Article en continuité avec celui de Roger Ndokolo (Président de l’UNIRR) sur les stratégies de développement en Afrique.

Notre très cher frère Roger Ndokolo

D’entrée de jeu, nous vous remercions, une fois de plus, pour la technicité de votre article et les informations qu’il contient. Nous avons voulu que d’autres lecteurs de Congopage entrent, eux-aussi, dans le débat pour l’enrichir. Malheureusement, c’est en vain que nous avons attendu leurs réactions. Pourtant, le débat est intéressant. Néanmoins, des lecteurs nous ont demandé de leur donner plus d’informations sur la transformation des richesses africaines en capitaux. Vous aussi avez posé ce problème. Nous répondrons à cette question à travers trois anecdotes pour prouver que cela est possible. Cependant, il suffit (nous réutilisons expressément le verbe suffire) il suffit d’être ambitieux, d’oser, d’y mettre la volonté politique, et de ne pas être complexé.

Volonté politique ?

Oui ! Parce que tout dépend des Projets de Société des Etats, des ambitions et de la volonté politique de leurs dirigeants. Le projet de Société d’un Etat n’est pas à confondre avec le Programme de Gouvernement des candidats aux élections présidentielles. Vous trouverez les définitions de ces deux concepts dans notre ouvrage « Jean-Marie Michel Mokoko, mon président  ».

Dans la volonté politique, il y a l’ambition, mais aussi les politiques d’intégration sous-régionale, régionale et africaine que doivent mener les politiques. Parce qu’aucun pays africain ne peut, aujourd’hui, se développer sans passer par cette intégration. C’est pourquoi nous pensons que la création des Etats-Unis d’Afrique est la meilleure solution pour accélérer le développement de l’Afrique.

Première anecdote

Pour développer son secteur privé, créer des emplois et des richesses, la France avait, pendant la période coloniale, facilité l’accès aux crédits des sociétés concessionnaires qui exploitaient les matières premières en Afrique. Ce qui nous intéresse ici, c’est de ne pas dire si elle avait créé un fonds de soutien spécial ou ouvert des banques commerciales, de développement ou d’investissement ; mais nous nous intéressons tout simplement à sa participation dans la création des capitaux des sociétés concessionnaires. En gros, nous voulons dire que les Etats peuvent aider, à travers les banques, les privés à créer leurs capitaux.

« L’Afrique est riche. Il suffit de transformer cette richesse en capitaux  »
Nous revenons à cette phrase sur laquelle semble se focaliser le débat. L’Afrique est riche ! Oui, elle est riche. Très riche d’ailleurs. Cependant, la première richesse africaine n’est pas constituée par ses matières premières. Sa première richesse est humaine : la diversité de ses cadres dans tous les domaines, et celle de ses cultures. L’Afrique ne manque pas de cadres ou de génies. Pour rentabiliser son capital humain, il faudra de bons systèmes d’éducation, des formations planifiées par rapport aux besoins du continent, libérer la pensée africaine, et mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Dans notre livre, nous proposons, entre autres, l’uniformisation de certains programmes scolaires ou universitaires.

L’échec de certains concepts africains

Roger Ndokolo fait état de l’expérience des « Villages ujamaa  » en Tanzanie sous Julius Nyerere, et du «  Fokolona  », le projet phare de Richard Ratsimandrava à Madagascar. Nous pouvons y ajouter le « Socialisme bantu » créé, au Congo, par le président Alphonse Massamba-Débat. Nous, nous n’y voyons aucun échec. Julius Nyerere, Richard Ratsimandrava et Alphonse Massamba-Débat sont des politiques. Et, Ils ont eu des ambitions et des rêves pour leurs peuples et leurs pays. C’est tout. Il appartient aux intellectuels de leurs pays respectifs ou de toute l’Afrique d’enrichir les concepts qu’ils avaient créés. Les sociologues, les économistes, les historiens... devaient donc s’approprier ces concepts pour les développer et leur donner un langage scientifique et technique. Malheureusement, ils ont laissé seuls les politiques patauger dans les domaines qui ne sont pas les leurs.

L’Afrique est riche ! Oui, elle est riche. Très riche d’ailleurs. Sa deuxième richesse est matérielle. Nous voyons toutes les matières premières et celles qui sont qualifiées de stratégiques que contient son sous-sol. La vente de toutes ces matières premières et stratégiques lui procure des colossales sommes d’argent qui peuvent l’aider à constituer un Capital financier. Pour rentabiliser la vente de ses matières premières et stratégiques, mettre fin à la corruption et aux guerres que provoquent leur exploitation, nous suggérons dans notre livre la création des comptoirs africains qui devront être les seuls lieux de vente de certaines matières premières.

Avec la création de la monnaie unique africaine et l’ouverture de la Banque centrale africaine, le continent deviendra encore plus riche.

Déjà, les pays francophones cesseront de payer l’impôt colonial c’est-à-dire ne déposeront plus la moitié du produit de la vente de leurs matières premières à la Banque centrale française. Or, avec cet argent la France fait tourner son économie. Et, c’est depuis longtemps que cette pratique existe. Imaginez-vous, Monsieur le président de l’Union pour la Refondation Républicaine, le Capital financier que ces pays peuvent se constituer ? D’ailleurs, nous vous confions la noble mission de demander le rapatriement, avec paiement des intérêts, des sommes d’argent déposées par les pays francophones africains à la Banque française, depuis la colonisation. A Marine Le Pen, nous demandons de prendre, elle aussi, cette voie pour arrêter l’immigration des Africains en France.

Denis Sassou Nguesso, un président pas ambitieux

Denis Sassou Nguesso, puisque vous le citez et félicitez dans votre article, a parlé d’un Fonds réservé aux générations futures. En plus, il y a eu les Municipalisations qui ont englouti des milliards de Francs Cfa. Plus de 500 milliards de Francs Cfa ont été dépensés dans chaque département. 500 milliards x 12 départements (puisque Brazzaville avait bénéficié de deux municipalisations accélérées). Le fonds des générations futures a été thésaurisé c’est-à-dire amassé et gardé quelque part sans le faire circuler ni le placer dans une affaire ou dans une banque. Pour fructifier son argent, la Lybie est actionnaire dans la société italienne, Fiat, et dans plusieurs grandes sociétés canadiennes. Les intérêts produits par les actions prises dans ces sociétés étrangères, peuvent aider le pays à créer des capitaux qu’il peut réinvestir pour développer des secteurs entiers de sa vie économique. Il y a aussi les excédents budgétaires qui peuvent être transformés en capitaux. La municipalisation accélérée est un gâchis. Les sommes dépensées dans la construction des héliports, palais présidentiels… pouvaient être transformées en capitaux financiers pour lancer le secteur privé, par exemple ou développer l’agriculture.

Deuxième anecdote : Elle montre comment on peut transformer une aide familiale en un capital financier. Nous sommes-là dans l’informel. Le secteur informel est aussi très important dans une économie nationale.

Pour la petite histoire, nous avons un ami ouest-africain. Il se plaignait, tous les jours, du comportement de son frère aîné qui ne voulait ni travailler ni apprendre un métier. La raison avancée : son handicap.

Un matin, nous avons rencontré notre cher ami. Il venait de faire un énième Western Union à son frère. Il était très furieux parce que la somme qu’il venait de transférer, 150.000 Francs Cfa, était très importante. D’une manière spontanée, nous avons dit à notre ami d’arrêter les transferts et de faire de son frère aîné un patron, pour lui donner le courage de travailler et le gout de la vie. Avec son handicap (mobilité), son frère croyait tout perdre. A son âge, il n’avait ni femme ni enfant.

Faire de lui un patron ? L’idée est apparue provocatrice et vécue comme une moquerie puisque notre ami savait que nous savions bien que son frère était handicapé. Son regard et sa mine avaient suffi pour que nous nous rendions compte de son état d’âme. Nous aussi, nous sommes rentré chez nous avec beaucoup de remords et de peines pour avoir mis notre ami dans cet état inconfortable. Le soir, nous l’avons appelé au téléphone pour lui présenter nos excuses. Dans la causerie, nous avons eu une idée géniale qui lui a redonné tout son courage, rendu heureuse toute sa famille, et fait de son frère un patron.

Nous lui avons, en effet, proposé d’acheter dix machines et des accessoires de couture, d’ouvrir un atelier et le faire louer, sans que son frère ne soit au courant ; le temps de voir la rentabilité de l’affaire. Un mois seulement était passé, notre ami avait fait tout ce que nous lui avons proposé. Or, il y avait dans son quartier des jeunes qui avaient appris la couture et qui manquaient du matériel pour exercer leur métier. Dix jeunes ont donc sauté sur l’occasion. La location par machine est de 15.000 Francs Cfa par mois, la moitié d’un complet Bazin. Ce qui fait 150.000 Frs Cfa par mois. Le loyer de l’atelier est à 30.000 Frs Cfa. Après quelques mois, notre ami a cédé l’affaire à son frère. Le nouveau patron a, chaque fin du mois, 120.000 Francs Cfa. Cette année, il a ouvert un deuxième atelier, dans un autre quartier, abritant dix autres locataires, et acheté un tricycle motorisé. Notre petite idée a fait créer un capital financier, 20 emplois et des richesses.

Troisième anecdote : Elle résume ce que nous appelons l’« économie villageoise ». Nous l’avons expérimentée à Vindza. Nous voulons intéresser les associations d’originaires de cette localité à ce concept. En 2012, nous étions un candidat malheureux à l’élection législative, dans la circonscription unique de Vindza. Il y avait, entre autres candidats, le ministre de la Justice, Aimé Emmanuel Yoka. A cette échéance électorale, notre discours politique avait porté sur l’économie villageoise. Nous avons conçu une stratégie qui devait nous aider à créer un capital humain, financier et matériel pour mener certaines activités dans les 17 grands villages que compte la sous-préfecture de Vindza. Chaque village avait le choix entre le parc ovin ou bovin, l’arboriculture et la pisciculture. C’est à partir de la vente des produits que chaque village devait donc participer à la création d’un Capital financier. D’après nos études et au bout de quelques années, chaque village devrait être capable de contribuer à hauteur de 200.000 Francs Cfa (le prix d’un bœuf ou de quatre moutons), par an. Multiplier par 17 villages, le Capital était estimé à 3.400.000 Francs Cfa. En plus, ce concept allait relancer le métayage. Avec cet argent, on avait pour projet que l’on paye les enseignants et les quelques infirmiers bénévoles ; mais aussi ouvrir des petites pharmacies villageoises et financer d’autres petites activités du secteur informel.

Conclusion

Ces trois anecdotes peuvent paraitre trop faciles pour tenir un discours économique. Mais, nous pensons que si nos Etats agissaient de la même sorte que la France, nous, membres de la diaspora, faisons comme notre ami ouest-africain, et les associations locales basées au Congo ou dans la diaspora participaient à l’économie villageoise, nos pays auraient déjà pris la voie du développement. Le développement, ce n’est pas de la magie ! Il suffit d’être ambitieux, d’oser et d’y mettre la volonté politique.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain