Le système de parenté matrilinéaire en vigueur dans le Pool institue dans les représentations la notion de la terre comme mère-patrie et matrice multidimensionnelle. La terre, le « Nsi », on en part, on en revient, on y revient. Les gens du Pool disent : « lutambi ndélo » (Quelle que soit sa taille, le pas ramène toujours à soi, vers les siens). Suite aux différents conflits, disons comme Balzac : « qui a terre a guerre ». Il s’agit bien entendu de bataille économique.

« Ga bihombele ! Mbo ta sala kua biaka ! » : nous avons tout perdu ; mais nous allons tout reconstruire. C’est avec ce bout de refrain devenu très célèbre, dans les milieux des ressortissants du Pool, après la guerre civile qui avait opposé les partisans de l’abbé Fulbert Youlou, président fondateur de l’Union démocratique de défense des intérêts africains (Uddia) , en majorité étaient des ressortissants de la région du Pool, à ceux de Jacques Napoléon Opangault, le leader du Mouvement socialiste africain (Msa), originaires de la région de la Cuvette. Pourtant, ce refrain chanté en lari, l’une des langues vernaculaires parlées dans le département du Pool, ne semble pas s’effacer sur les lèvres des fils de cette région qui subissent des guerres politiques récurrentes.
Puisque le même refrain a été repris en 1993-1994, après la guerre politique qui avait opposé les fils du Pool, devenu le fief électoral de Bernard Kolelas, le leader du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (Mcddi), à ceux des régions du Niari, la Lekoumou et la Bouenza qui étaient acquis à Pascal Lissouba, le président fondateur de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads).

Le développement du Pool : un défi pour tous ses fils

Mais, c’est surtout après les deux dernières et dévastatrices guerres en 1997 et en 2016 que ce refrain refleurit sur les lèvres de toutes les filles et tous les fils de ce département et provoque un sursaut. Les filles et les fils du Pool se lancent un défi pour développer leur département. Est-ce un premier pas vers le fédéralisme ?

En tout cas, l’enjeu est grand, et d’aucuns pensent effectivement que, cette fois-ci, les filles et les fils du Pool ont repris le courage de reconstruire leur département, après toutes les guerres qu’ils ont connues. La conviction vient du nombre d’initiatives prises pour relancer le développement de ce département, au Congo et dans les différentes diasporas à l’étranger.

Cependant, dans ce papier, nous n’allons pas faire l’anatomie de ce refrain qui invite les filles et les fils du Pool, à la solidarité, l’amour de leur département, la détermination, le courage et l’espérance ; nous voulons tout simplement, en tant qu’ancien conseiller départemental du Pool, et partant de l’expérience que nous avons acquise dans la recherche des solutions aux problèmes du Pool, durant les cinq ans passés au Conseil, indiquer quelques voies qui peuvent aider au développement du Pool, notamment dans la sédentarisation des populations et la création des richesses.

Plusieurs Plans et Programmes de développement

Le Pool semble être le département qui bat le record des conférences et des colloques pour son développement. Il serait également le mieux doté en documents en Plans ou Programmes ou encore Etudes sur son développement. Signalons, par ailleurs, que dans la plupart des cas, rencontres et documents sont réalisés sous l’encadrement technique du Pnud, auquel sont souvent associées quelques autres agences des Nations Unies, à savoir le Fao, l’Unicef, l’Oms et le Funuap. Mais, si certains documents ont une couverture départementale, d’autres ne concernent que les sous-préfectures. Doit-on dire que ces agences donnent des coups d’épée dans l’eau ?

En effet, sur le terrain, tous ces colloques tenus au pays ou à l’étranger, et ces documents publiés à la fin de toutes ces rencontres, ne semblent pas, jusque-là, poser les bases d’un vrai développement. Certes, d’aucuns nous diront que la difficulté vient des guerres récurrentes que connait ce département et qui constituent une entrave à leur réalisation à bon terme. L’argument est acceptable.

Néanmoins, pour ce qui est de la création des richesses dans le département du Pool, nous disons que cette situation est due au mauvais choix des concepts et des maquettes de développement. Des grilles d’analyse venus d’ailleurs sont plaquées ici. Souvent, le Pnud et les autres institutions internationales associées pour trouver des concepts de développement pour le compte du Pool, ont tendance à reproduire ce qu’ils ont déjà fait et réussi ailleurs. Or, il se pose le problème de cultures et des réalités sur le terrain. Changeons de paradigme. Les cultures sont parfois très différentes de celles des pays où ces concepts et ces maquettes ont réussi.
Or pour développer le département, il faudra, primo, sédentariser les populations, deuxio, susciter un exode urbain ; tertio, enclencher une attraction vers les villages et séduire les jeunes avec des activités agropastorales.

La sédentarisation des populations

La sédentarisation peut être comprise comme : « l’adoption par une population, généralement humaine, d’un mode de vie sédentaire, ou sédentarité, qui se manifeste par l’établissement permanent dans un habitat occupé en continu, à l’opposé du nomadisme ou du semi nomadisme migratoire. » Or, le Pool est le département voisin de Brazzaville. En vérité, la ville-capitale est enclavée dans la région. Cette position géographique explique l’importance de l’exode rural des jeunes. Le Pool se vide de sa population, une hémorragie, à la longue, mortelle à la dynamique du développement.

