moindre table-ronde depuis son retour au pouvoir. Quand on a été mordu par un serpent, on redoute de marcher sur un ver de terre ou de croiser un mille-pattes.

Sisyphe

Le FMI, au lieu de remettre chaque signature d’accord au lendemain, devrait assortir son aide à Sassou à une démocratisation de l’espace politique au risque de remplir le tonneau de Danaïde. Que font Mokoko, Okombi en prison ? Comment peut-il expliquer le massacre de Chacona ? Pourquoi gagne-t-il systématiquement les élections qu’il organise ?

Quand on effacera les créances du Congo sans effacer la dictature, aux mythes grecs de Pandore et de Danaïdes on devra ajouter celui de Sisyphe (ou l’éternel recommencement) comme seules grilles d’analyses pertinentes pour comprendre ce pays qui court le risque d’une nouvelle guerre civile en 2021.

Thierry Oko