Depuis le 21 octobre 2016, les activités de la Compagnie Nationale Equatoriale
Congo Airlines
(Ecair SA) ont été suspendues par l’Agence de Sécurité
Navigation Aérienne (ASCNA) pour banqueroute, alors qu’elle venait d’émettre
un emprunt obligataire de 60 milliards FCFA, par appel à l’épargne publique en
avril 2016, au taux de 6% à maturité 2016-2021, pour soutenir son exploitation.

Dans sa session du 17 juillet 2017, la Commission de Surveillance du Marché
Financier de l’Afrique Centrale (COSUMAF) a décidé d’annuler cet emprunt,
au motif que la société boursière chargée de l’opération, n’a collecté que 16%
des fonds nécessaires. Cette décision est riche en enseignements à plus d’un titre :

1) Des conséquences : Au moins quatre s’en dégagent : 1) Ecair SA devra
rembourser les 10 milliards déjà encaissés à toutes les personnes physiques ou
morales qui ont souscrit à cet emprunt, 2) cette société devrait être déclarée en
faillite par le Tribunal de Commerce de Brazzaville, 3) l’interdiction de toutes
les autres entreprises publiques congolaises de recourir, jusqu’à nouvel ordre, à
toute négociation ou tout accord d’endettement par l’épargne public quel qu’en
soit le montant, 4) la signature du Congo s’en affaiblie sur le marchés financiers
internationaux.

2) Des causes de la faillite  : Dans le domaine de transport aérien civil géré par
l’Etat, le Congo n’est pas à sa première faillite. Par la loi n°37-65 du 12 août
1965, l’Etat créait la société dénommée Les Lignes Nationales du Congo (Lina-
Congo) et en détenait 66% du capital. Cette entité bénéficia, en 1974, de
4.904.000 $ de subventions et d’un prêt de 880.000 $ du Canada pour compléter
la flotte héritée d’Air Congo (1961-1965). En cessation de paiement, Lina-
Congo
fut liquidée en 2004 et donna naissance à deux sociétés nationales : 1) la
Nouvelle Air Congo, équipée de 4 aéronefs chinois M.A. 60, orientée vers le
marché intérieur qui ne réalisa son vol inaugural que le 16 août 2013, sans un
plan des affaires cohérent sur un marché très concurrentiel, elle n’atteindra
jamais son seuil de rentabilité ; 2) la Compagnie Nationale Equatoriale Congo
Airlines
(Ecair SA), créé le 06 novembre 2006, tournée essentiellement vers
l’international. Elle commença sa périlleuse exploitation, le 26 septembre 2011,
alors que son plan d’affaires établi par Lufthansa Consulting, ne prévoie les
bénéficies qu’à partir de 2013.

Ecair SA, avec un capital de 300 milliards FCFA, détenu à 99,99% par l’Etat
Congo, 0,000015% par le Port Autonome de Pointe-Noire et 0,000015% par
l’allemande Heli Avia, libéré à 89,67%, emploie 700 salariés. Elle dispose de 7
avions, âgés de 18,8 ans en moyenne, sous assistance technique du Suisse
Privatiar et assure sept rotations quotidiennes entre Brazzaville et Pointe-Noire,
opérant jusqu’à 136 vols hebdomadaires vers l’international pour 40.000 heures.
Le taux moyen de remplissage des avions inférieur à 51%, génère un chiffre
d’affaires de 971 milliards FCFA en 2011 contre 8.041 milliards en 2016 qui ne
couvre pas les charges d’exploitation d’un avion. La société a cessé ses vols, le
21 octobre 2016 par décision de l’ASECNA pour insolvabilité.

Le rapport d’audit des cabinets Cacoges Sarl et Rainbow Finance SA (2017)
confirme la faible maîtrise du métier par Ecair SA et son déséquilibre financier
chronique, caractérisés par l’absence de 28,931 milliards FCFA pour renouveler
ses biens durables avec ses capitaux stables, de 26,452 milliards FCFA de biens
d’exploitation pour payer ses dettes d’exploitation, de 2,080 milliards FCFA de
trésorerie pour payer ses dettes échues. Les pertes s’élèvent à 3,833 milliards
FCFA en 2011 contre 48,167 milliards FCFA en 2016.

L’analyse de l’exploitation montre que les charges d’assistance technique
représentent 5,01% du total des charges en 2011 contre 11,34% en 2016, les frais
administratifs sont passés de 0,96% à 40%, les dépenses de carburant (8,89% à
15,07%) et les frais du personnel (6,42% à 8,17%). D’où, une marge sur coût
d’exploitation déficitaire s’élevant à 1.585 milliards FCFA en 2011 contre 6.732
milliards en 2016. L’irrégularité de la comptabilité et l’absence d’un contrôle de
gestion interne, accompagnent une gouvernance opaque, contrastant avec le
silence des organes de contrôle de l’Etat qui ne tirent pas toutes les leçons de la
faillite des entreprises d’Etat dans le secteur du transport aérien depuis Lina-
Congo.

3) Des perspectives  : Les négociations en cours entre l’Etat congolais et
Ethiopian Airlines, pourront aboutir soit au rachat, soit à une prise de
participation conséquente, permettant à Ecair SA de renaître de ses cendres et de
bénéficier de l’expertise africaine. Elle pourra se concentrer d’abord sur la
satisfaction de la demande intérieure, puis régionale et ensuite internationale.

C’est peut-être le sort qui attend également les autres compagnies contre
performantes de l’Afrique centrale comme Cameroun Airlines ou Air Gabon et
tant d’autres qui montrent les limitent des Etats africains dans la maîtrise du
métier du transport aérien civil, et la nécessité des transferts d’expérience entre
les entreprises du continent.

Ainsi, l’efficacité du modèle de gestion d’une compagnie de transport aérien
dépend de la qualité de son plan stratégique d’affaires, de la compétence des
ressources humaines qui l’animent, de l’efficience de sa gouvernance, et de
l’efficacité de son système de gestion et de contrôle budgétaire.

Emmanuel OKAMBA

Maître de Conférences HDR en Sciences de Gestion