La commission ad hoc paritaire, chargée de l’application de l’accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités dans le département du Pool, signé le 23 décembre dernier à Kinkala, entre le gouvernement et Jean-Gustave Ntondo, le représentant de pasteur Ntumi, a rendu les conclusions de ses travaux, Samedi 20 janvier 2018 .

Cependant au lieu de susciter des espoirs, cette information a été reçue par nombre de Congolais comme une nouvelle nécrologique. En tout cas, la digestion de cette information n’a pas été facile. Les leaders politiques, des acteurs de la société civile ont vite réagi, dénonçant les limites de ce document.

Depuis la première guerre civile de 1997, les accords de paix répandent une atmosphère de «  Sango ya liwa, sango ya passi  » générique de la chronique nécrologique de Radio-Congo. Ceux signés par Zéphirin Mboulou et Gustave Ntondo n’échappent pas à cette fonction funeste.

Certains pensent que ce document ne fait pas allusion à l’indemnisation des victimes tout en faisant l’apologie du crime parce qu’il ne prend pas en compte les exactions commises au cours de ce conflit armé dont le bilan est aussi lourd que celui de la guerre de 1997. Les sceptiques manifestent leur grande déception de ne pas voir Ntumi poser parmi les préalables à la signature de ce document, la tenue d’un dialogue national sous l’égide de la communauté internationale et la libération de tous les prisonniers politiques. D’autres (les optimistes positivistes ) estiment qu’il s’agit d’une bonne nouvelle, que les armes avaient assez tonné et le Pool avait trop souffert. Il était temps de fumer le calumet de la paix.

Ces conclusions, accueillies soit par un silence de cathédrale soit par un bruit de kermesse, ont replongé les Congolais dans le doute, l’incertitude et le pessimisme, poussant certains chevaliers de la plume de publier des articles très alarmants.

Par exemple, notre confrère de Mwinda, Jean Jacques Morawa, pense que « Ntumi joue avec le feu. A ce jeu là, il risque d’y laisser sa vie ; car Sassou n’a jamais respecté la parole donnée  ». Et que, par ailleurs : «  Les accords de cessez-le-feu ne seraient qu’un moyen (...) de ramener Ntumi dans le giron. Histoire sinon de l’avoir sous contrôle, du moins d’attendre le moment opportun pour le passage à l’acte lequel pourrait passer par l’élimination par empoisonnement ou autres méthodes. Bref, son sort serait d’ores et déjà scellé. » Le piège quoi !

Nous même avions parlé, ici à (Congopage), des risques de vivre un troisième épisode de ce long métrage auquel Sassou Nguesso et Ntumi font semblant de mettre un terme. Nous avons formulé ce scénario catastrophe du fait que par le passé, les deux protagonistes en étaient déjà venus aux mains après avoir pourtant conclu un accord. C’est à se demander ce qu’ils mettent dans le calumet qu’ils fument à chaque signature d’accord.

Mais, c’est Benjamin Bilombot Bitadys, s’interrogeant sur le silence de la classe politique et des hommes d’église sur un accord paritaire qui « consacre l’impunité et banalise les tueries dans le Pool » qui nous aide à mesurer le sentiment de deuil avec lequel les Congolais ont accueilli ce qui tient lieu de « pacte de non agression » à la germano-soviétique.

Pourtant dans son texte, on peut aussi lire le regret de B.B Bitadys quant au caractère exclusif dudit accord. On n’y voit pas l’ombre de la classe politique et de la société civile. La guerre du Pool a eu des effets néfastes non pas exclusivement dans le département éponyme, mais dans tout le pays et dans tous les secteurs de la vie nationale. Pourquoi n’avoir pas donné une dimension inclusive aux accords ? Des accords sans exclusive, avec tiers-inclus : à la table des négociations on aurait dû trouver tout le monde. En polémologie c’est lorsque le tiers est exclu que la situation devient bipolaire, donc propice à l’affrontement.

Mais, l’article de Benjamin Bilombot Bitadys déplore aussi les faiblesses et l’inorganisation de l’Opposition. Le contre-pouvoir semble toujours aux abonnés absents lorsque le pouvoir dépasse la ligne rouge c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de bipolariser le champ politique afin d’instaurer un bon rapport de force.