Mieux ou pis : les populations du Pool « migrent » dans d’autres départements du pays, ajoutant à l’hémorragie déplorée vers Brazzaville. L’hypothèse que les ressortissants du Pool sont expansifs est vérifiée dans les représentations des congolais. On désigne de façon symbolique les Kongo-lari « Agip Recherches  » (allusion à leur niveau de prospection féroce, comme le pétrolier italien Agip). Ce nomadisme est-il un éloge ou une critique de cette communauté ? Les deux. On admire leur capacité d’adaptation et on est agacé par leur impérialisme.

La ressource humaine est la première richesse. Cet axiome rejoint Jean Bodin, démographe qui considère qu’il n’y a de richesses que d’hommes. Voilà pourquoi tous ceux qui œuvrent pour le développement du Pool devraient avant tout commencer par définir une politique qui vise la sédentarisation et l’amour de ce département dans le cœur de la jeunesse vive.

Comment le Pool peut-il retenir et attirer ses fils ?

Nous ne voulons pas, dans notre vision, faire allusion aux grands projets du gouvernement à savoir l’industrialisation ou la création des villages agricoles ou encore celle des zones économiques prioritaires. Ce serait une longue histoire. Nous voulons partir tout simplement de ce que l’on peut faire avec des petits moyens financiers. « Small is beautiful » dit à juste titre l’économiste Schumacher. Foin des macro-projets souvent aux effets écologiques désastreux.

Dans notre vision, la première activité que l’on doit mener ne porte pas sur l’élaboration des Programmes de développement et d’aménagement. Ceux qui existent déjà suffisent. Ce qui est urgent c’est l’élaboration des cartographies : c’est-à-dire des documents qui permettent de découvrir qu’elle est la culture ou le type d’élevage qui peut s’adapter dans tel ou tel autre coin du département en tenant compte de l’écosystème. Comptons d’abord sur les activités agropastorales. D’ailleurs, les générations précédentes pensaient déjà que c’est avec la plantation des arbres fruitiers et l’élevage que l’on se sédentarise et crée la richesse. Que les générations présentes et futures en prennent de la graine.

Faire des grandes choses avec peu de moyens

Pourtant, cela reste vrai jusqu’à nos jours. C’est ainsi, nous pensons que pour sédentariser les populations du Pool, il faudra donc intéresser les jeunes à l’arboriculture. Dans ce domaine, le Pool a de l’expertise. Dans les sous-préfectures de Boko, Loumo et Mbanza Nganga, beaucoup de jeunes savent faire le marcottage. Les jeunes plants ne sont vendus qu’à 1500 frs Cfa, l’unité. Malheureusement, ils manquent de clientèle et sont toute l’année au chômage. Pourtant, moyennant un crédit de 1.500.000 Francs Cfa, on peut aider un jeune postulant qui vise un verger de 1000 arbres fruitiers. Et, s’ils sont dix à bénéficier, chaque année, de ce petit financement, le compte sera bon. En plus, ce créneau qui permet de sédentariser les populations et de créer les richesses est également porteur dans le domaine de l’élevage. Il permettra de développer aussi le système du métayage.

Ici, on pourrait, par exemple, doter quelques éleveurs de dix bêtes, chacun. La génisse couterait 250.000 Frs Cfa, et le jeune taureau 200.000 Frs Cfa. Avec 5.000.000 Frs Cfa, on peut équiper un parc bovin. Dans la pisciculture, la même stratégie peut être utilisée. On peut demander à quelques jeunes qui veulent se lancer dans l’élevage des poissons de creuser, chacun, dix étangs, en leur donnant une formation et les dimensions. Les donateurs leur fourniront des alevins. Les jeunes du Pool sont très entreprenants et dotés d’éthique capitaliste. Devant un tel projet, ils s’organiseront pour que dans le village chacun ait ses dix étangs.

Au bout de quelques années, lorsque les arbres commenceront à donner des fruits, les génisses à mettre bas et les alevins à être prêts pour la consommation, les bénéficiaires de ce petit fonds deviendront, eux aussi, des donateurs. Ils participeront au financement de cette activité dans le département. Fait ainsi, nous sommes sûr qu’au bout de deux décennies, le Pool sera sur le chemin du développement et pourra rêver celui de l’industrialisation. Car, il aura une production suffisante pouvant lui permettre de mener cette activité. Mais, il faudra aussi que le Pool passe à la culture industrielle, notamment celle des espèces végétales cultivées dans le but d’alimenter en matières premières des industries de transformation, y compris dans le secteur agro-alimentaire. Car, cette activité permet de diversifier et de valoriser la production agricole, mais aussi de limiter les besoins d’importations. Voilà une autre activité qui exige une cartographie agricole. Mais, il faudra, à la longue, penser à la création d’une société de location des engins agricoles.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain