Depuis quelques semaines, un document audio circule sur les réseaux sociaux et suscite un débat sur la situation du département du Pool, et celle de ses fils qui ont toujours payé un lourd tribut dans les crises politiques récurrentes que connait le Congo. Dans ce débat, il en sort deux opinions controversées.

Celle qui veut que les fils du Pool capitulent devant leurs agresseurs, signent avec eux un pacte de paix durable, et renoncent définitivement à faire la politique. Elle prend l’exemple des Bamiléké, une grande tribu du Cameroun, qui après avoir, elle aussi, été victime des politiques menées dans ce pays par les différents régimes politiques qui se sont succédés, depuis l’indépendance, ont décidé d’abandonner la politique pour se consacrer aux activités économiques et au développement de leur contrée et de tout le pays.

Une deuxième qui vante les qualités des fils du Pool dans la construction de la Nation et du Peuple congolais, et sa participation au développement pluriel du pays, les encourage à demeurer la « locomotive du Congo ». Comme l’avait dit le président Pascal Lissouba (1992-1997).
Ce débat qui, sans doute, est réactualisé par le gala de bienfaisance « La Nuit du Pool », organisé en France, par des filles et fils du Pool, est à notre avis très intéressant. Voilà pourquoi nous y participons. Nous nous servons de notre expérience d’ancien Conseiller départemental du Pool pour argumenter notre discours.

Fier d’être fils du Pool

D’entrée de jeu, nous signalons que personne ne choisit son père ni sa mère. Personne, non plus, ne choisit le continent, le pays ou le département dans lequel il doit naitre. Nous disons cela pour vouloir tout simplement dire que ce n’est pas un crime ni un délit d’être une fille ou un fils du Pool, que les crises politiques récurrentes que subissent les originaires de ce département ne doivent pas les pousser à renier leur identité, mais plutôt à les organiser. Fils du Pool, soyons donc fiers de l’être. Mais, organisons !

Un héritage culturel

Le comportement politique ou l’attachement de l’homme du Pool à certaines valeurs humaines et démocratiques est un héritage culturel. L’homme du Pool a fait partie d’un grand royaume, le Royaume Kongo, dans lequel il y avait des lois et une morale qui ont forgé ses coutumes et ses traditions. Voilà pourquoi il se scandalise devant tout ce qui n’est pas accepté dans sa culture. D’où son principe « Wuna kwa wu tata » pouvant être compris par fidèle à notre tradition, culture ou engagement.

« Du Koongo nsilulu » au « mythe du peuple élu »

Le refrain « Koongo, nsilulu Koongo (une terre promise) Koongo diéto bambuta basisa dio, Koongo ! (Notre Koongo nous a été légué par nos ancêtres)  » couve une mauvaise conception du pouvoir et une définition erronée de la Nation et du Peuple congolais. Il faut avouer que lorsque Bernard Kolelas, le président fondateur du Mcddi, un parti composé en majorité par les filles et fils du Pool, l’entonnait, il ne voyait pas les autres Congolais qui habitent dans les autres régions du pays. Il ne parlait que des Kongo du Pool qui peuplent son fief électoral. Conscient de cette grave dérive, nous avons, dans notre nouvelle « Kue ngo ou le Congo des origines » in « 50 cheveux sur une tête nue », (nouvelles sur le cinquantenaire de l’indépendance de la République du Congo, Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, Québec, 2012, 266 pages), nous avons, disions-nous, tenté de réparer cette faute grave, en traduisant ce refrain dans d’autres langues du pays. Notamment en bongo : « Ku ngo, nsié wu ba semu Ku ngo. Nsié ya si bakuru. », mbochi : « Angwe, edile nsenge ledi labea ihi amende Angwé, Nsenge a bisi ye ya kula iboro a bisi », teke : « Ongooué nsi yo yu nzian bei Ongooué. Ola obé, bo osséi akur », et loango : « Ka ngo, n’totu u solu Ka ngo. Ka ngo, n’totu utubikila bekulu ! ». Afin de forger une nouvelle culture chez tous les peuples du Congo.

Quant au «  mythe du peuple élu  » qui renforce le messianisme dans les croyances de ce peuple, c’est dans notre livre « Congo-Brazza, une nation et un peuple tués par ses politiciens », chronique publiée en 2003, aux Editions de la Société des Ecrivains, que nous abordions ce thème. En effet, les Kongo de la région du Pool qui aiment comparer leur histoire à celle des enfants d’Israël à cause de la déportation des Matswanistes, des dictatures politiques et des massacres dont ils sont victimes, et des douze districts (nous sommes en 2003) qui composent leur région administratif, qu’ils assimilent aux douze tribus d’Israël, se disent « peuple élu ».

Néanmoins, ce mythe avait aussi été prêché par Bernard Kolelas qui le rendait digestif avec le refrain « Koongo, nsilulu Koongo. Koongo diéto bambuta basisa dio ». Or ce refrain et ce mythe forgeaient le comportement politique de l’homme du Pool. Ce n’est donc pas la politique comme telle qui est mauvaise pour que les fils du Pool l’abandonnent, mais le comportement et la conception de la politique par l’homme du Pool. Pire est la définition qu’il se fait des concepts de Nation et du Peuple même si ce comportement ou cette conception de la politique, de la Nation et du Peuple congolais, ne sont pas propres à l’homme du Pool. Comme le témoignent ces expressions : « Même les Batéké veulent chercher le pouvoir  » et « C’est maintenant notre tour de diriger  » que l’on entend chaque fois qu’un Congolais d’un autre département est élu comme Président du Congo.

« Des hommes-missions »

« Il y a dans la vie, notamment dans l’histoire de l’humanité ou des peuples ce que nous pouvons appeler des « hommes-missions », c’est-à-dire des personnages dotés des missions particulières et précises, soit au sein de leurs familles ou de leurs communautés respectives, soit au sein de leurs pays. in « Congo-Brazza, une nation et un peuple tués par ses politiciens », page 91.

Au Congo, une certaine opinion pense que le département du Pool abrite beaucoup d’ « hommes-missions ». Voilà pourquoi il est appelé la «  locomotive du Congo ». Mais, les fils du Pool ne sont pas seulement des « locomotives » sur le plan économique ou du développement. Ils sont aussi des grands ouvriers de la Nation et du Peuple congolais. Pour preuve, ils s’installent dans tous les départements et se marient avec tous les autres peuples pour tenter de former une Nation c’est-à-dire un «  ensemble d’êtres humains habitant un même territoire, ayant une communauté d’origine, d’histoire, de culture, de tradition, le plus souvent de langue, et constituant une entité politique  », et un Peuple que l’on peut définir par un « ensemble d’hommes formant une communauté nationale ou culturelle.  »

Malheureusement, une autre opinion leur reproche ce comportement alors qu’il est un grand atout dans la construction de la Nation et du Peuple congolais. Signalons, par ailleurs, que les grands personnages de la lutte contre la colonisation, les pères de l’indépendance, de l’industrialisation du Congo et du retour au multipartisme après une longue période du parti unique, sont tous des fils du Pool. Il s’agit, entre autres, d’André Grenard Matswa, Mabiala Manganga, Boueta-Mbongo, Mbiemo, Milongo… des Présidents Abbé Fulbert Youlou et Alphonse Massamba-Débat, et de Bernard Kolelas.

L’esprit bamiléké

Dans ce document audio, on demande à l’homme du Pool d’avoir l’esprit bamiléké. Un esprit qui veut que l’homme du Pool quitte le terrain politique pour se consacrer uniquement à l’économie ou au développement de son département ou encore de tout le pays. Or, les deux activités auxquelles on veut orienter l’homme du Pool sont très liées à la politique. Elles ne peuvent pas se faire sans la politique. Première raison, le Pool fait partie intégrante de la République du Congo. Deuxièmement, sa position géographique ou sa proximité de Brazzaville, la ville-capitale, l’oblige à faire la politique pour ne pas la subir. Aussi, il faut signaler qu’il y a des domaines qui dépendent carrément de la politique. En plus, pour que l’esprit bamiléké soit insufflé dans l’homme du Pool, il faudra que l’environnement politique soit assaini. Cet assainissement peut être favorisé par le Fédéralisme comme système politique ou par la décentralisation qui est un « ensemble des méthodes d’organisation et de gestion consistant à transférer le pouvoir de décision aux niveaux hiérarchiques inférieurs.  » Or, le système politique congolais d’aujourd’hui ne favorise pas cet esprit. Pour preuve, au cours de notre mandat, le Conseil départemental du Pool avait initié quelques activités lucratives. Parmi celles-ci : le transport public avec la création d’une Société de transport des voyageurs entre Brazzaville et Kinkala. Et, c’est le ministère de l’Intérieur qui avait mis fin à cette activité sous prétexte que les Conseils départementaux n’avaient pas le droit de mener des activités lucratives. Pourtant, le Conseil municipal de Brazzaville gérait les pompes funèbres. Il a même créé, quelques années plus tard, une Société de transport urbain. Une simple jalousie ou une volonté manifeste de voir le Pool rester dans le sous-développement ? Ceci veut dire que pour insuffler l’esprit bamiléké chez les fils du Pool, il faudra avant tout assainir le terrain politique, en choisissant un bon système politique et rendre effective la décentralisation. Et, cette vision politique, les fils du Pool ne peuvent la rendre effective qu’en participant à la vie politique. Mais, il y a aussi la création des associations d’originaires qui peuvent favoriser cet esprit. C’est au sein de ces associations que doivent être définis et réalisés les grands projets.

Par ailleurs, ce document vante les sommes d’argent que les diasporas du Pool avaient envoyées au pays, après la guerre de 1997, via Western Union. Nous reconnaissons qu’elles avaient été énormes et avaient aidé à reconstruire les habitations détruites. Mais cette fois-ci, elles devront aider à financer les micros projets, pour insuffler l’esprit bamiléké au Pool.

Conclusion

Pour conclure notre participation à ce débat, nous disons que le Pool ne pose pas ou n’est pas un problème dans la construction de la Nation et du Peuple congolais. Le grand et seul problème qui fait que les fils du Pool soient victimes de toutes les politiques, réside sur le seul fait que ces derniers se scandalisent devant les antivaleurs, les délits et les crimes de sang, de démocratie et économiques quand bien même ces délits sont commis par des originaires du Pool. C’est un comportement que beaucoup d’autres peuples du Congo n’ont pas encore. Pour preuve, parmi les syndicalistes qui avaient poussé le président Fulbert Youlou à la démission, on compte des fils du Pool. Il en de même pour le cas de son successeur Alphonse Massamba-Débat. Parmi les jeunes révolutionnaires marxistes, il y a des fils du Pool.

Notre question : Les fils du Pool doivent-ils s’éclipser pour laisser la place aux médiocres qui n’ont ni foi ni loi et qui font couler le bateau Congo ? Et, comment mettre fin à l’opération Mouébara qui est destinée à dépeupler la partie australe du Congo s’ils ne participent pas avec d’autres Congolais à la vie politique ?

Les Juifs n’auraient pas, aujourd’hui, un Etat s’ils avaient abandonné la lutte politique. Alors qu’ils avaient été victimes de l’holocauste au cours duquel ils ont enregistré six millions de morts pendant la Seconde Guerre mondiale.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain