Tribune
Paris, vendredi 19 juillet 2019

Congo, Présidentielle 2021 :
Et si une primaire de la diaspora congolaise vous était proposée ?

Les signes de fin de règne du régime de Brazzaville sont visibles depuis un certain temps :
-  Le gouvernement congolais éprouve d’énormes difficultés pour payer le strict minimum des salaires, retraites, bourses et autres services de la dette publique.
-  L’activité et l’investissement sont à l’arrêt depuis des décennies.
-  Les détournements des fonds publics et des recettes de l’exploitation de nos ressources naturelles alimentent les comptes bancaires des dignitaires du régime placés dans des paradis fiscaux. Dans le même temps, plus de 70% de la population congolaise vit dans l’extrême pauvreté.
-  La corruption a atteint un niveau record et se propage désormais dans tous les circuits socioéconomiques et financiers du pays.
-  L’hôpital congolais n’est plus fiable par manque de matériel et de structures. Se maintenir en bonne santé devient un grand luxe. Une maladie banale peut facilement entrainer la mort. La minorité nantie préfère aller se soigner à l’étranger.
-  L’eau potable et l’électricité sont devenues rares dans un pays à climat équatorial, bordé par l’un des plus grands fleuves au monde.
-  L’éducation est bradée. L’école publique n’existe plus. Elle est remplacée par une école privée qui n’est jamais inspectée. La jeunesse n’a plus d’avenir.
-  Un Congolais sur deux est au chômage.
-  Le système judiciaire du pays est sous contrôle du chef de l’État. Il l’utilise pour faire taire ses opposants. Il emprisonne et gracie à volonté, tandis que les véritables malfrats du pays continuent leur besogne en toute impunité. La criminalité et la corruption croissent.
-  Le pays est incontestablement en faillite.
Le système politique mafieux de Brazzaville a ainsi créé les conditions de sa propre destruction, menant les Congolais au bord du précipice. Il est prêt à imploser. Et quoi que l’on fasse, il implosera.

Ce constat de désolation doit nous pousser à la réflexion…

Nous devons donc agir pour que cette implosion se fasse en faveur d’un changement qui mettrait désormais les populations du Congo à l’abri de toute forme de dictature.

Le changement, si nous le voulons, nous devons l’anticiper, le préparer et travailler de concert pour qu’il apporte la démocratie et redonne de l’espoir au peuple.
Dans cette lancée, seront donc écartées, les démarches s’inscrivant dans la violence car notre peuple en a déjà trop souffert ; trop de sang a été versé.

La démocratie peut être rétablie au Congo dans la non-violence par un réveil du peuple revendiquant tout simplement sa liberté et son droit de vivre sa citoyenneté aujourd’hui absente par manque d’État de droit au Congo.

C’est dans ce contexte que nous devons nous unir et travailler ensemble en utilisant les outils qu’offre la pratique de la démocratie pour contribuer de manière significative au changement dans notre pays. Ces outils s’utilisent en toute transparence pour fédérer le peuple entier ; le secret étant contreproductif.
Parmi ces outils, nous avons choisi de parler de la revendication populaire et de la participation à un scrutin présidentiel.

La revendication populaire

Pour réussir le changement par une revendication populaire, celle-ci se doit d’être unanime afin de renverser le rapport de forces vis-à-vis du dictateur et le persuader d’accepter sans résistance le vœu du peuple.
Nous avons déjà expérimenté la revendication en 1991. A cette époque, le multipartisme exigé par le peuple triompha sur le monopartisme à l’issue d’une conférence nationale souveraine qui ouvra la voie à la démocratie et à la constitution du 15 mars 1992 votée à l’unanimité.

Ce fut la première fois en République du Congo que le peuple statua pour l’intérêt général. Mais malheureusement, cette démocratie naissante fut stoppée de manière prématurée en juin 1997 par une guerre de milices qui permit au régime actuel à Brazzaville de reprendre le pouvoir par les armes.

La constitution en vigueur est alors abolie pour laisser place à des textes dits "fondamentaux" ne respectant pourtant ni la séparation des pouvoirs de l’État, ni l’indépendance de la Justice, pratique que nous nommons "despotisme constitutionnel".

Nous souhaitons voir disparaitre de notre pays cette pratique politique qui permet une concentration de tous les pouvoirs entre les mains d’une seule personne.

La seule revendication qui vaille et sur laquelle le peuple tout entier doit se fonder et se retrouver comme en 1991, c’est d’exiger le changement de la constitution despotique du 6 novembre 2015 en une constitution démocratique qui protège le peuple et non les malfrats. Le Congo ayant été dénommé République à sa naissance par nos pères, sa constitution devrait respecter les principes d’une république. C’est-à-dire la séparation et l’équilibre des pouvoirs de l’État et l’indépendance de la Justice.
La revendication de l’avènement de la République au Congo est ce que nous préconisons pour le peuple congolais. On devrait tenter de la formuler à toute occasion favorable ou non, même à l’occasion d’un scrutin programmé par la dictature.

Quel rôle jouer au scrutin présidentiel à venir ?

Une élection présidentielle prévue par la pseudo constitution de Brazzaville pourra se présenter à nous en 2021. Elle semble ne pas nous être favorable parce qu’elle s’organise sous le contrôle manu militari de la dictature de Brazzaville.
Certains se préparent à boycotter ce rendez-vous pour éviter d’être de simples accompagnateurs de la dictature de Brazzaville qui voudra organiser une mascarade de légitimité. Ils n’ont pas tort et nous étions autrefois de leur avis.

Mais aujourd’hui, après mûres réflexions, nous leur demandons d’essayer de voir les choses autrement et de soutenir le peuple durant cette période.
Ce scrutin présidentiel ne nous est pas favorable, mais c’est un événement qui offre des perspectives de revendication.
Pourquoi ne pas saisir cette occasion pour formuler une revendication en faveur de la bonne gouvernance électorale ? Et comment pouvons-nous faire valoir nos droits en étant absent ?

Si nous nous sentons incapables d’exiger et d’obtenir des élections libres et transparentes dans notre pays, le minimum vital de la démocratie que de nombreux peuples arrivent actuellement à obtenir en arrachant le suffrage universel face à la dictature, alors comment prétendre éliminer tout le reste du système dictatorial de Brazzaville le plus vieux d’Afrique ? Celui qui n’ose rien n’aura rien. Nous pouvons oser au prochain scrutin présidentiel et obtenir la victoire.

De plus, le peuple congolais étant encore sous le joug de la dictature, il sera obligé de participer de gré ou de force à ce rendez-vous électoral. Il serait irresponsable de le laisser de nouveau seul face aux urnes, et plus judicieux de s’organiser pour transformer ce rendez-vous national en un événement qui favoriserait la démocratie et la liberté dans notre pays.

La diaspora congolaise constitue aujourd’hui la seule frange du peuple congolais libre d’agir ; elle pourra donc jouer un rôle important.

Le rôle attendu de la diaspora congolaise

La diaspora congolaise doit mobiliser les moyens humains et financiers à mettre en œuvre pour contrer, dans la non-violence la dictature de Brazzaville afin d’obtenir la bonne gouvernance électorale avant toute participation à un quelconque scrutin.
Le rassemblement et l’unité de la diaspora est la condition sine qua none pour réussir.
Cette condition, une fois remplie, rendra facile la levée de fonds nécessaire à notre action.

Le fait de se présenter en ordre dispersé à ce rendez-vous tout en espérant avoir l’appui de la diaspora sans le consulter d’avance est la pire des choses à faire alors que nous poursuivons tous le même but.

C’est la raison pour laquelle une réflexion commune est à engager pour organiser "LA PRIMAIRE DE LA DIASPORA CONGOLAISE" afin de choisir démocratiquement l’équipe qui va nous représenter au prochain scrutin présidentiel.

Sans prétention aucune, nous considérons tous ceux qui luttent quotidiennement au Congo contre la barbarie comme étant des nôtres.
Au terme des primaires de la diaspora, l’équipe élue entrera en contact avec nos frères et sœurs de lutte au Congo pour rassembler toutes nos ressources et ensembles, amorcer le changement.
Pour nous, une période de transition est souhaitable comme 1er acte de ce changement, afin d’établir les institutions fortes dont le pays a besoin. L’élection du président de la République n’interviendra que par la suite.
Ces primaires auront peut-être l’avantage de réussir le rassemblement tant souhaité de la diaspora et du peuple au Congo. Unis, nous ferons en sorte qu’aucun autre congolais ne puisse hériter de la couronne de despotisme constitutionnel de Brazzaville qui nous cause tant de torts.

La diaspora congolaise rassemblée, en symbiose avec le peuple et toutes les forces vives du Congo, pourrons constituer un vecteur important pour notre victoire contre la dictature au Congo.

Vos réactions, vos propositions sont les bienvenues pour statuer au plus vite sur cette question.

Vive le combat pour la liberté au Congo !

Que Dieu bénisse le Congo !

Charles MADEDE
Militant pour la liberté, la démocratie et la liberté au Congo.
Auteur de « Osons La République au Congo »
Juin 2016 - Editions LibreArique