Dj Arafat, de son vrai nom Ange Didier Houon, est mort, lundi dernier, des suites de ses blessures, après un accident de la circulation, survenu dans le quartier d’Angré, au nord d’Abidjan, dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 août 2019. Alors qu’il pilotait une moto. Il avait 33 ans.

33 ans ! C’est l’âge de tous les risques. C’est l’âge où l’on manie, pour la dernière fois, sa vie pour lui donner une forme définitive.

Mais, c’est aussi à cet âge que l’on affirme son destin et prouve aux yeux du monde de quoi il est capable. Car à cet âge, on sait d’où l’on vient, et on se trace une ligne pour arriver là où l’on veut aller. Même s’il y a le destin qui peut être défini comme étant une ligne ou une voie déjà tracée par Dieu.

Néanmoins, le reste de la vie n’est qu’un mixage ou un produit tamisé avec la sagesse ou l’expérience que l’on a acquise dans sa vie ou que l’on va acquérir dans son milieu de vie. Après cet âge, on rentre dans la maturité. Parce que l’on a développé ou acquis l’une des facultés indispensables à l’homme, je cite le discernement, et on s’est, par ailleurs, doté de l’arsenal : courage, maitrise de soi… qui aide à construire la vie. Voilà pourquoi à 33 ans, le compte doit déjà être bon. D’ailleurs c’est à cet âge, 33 ans, que Jésus s’en est allé, après avoir tout accompli.

Un look de jeunesse

Voyou, bandit, bagarreur, consommateur de la drogue ou de l’alcool… Dj Arafat pouvait être tout cela. Mais tout cela ne doit être compris qu’à partir de cet âge. Un jeune taureau est toujours fougueux parce qu’il a le gout de la vie et celui du risque. Puisqu’après cet âge, on rentre dans la deuxième étape de vie où l’on prend ses responsabilités. Et, Dj Arafat projetait de créer une fondation pour s’occuper des enfants de la rue. Une façon de prouver son passage à la maturité, aux yeux du monde.

La mort d’un prince doit créer le mythe ou la polémique

Depuis l’annonce de sa mort, des hallucinations, des informations, des rumeurs monstrueuses et des mensonges grotesques inondent les réseaux sociaux, à tel point que l’on arrive plus à distinguer la vraie et la fausse information pouvant permettre d’apprécier la star du Coupé – Décalé. Cette musique ivoirienne que Dj Arafat a introduite dans la World Music. Ses fans et ceux qui ne l’aiment pas se chamaillent et multiplient des publications sur les réseaux sociaux, à longueur de journée. Foulant au pied le principe africain selon lequel on doit respecter le mort quelle que soit la vie qu’il a menée sur terre.

Mais, à notre avis, ce débat et toutes ces contradictions doivent avoir lieu pour confirmer le caractère mythique et mystérieux du personnage, et confirmer son titre princier. Même si jusque-là personne ne lui reconnait ce titre.

Dj Arafat se serait-il suicidé pour mourir dans la gloire ?

Dans une vidéo, Dj Afarat que les ivoiriens appellent aussi le président des Chinois, à cause de ses très nombreux fans et sa popularité qui va au-delà des frontières de son pays, parle du black-out dont il est victime de la part des producteurs et des chaines de télévision ivoiriens et de ses difficultés financières. Il en souffre dans sa chair et son âme. Il est révolté et perd le contrôle de son langage. Pour défier tout ce monde, il lance le label « Moto-Moto  » sous lequel il se produit, lui-même, grâce à ses fonds propres. Or, au niveau où il est arrivé, l’Etat ivoirien devait lui accorder certaines facilités et lui donner des responsabilités mêmes morales pour l’épargner de certains soucis. Surtout financiers.

Au Congo-Kinshasa, Werrason qui lui aussi est l’aîné des shegue, les enfants de la rue, est ambassadeur de la paix et porte-voix des enfants soldats au Congo. Cette fonction lui ouvre les portes de beaucoup d’institutions internationales.

Au Sénégal, Youssou Ndour a été nommé ministre pour faire profiter son talent à tout le pays. Mais aussi et surtout maitriser la jeunesse qui est derrière lui.

Au Congo-Brazzaville, Ibambi Okombi Rogatien alias Roga Roga serait un agent fictif de la Fonction publique et gagnerait un salaire de 500.000 Frs Cfa par mois. Aussi détient-il un passeport diplomatique.

Moto Moto : une expression ambiguë

L’interprétation du concept « Moto Moto  », peut paraitre ambigüe. Dj Arafat parle-t-il de ses deux nouvelles motos qu’il avait ramenées de Paris ou d’un feu dévorant qui brule tout ou encore de l’ambiance que ce nouvel opus devra créer. Car, moto en lingala veut dire le feu. Et, les ivoiriens aiment aussi glisser dans leur musique des mots lingala. Mais, il vrai que c’est sur l’une de ses motos que homme a perdu sa vie. Comme s’il voulait se sacrifier pour ses nombreux fans et mourir dans la gloire. Comme Coluche ?

Dans une autre vidéo prémonitoire, il parle d’un accident. Il prévient ses fans de ce qui peut lui arriver, un jour. Il leur demande de ne pas s’inquiéter pour ses soins médicaux en cas d’accident. Il dit être capable de payer, lui-même, son ticket pour aller se faire soigner en France. Et d’ajouter que s’il meurt sur le champ, il faudra croire que c’est la volonté de Dieu. Un grand message que même les pasteurs des églises chrétiennes et les muezzins musulmans n’ont pas compris. Puisqu’ils continuent de le traiter de non-religieux parce qu’ils ne le voyaient pas dans leurs Eglises ou Mosquées.

Dj Arafat, un fils de Dieu

La vie de Dj Arafat telle qu’elle est retracée aujourd’hui par ceux qui l’ont connu met en valeur un type de relation que l’on peut avoir avec Dieu. Non seulement l’homme parlait de Dieu et recommandait à ses fans d’avoir la bible et de croire que Dieu est le seul et dernier rempart de la vie. Mais, il avait aussi une relation particulière avec lui. Pour lui, être fils de Dieu ne signifie pas aller à l’Eglise ou à la Mosquée. Mais, aimer son prochain. Même ses détracteurs on témoigné sur cette qualité particulière de Dj Arafat. Nombreux ont témoigné qu’il a été le frère ainé des enfants de la rue auxquels il apportait assistance.

Nous accusons les autorités ivoiriennes

Au-delà de tout ce qui se dit à travers les réseaux sociaux : condoléances, soutien moral ou financier à sa famille et ses fans, débats sur l’organisation de ses funérailles, attaques sur sa personne, ou rappels de ses erreurs ou fautes dans la vie, nous n’avons malheureusement pas entendu quelqu’un dénoncer la responsabilité de l’Etat dans l’éducation, la formation, la vie et la mort de Dj Arafat. Dj Arafat ne serait donc que le produit de lui-même et de la rue.

Dj Arafat : leader d’opinion

Il est surnommé président des chinois. Ce qui veut dire qu’il est très écouté et suivi par ses fans. Or, en tant que leader d’opinion, le gouvernement devait avoir un contrôle sur lui. Car, il pouvait bien profiter de son leadership et devenir soit un gourou soit un leader politique capable de bloquer la vie de la République ivoirienne, même pendant un petit instant. Comme Fêla Anikulapo le nigérian. Nous ne voulons pas revenir sur la démission et la responsabilité de l’Etat ivoirien sur la situation des enfants de la rue. Si les « Chinois  » (enfants de la rue) se sont alignés derrière Dj Arafat, c’est parce qu’ils ne savaient pas où aller.

Comment l’Etat ivoirien a-t-il abandonné le destin d’une couche aussi importante de sa population, les enfants, dans les mains d’un individu sur qui il n’avait pas le contrôle ?

Dans un témoignage fait sur une chaine de télévision ivoirienne, un des amis d’Arafat, celui qui lui apprit à faire et à aimer la moto, affirme que ce dernier l’avait appelé pour aller participer à une parade de motos. Alors qu’ils rentraient tous d’un concert de Dj Arafat.

Dj Arafat a été donc tué dans une parade de motos. Organisée par qui ? Et pourquoi la même nuit, alors qu’il venait de donner un concert ? Qui gère son calendrier ?

Une image qui a été publiée, au début de la parade, en dit long sur l’état d’ébriété dans lequel se trouvait la jeune star. Sur cette image, on distingue des hommes qui portent des macarons. Les organisateurs ? L’un d’entre eux tient, dans ses mains, un casque de sécurité. On voit Arafat sur sa moto sans casque. Un homme lui arrache dans la main, un verre contenant une boisson brune. Un whisky, une bière, un jus de pomme… ? Puis, on voit un autre homme s’approcher de la moto et qui veut la toucher. Mais, Arafat le repousse brutalement. Ce qui prouve son état d’ivresse. Qui est alors cet homme et pourquoi Arafat n’a pas voulu qu’il s’approche de lui et touche sa moto ? Fondu dans le noir.

Puis, on revoit Arafat livrer un spectacle avec sa moto qui ne roule que sur une seule roue. Sur la même image, un autre motoriste roule normalement sur les deux roues de sa moto. Fondu dans le noir.

Une autre image qui semble être la suite, montre un véhicule blanc qui change de voie et de direction. Au loin, une forte lumière éblouissante qui approche vers la camera. C’est le phare de la moto.

Tout cela est filmé par on ne sait qui. Le véhicule blanc qui appartient à une journaliste de la Rti (Radio télévision ivoirienne) prend la voie sur laquelle roulait Arafat. Alors qu’elle n’avait pas la priorité puisqu’il entrait dans une voie principale.
Dj Arafat roulait à vive allure. Il n’a pas eu le temps de freiner ou d’éviter la collision.

Questions  : Pourquoi les organisateurs de cette parade n’ont pas sécurisé les voies en mettant à chaque carrefour des agents de sécurité pour réguler la circulation ?

Comment une telle activité a été organisée dans la ville, sans une équipe médicale. Même pas une ambulance pour suivre les motoristes comme on le voit dans toutes les compétitions de ce genre ? Cette parade a eu lieu dans la clandestinité ou était-elle officielle ? Même si elle était privée et était organisée par Dj Arafat, lui-même, pour réaliser le clip de son album Moto-Moto, avait-il l’autorisation des autorités municipales ou non ? Si oui ! Qu’avaient prévu les autorités municipales pour sécuriser cette parade ? Voilà entre autres questions que beaucoup de gens se posent et pour lesquelles ils veulent avoir des réponses des autorités ivoiriennes.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain