Le ministre Raymond Zéphyrin Mboulou chapeautant la signature de l’accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités dans le département du Pool signé à Kinkala, cela a quelque chose de paradoxal et de surréaliste.

Dans une interview au vitriol auprès de Ziana TV, le député Digne Elvis Okombi Tsalisan réclame la démission des pyromanes reconvertis en pompiers.

Lors de la survenue des événements du 4 avril 2016, suite au retrait des hommes du pasteur Ntoumi dans les entrailles du Pool, craignant un enlisement ainsi que des dommages collatéraux trop importants, ou carrément de retomber sur les travers des conflits armées passés, de nombreuses personnalités civiles ou militaires en avaient appelé à une solution négociée à la crise, pour faire l’économie des morts.

Cette démarche s’était heurtée à l’intransigeance guerrière de certains lobbys civiles et militaires, qui autour du président de la république, avaient exigé des moyens financiers et des hommes, pour traquer le pasteur Ntoumi, et le livrer, mort ou vif.

Avec le temps, suite à l’enlisement de l’opération de police initiée par le ministre Mboulou et la hiérarchie policière, avec un bilan humain des plus désastreux, celle-ci fut suppléée par des opérations purement militaires, ou conjointes à commandement unifié, hélas confrontées sur le terrain à une résistance des miliciens ninjas à l’évidence en quête de survie et de préservation de leurs vies. Quoi de plus normal. La guerre du Pool était déclenchée.

À la demande des stratèges militaires du haut commandement, tous les moyens opérationnels ainsi que les troupes d’élite dont disposent les Forces armées congolaises (y compris la garde républicaine), validés par le ministre Mondjo, furent engagés dans l’action. L’option est à l’évidence un échec.

Aujourd’hui, plus d’un an après, les conséquences en sont effroyables. Et Digne Elvis Okombi de relever : «  l’armée congolaise regorge de beaucoup d’officiers supérieurs. Nous avons des cadres dans notre pays. Si ceux qui avaient été commis à la tâche n’ont pas pu attraper monsieur Ntoumi, il est plus que temps que nous puissions tirer les conséquences afin que ces personnes soient relevées de leurs fonctions ou qu’elles démissionnent (…) Mais on ne peut pas d’un côté, avoir des personnes qui dès les premières heures de cette crise se sont opposés à une solution négociée au profit d’une solution militaire, qui par la suite d’un échec nous arrivent avec un accord bidon pour nous le faire avaler, alors que nous avons perdu des parents, alors que nous avons perdu des maisons, alors que les populations du Pool vivent dans des conditions difficiles ».

« Au lieu de continuer à nous entre-déchirer, à nous invectiver et à nous injurier alors que le pays est aujourd’hui une entreprise en cessation de paiement, il faut que nous prenions tous le courage de nous asseoir, de regarder ensemble quelles sont les voies du compromis qui peuvent nous sortir de cette insalubrité et de cette guerre du Pool qui, encore une fois, ne se justifie pas », déclarait en son temps Charles Zacharie Bowao. Ces paroles furent jugées séditieuses.

Au regard de la dérive militariste qui prenait corps dans la crise du Pool, de nombreuses personnalités congolaises avaient rappelé que les grands théoriciens de la guerre ou de la diplomatie s’accordent à dire que «  la paix par les armes est une guerre en sursis. Car, la guerre ne règle rien. Bien plus encore, dans un même pays. Elle ne fait qu’aggraver l’état des déséquilibres qui conduisent à la guerre, en creusant de plus en plus les schismes de la division et en installant pour bien longtemps, la haine et le sentiment de vengeance, dans les cœurs des vaincus.  »

D’autres relevaient que « quand un conflit intra-national s’éternise, les dommages collatéraux, du fait de leur multiplicité, deviennent assimilables à des faits de guerre, pour ceux qui en sont victimes. Le doute s’installe dans les esprits et la neutralité, même des forces gouvernementales devient sujette à caution, auprès des populations en qui naît le «  syndrome de Stockholm », alimenté par les accointances géographiques, ethniques ou tribales. Cette dimension sociale a fait qu’en Colombie par exemple, le conflit entre le gouvernement et les Farc s’est éternisé des décennies durant. Seul le dialogue a conduit à la paix.
Tout porte à croire que ces pacifistes ne s’étaient pas trompés, même si leurs propos et leurs initiatives étaient réprimés par les lobbys au courage guerrier.
Le courage disait Jules Ferry, « ce n’est pas de laisser aux mains de la force, la solution des conflits que la raison peut résoudre.  »

Un courage auquel ont failli les ministres Mboulou et Mondjo ainsi que les officiers associés qui à l’évidence espèrent passer par pertes et profits les conséquences de leur incurie. Il n’est un secret pour personne que la guerre du Pool qui a outrageusement saigné les finances publiques a été un véritable business pour d’autres.

Alors, messieurs les ministres, messieurs les officiers, ayez la dignité et la grandeur de la fonction implique de tirer les conséquences qui s’imposent, pour un échec aussi retentissant comme le vôtre, en renonçant à vos fonctions. Mais pas à muter en acteurs d’une paix négociée, une option que vous n’avez jamais soutenue.

Alphonse MAPOBA MOUANDZA