Prologue.

Il y avait chez Zoulou Bad, l’homme le plus détesté après Sassou, une réelle dextérité dans les travaux pratiques du crime. A l’image des personnages de la vidéo associée à cet article, le milicien Zoulou Bad a effectué beaucoup de passages à l’acte dans la ville de Pointe-Noire.

Au bout du compte Zoulou Bad (de son vrai nom Rodrigue Amboulou) est mort le 10 novembre 2017, officiellement foudroyé par le mwanza, officieusement éliminé par ses employeurs. « Sans possibilité d’être évacué en France par ceux qu’il a cruellement servis » ironisent ses milliers d’ennemis.

L’homme a fait l’unanimité de la capitale économique contre lui, prélude de la liesse exponentielle qui suivra la disparition de son patron Otsombé.

Pièce à conviction

Les « Zoulou Bad » de l’avenue de France à Poto-Poto ont de qui tenir. Ils se sont lâchés dans une véritable conférence de presse arrosée d’alcool. Déjà durant la triche électorale de Sassou, un certain Hyldevert Mouhani, entouré de Cobra cagoulés comme des Nationalistes Corses et armés comme Zapata, promit toute la misère du monde à quiconque oserait contester la victoire de Monsieur 8%. Sauf que les cobras alcooliques de notre vidéo ont débité leurs inepties à visage découvert. De vrais psychopathes échappés des services de feu Dr Misonsa.

Reste que le document que ces pauvres cons ont eu « l’intelligence » de faire circuler sur les réseaux sociaux constitue du pain bénit pour une opposition congolaise dont le rêve le plus ardent est de traduire en justice tous les ingénieurs du crime sur lesquels repose le pouvoir de Sassou. Dans le film, cinq à six individus projettent des passages à l’acte dans le milieu Indignés du 242 en France ainsi que dans celui des parents des Indignés au Congo. Violence et stupidité vont généralement de pair. On le savait. Jamais les Cobras (encore moins dans l’affaire des Disparus du Beach) n’ont fait des aveux aussi limpides de leurs forfaits. Donc, une aubaine pour les juristes congolais. Le moment venu on versera les confessions de nos tueurs froids au dossier du génocide au Congo, pour un Nuremberg local.

Malonga

Malgré une apparence fatiguée, les cinq bonhommes de la lugubre vidéo ont un discours musclé. Parmi les Cobras (milice ethnique de Sassou) s’affiche un « Malonga » avec une mine patibulaire. Malonga est un nom du Pool, région où, précisément, les Cobras font des razzias. Malonga semble incarner la bêtise à l’état brut. De deux choses l’une ou le milicien Malonga porte un faux nom ou il s’agit d’une espèce de Willy Matsanga, une personne qui ne sait pas qu’à tout crime correspond un châtiment et que tout se paie ici bas.

Les raisons des délires

Que s’est-il passé qui ait pu provoquer les délires médiatico-morbides de nos amis Cobras ? Parce que les Indignés du 242 ont filmé en région parisienne et placé sur la toile une villa cossue, un bien mal acquis, appartenant à un certain Claude Willy Etoka, le sang des Cobras n’a fait qu’un tour. Supporters dudit Etoka, les six miliciens ont promis des lendemains difficiles aux Indignés, notamment s’ils s’avisaient de provoquer la moindre égratignure sur portail de sa villa parisienne. Réponse du berger à la bergère, Roland Lévy Nitou et ses amis Indignés du 242 ont tagué le fameux portail de la villa frauduleusement acquise par le conseiller en pétrole de Sassou, Willy Etoka. Logique du défi et de la riposte visant à montrer aux Cobras de l’avenue de France qu’ils n’ont pas le monopole de la force puisque, de toute façon, s’ils étaient si forts que ça, ils iraient capturer Ntoumi dans la forêt.

Oko Ngakala de retour

Comme il fallait s’y attendre, les Cobras ont eu le soutien inespéré du procureur André Oko Ngakala qu’on croyait disparu de la scène politique. Le magistrat a ouvert une information contre l’indigné Roland Lévy Nitou pour menaces et injures à autorités (entendez Claude Willy Etoka et Antoinette Sassou). En revanche, sur le sort des six cobras qui ont publiquement proféré des menaces de mort aux Indignés du 242 et leurs familles, silence total du procureur. Deux poids, deux mesures.

Solidaires d’un monde qui les a rendus misérables

Qu’inspire théoriquement l’affaire Willy Etoka, grand voleur pour lequel six à sept petites frappes sont prêtes à commettre un crime, à verser le sang des autres ?

Pour Marx, la dichotomie maître/esclave, notamment la relation sous-prolétariat/nantis, est le lieu de tous les paradoxes. Les misérables fournissent volontiers la main d’œuvre de la répression contre leurs semblables. Les pauvres diables défendent les riches de la colère de ceux que leur exploitation pousse à la révolte. Les théoriciens de la domination parlent d’aliénation, processus où l’individu devient étranger à lui-même au point de défendre bec et ongle son propre bourreau. Les nègres de maison sont les plus féroces contre les autres nègres. Que Malonga et ses amis de la vidéo ménagent le propriétaire du bien immeuble mal acquis à Versailles alors qu’ils parlent de manger crus les Indignés, cela fait aussi partie de la pathologie freudienne de l’aliénation. Il ne vient pas à l’esprit des Cobras de la vidéo que les raisons pour lesquelles ils sont « déracinés du capital » (dirait Marx) relèvent de l’accumulation du capital par Willy Etoka et ses camarades dont ils partagent le même espace social (Pascal Lissouba parle de tribu-classe au lieu de classe sociale).

Démunis de conscience de classe (de culture politique) les « sans-dents » de la sinistre vidéo sont généralement adulés des agents de la classe dirigeante parce que corvéables à moindre prix. Ayant perdu la conscience de leur identité de misérables, ils plaisent à leurs maîtres car ils n’arrivent pas à rationaliser dans leur esprit les mécanismes de leur domination. Ce sont des pitbulls qui oublient qu’ils ont des crocs sauf quand il s’agit de mordre les membres de leur propre espèce, c’est-à-dire 92% de la population congolaise. Mouchapata, Malonga, Appo, Rostel Bakoua sont des tueurs à gage qui comme dit la Bible, « ne savent pas ce qu’ils font ». Dieu leur pardonnera, mais pas le peuple.

Cependant, Willy Etoka, sous couvert de réparer des pneumatiques Michelin, est, en vérité, un dangereux individu dont le rôle est de finaliser des contrats d’achats d’armes pour le compte de Sassou ; les mêmes kalachnikov qui crachent la mort dans le Pool afin de pérenniser la tribu-classe à laquelle appartient le vendeur de pneus et dans laquelle ne feront jamais partie les « pôvres » types de Mpila, Ouénzé, Poto-Poto, Djiri etc., visibles dans la sordide vidéo.

Aliénation

Il ne vient pas à l’idée des cobras de la vidéo dont on voit à leur mine qu’ils ne se portent pas comme des charmes que la bande des Willy, Kiki, Ebata a fermé le CHU de Brazzaville donc ils ne seront jamais évacués à Paris comme Antoinette Sassou si jamais ils tombent malade. Marx dit que l’aliénation aide le prolétaire à supporter sa condition humaine dès l’instant où il vit par délégation dans le bonheur de son maître. L’une des particularités de l’absence de conscience de sa propre exploitation de l’esclave c’est de se livrer à des réquisitoires contre quiconque tente de s’affranchir de la domination, de se désaliéner. Des charges violentes sont alors faites qui visent à déstabiliser ceux qui comme dans la caverne de Platon ont vu la lumière et veulent quitter l’ombre pour accéder à un autre monde.

Les gueux de Mpila/Poto-Poto ne comprennent pas que les Indignés ne se contentent pas des ombres que Etoka et ses amis projettent sur les murs de la caverne. De chercher à vivre la démocratie c’est-à-dire d’exiger un partage équitable de notre PNB fait des indignés les sujets d’incroyables harcèlements sociaux et de dangereuses menaces de type ethnocide. C’est pour ça que la peur d’être libre, dit Freud, est le plus grand obstacle de la guérison analytique. Etoka peut toujours compter sur Malonga pour ne jamais compter parmi les affranchis. En d’autres termes, dans la structuration de la soumission politique il n’y a pas meilleur allié que l’aliéné.

Thierry Oko