Entretien du 28/11/2017 avec Eveline Mankou

J.I – Bonjour Eveline, pouvez-vous, vous présentez, nous parler de vous ?

Eveline – Bonjour, ce n’est pas un exercice facile de parler de soi. Je suis mariée, mais je ne vais pas m’étaler sur ma vie privée (bien que je n’aime pas cette expression, car ma vie n’est privée de rien du tout). Avec le temps, je me définis comme citoyenne du monde, multiculturelle. Auteure de quelques livres.

J.I – Comment êtes-vous arrivée à l’écriture ?

Eveline – Je ne m’en souviens même plus. (Rire), je plaisante évidemment. À 14 ans, je gribouillais déjà des petites histoires sur un carnet. Je me souviens avoir écrit l’histoire d’une feuille sur un arbre qui ne rêvait que de liberté, jusqu’au jour où des bourrasques de vent l’arrachèrent de la branche de l’arbre et elle termina au sol. Sa liberté n’était qu’illusion puisque, au sol, elle finit par être ramassée et jetée au feu.
Je tenais aussi un journal intime et des cahiers d’amitié. Ceux de ma génération comprendront.

J.I – Parlez-nous de l’édition. Publiez-vous depuis l’âge de 14 ans alors ?

Eveline – Non. Malheureusement je n’ai pas conservé mes carnets. À l’époque, je ne savais même pas que l’on pouvait être publié. L’édition n’est arrivée que bien plus tard, presque au hasard en 2005 avec « La Patience d’une Femme ». Un ami (frère) de Nice, GB a lu mon manuscrit, il a été touché par l’histoire et m’a encouragée à le proposer à un éditeur. J’étais peu confiante, même pour faire lire mon manuscrit, je ne voulais pas. Merci à mon ami (frère) de Nice, GB.

J.I – Depuis 2005 à nos jours, cela fait pas mal d’années. Pouvez-vous nous parler à présent de votre œuvre et nous partager votre expérience des 12 années dans d’édition ?

Eveline – Effectivement, j’ai plusieurs Nouvelles à mon actif. J’aime écrire des textes où, les lecteurs se retrouvent lorsqu’ils les lisent. Ce sont des histoires plus ou moins proches de la réalité. Cependant, pas particulièrement autobiographique, même si, je m’inspire de mon décor, ce qui m’entoure, mes expériences, souvent, de la ville de Nice qui est pour moi comme un port, ma ville d’attache.
L’édition est tout un monde qui n’est pas facile. Je ne vais pas paraître de mauvaise foi si je dis, c’est un milieu où le copinage marche bien. En d’autres termes, écrire un livre n’est pas ce qu’il y a de plus dur, mais trouver un éditeur et faire connaître son livre peut être un parcours du combattant, surtout si l’on n’a pas de bonnes relations.

J.I – Parlons de vos personnages. Comment les construisez-vous, comment naissent-ils, surtout leur psychologie ?

Eveline – Mes personnages prennent forme au fur et à mesure que j’écris et que l’histoire progresse. J’essaie toujours de ne pas les tuer et de les faire revenir dès que possible dans mes différents livres. Par exemple Nsona. Elle incarne la belle jeune fille africaine, la légèreté... Nsona est Dans «  Elikia-Espoir  » et dans « Les Pleureuses de Brazza  », plus particulièrement dans la Nouvelle « Une ambition démesurée » ainsi que dans «  La Misère Humaine ».
Un autre personnage, Dékoulé qui se trouve dans « l’Instinct de survie » revient aussi dans « Les Pleureuses de Brazza », dans la Nouvelle intitulée «  Dékoulé wa kala koula ». Dékoulé incarne l’enfant de la rue, le fameux enfant qui a le kindoki (l’enfant sorcier) rejeté de la communauté.

J.I – Quels sont vos secrets pour écrire une belle histoire ? En d’autres termes, montrez-nous la méthodologie ?

Eveline – (Rire) Je n’ai pas de secrets ni de méthodes. J’aime écrire (ça foisonne dans ma tête), alors j’écris quand l’inspiration me vient. Je n’ai pas un plan de travail particulier.

J.I – Parlez-nous de vos lecteurs et votre rapport avec les médias.

Eveline – Je ne comprends pas clairement votre demande.

J.I – Quelle catégorie de personnes lisent vos livres ?

Eveline – Mon lectorat est constitué de toute personne qui aime lire (homme, femme, jeune, vieux). De toute façon, je n’écris pas pour la popularité. L’écriture est tout d’abord un moyen d’expression (parce que ma tête est en ébullition, il faut que ça sorte). Mon but ultime n’est pas d’être adulé par des milliers de lecteurs. Vous savez, il y avait un lauréat sud-américain du prix Nobel de littérature (dont le nom m’échappe) qui n’avait que 600 lecteurs à travers le monde.

Quant aux médias, Je vais vous faire une confidence : je ne suis pas bon client. Ils font leur travail et je ne suis pas là à regarder qui a dit quoi. Je prends du recul pour me poser de vraies questions : qu’est-ce que je recherche ? …

J.I – Quels sont vos projets

Eveline – Depuis bientôt 1 an, je suis au Congo. Je me ressource. J’ai désormais un autre rythme, un autre regard. Je me sens comme un poisson rouge qui est sorti du bocal, quand j’observe ceux qui y sont restés, je souris. Ma vision est désormais plus large. Ici, la vie s’écoule doucement en harmonie avec la nature et j’apprécie. J’ai couru toute ma vie sans être. Désormais c’est doucement, sûrement. Le Congo est une vraie école, je ne connaissais pas vraiment ce pays bien que j’y vinsse. Ici, ma foi est nourrie car je suis aussi une femme de foi, j’y tiens.

Un livre à venir prochainement, « Les Pleureuses de Brazza  »

Propos recueillis par J.I, critique littéraire