Notre analyse va porter sur les méfaits de la stratégie du tiers-exclu (l’absence de la classe politique à ces travaux), sur le respect des droits de l’homme ( la libération des prisonniers politiques) et sur le fonctionnement de la démocratie ( la démission de l’Opposition politique).

De l’absence de la classe politique

Bien qu’elle a été déclenchée à l’issue d’une élection présidentielle, la guerre civile peut, par confusion et inattention, revêtir le caractère d’une guerre politique. Non pas parce qu’elle n’est pas l’émanation d’une revendication ou d’une contestation, mais parce qu’elle n’est qu’un acte de banditisme relevant du droit commun. Deux grands bandits, de surcroit récidivistes, se sont affrontés ; deux citoyens bien connus et identifiés : Denis Sassou Nguesso et Frédéric Binsamou. Ils devront un jour répondre de leurs actes. Mieux : Ntumi ou ses partisans n’ont pas combattu sous le label d’un parti politique, donc ici ils sont partie civile. Leur parti, le Conseil National de la Résistance, avait été déjà dissout. Et, quand bien même les partis politiques devraient être associés à ces travaux, c’est simplement pour le bon sens. Ils n’avaient rien à avoir et à faire là dedans.

En écartant donc la classe politique des travaux de la commission ad hoc paritaire, le gouvernement a confirmé, sans le savoir peut-être, le caractère ordinaire et « privé » de la crise du Pool. Ce qui, du coup, donne la possibilité aux victimes, à leurs parents, aux associations de défense des droits de l’homme de porter plainte ou d’assigner en justice les responsables de tous les crimes qui ont été commis.

Nous insistons : cette guerre n’est pas politique. Elle ne devrait pas l’être, car elle ne ressemble pas à celle qui avait eu lieu en 1993 entre les partisans de Pascal Lissouba et ceux de Bernard Kolelas, ou celle de 1997-2002 où tous les grands partis politiques avaient, chacune, une milice privée. Et, la guerre avait été généralisée.

La rémission des péchés ou des crimes de guerre que cette commission a faites aux criminels ne doit donc pas les soustraire aux poursuites judiciaires. Les crimes de sang sont imprescriptibles.

Cette commission a donc pris une décision qui n’est ni politique ni juridique. On ne pourra pas non plus parler de la grâce du Président de la République, parce que Ntumi n’a pas été condamné par la justice.

Le gouvernement est tombé dans un piège. Certes, cet accord va ramener la paix dans le Pool, s’il ne s’agit pas d’un autre piège tendu aux populations du Pool ; mais il sera difficile au gouvernement de trouver des arguments politiques ou juridiques pour valider les conclusions de ces travaux. Car, l’un des acteurs, Ntumi, n’est pas politique. Et, l’affaire n’a pas été réglée devant un tribunal pour lui donner un caractère juridique. Alors que si le gouvernement avait élargi, par ruse, ces travaux à toute la classe politique, on parlerait dans ce cas, d’une décision politique.

De la libération des prisonniers politiques

Le gouvernement n’a pas voulu que la commission aborde la question sur la libération des prisonniers politiques. Il a raison. Si nous restons dans la logique que la crise du Pool n’est qu’une affaire qui concerne deux bandits de la République, il est effectivement difficile d’ajouter à ces travaux des affaires qui concernent le droit et dont les dossiers sont en cours dans les tribunaux. En refusant sa libération sans jugement, Jean Marie Michel Mokoko avait sans doute vu cette ambigüité. Sur quelle base allait se fonder sa libération ? Et, pourquoi devrait-il être assigné à résidence dans son village et perdre tous ses droits politiques ?
Bien que leaders politiques, les sieurs Jean Michel Marie Mokoko, Paulin Makaya, André Okombi Salissa et beaucoup de leurs militants ont été accusés, selon le gouvernement, d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

Au stade où se trouvent toutes ces affaires, il est même très difficile voire impossible pour la Justice aux ordres du Président de la République de faire marche-arrière pour les sortir de la prison, sans jugement. Ils sont déjà très encombrants pour que la République ne s’en débarrasse pas au plus vite. Il faut coute que coute les faires passer par les tribunaux pour, soit les libérer, soit les condamner.

C’est en fait, à ce jeu que vont jouer Sassou Nguesso et sa justice politique au cours de ce premier trimestre de l’année 2018, pour distraire les Congolais. Les peines à l’issue de ces procès ? Elles sont déjà connues : des fortes amendes, des pertes des droits politiques et des assignations à résidence dans les villages pour la plupart des accusés.

Des faiblesses de l’Opposition

Si la crise du Pool et la question de la libération des prisonniers politiques sont arrivées à cette situation confuse ou tout le monde (gouvernement, partis politiques, société civile et congolais) se perd, c’est parce que la classe politique, notamment l’Opposition a été très inefficace. Elle n’a pas bien joué son rôle dans la lutte de libération du pays qu’elle a entamée depuis le débat sur le changement de la Constitution.

Par exemple pour donner un caractère politique à la guerre du Pool, les partis politiques devraient, comme pendant la guerre de 1997-2002, avoir, chacun, une milice et mener des actions dans leurs fiefs respectifs et dans celui de l’adversaire Sassou. La guerre allait être généralisée et serait devenue une guerre civile. On a laissé le Pool faire tout seul la guerre et mourir sous les bombardements des mercenaires étrangers recrutés par le gouvernement. Au bout du compte, on réclame un dialogue national avec la participation de toute la classe politique. Ca ne tient pas debout ! C’est même injurieux à l’égard de Ntumi, des ninjas et des populations du Pool. Laisser Sassou Nguesso et Ntumi faire leur dialogue même à huis clos, pourvu que nous ayons la paix dans la Pool ! Le reste Dieu s’en occupera !

Nous avons dit faiblesse de l’opposition. Oui ! L’opposition congolaise est très faible et manque toujours de stratégie pour affronter le pouvoir. Elle ne règle, tout le temps, sa conduite que selon les circonstances du moment. Elle est opportuniste

Tenez ! La veille de la Coop21 à Paris, elle a compté sur François Hollande pour obliger le dictateur Denis Sassou Nguesso à respecter la Constitution de son pays. La visite du président guinéen à Paris permit qu’un journaliste manipulé posât la question qui tue. Malheureusement, en réponse à la question, et à la grande surprise, ce dernier « autorisa » Denis Sassou Nguesso d’organiser le référendum dans son pays.

Puis, est venue l’assemblée générale des Nations unies où l’Opposition a encore attendu que le président américain, Donald Trump, humilie Sassou Nguesso, soit devant la tribune de l’Onu, soit au cours de la réception qu’il avait offerte aux chefs d’Etat et de gouvernements africains pour saisir maître aliboron.

Ensuite, sont arrivées les négociations avec le Fmi dans lesquelles elle souhaite que cette institution de Brettons Wood recommande au gouvernement congolais des décisions draconiennes pouvant le rendre encore plus impopulaire, afin de profiter de la grogne dans le pays et organiser une insurrection.

Enfin est arrivé cet accord de paix entre le gouvernement et Ntumi où elle a, une fois de plus, attendu que Ntumi exige au gouvernement la tenue d’un dialogue nationale sous l’égide de la communauté internationale et la libération des prisonniers politiques. Ici encore, elle a attendu qu’on lui tire les marrons du feu !

Que des rendez-vous manqués par l’Opposition

Beaucoup de rendez-vous qui devaient lui permettre de croiser le fer avec le pouvoir de Brazzaville ont été manqués par l’opposition congolaise. On peut citer la proclamation des résultats du referendum et celle de l’élection présidentielle anticipée du 20 mars 2016 ; les arrestations arbitraires des leaders politiques et les enlèvements ainsi que les assassinats crapuleux de ses militants. Mais, hélas, peine perdue !

Une autre opportunité à saisir approche. Il s’agit du procès de Jean Marie Michel Mokoko et ses compagnons ainsi que celui d’André Okombi Salissa. Nous sommes sûr que ce énième rendez-vous va aussi être manqué.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain