Au Congo-Brazzaville, les avocats des barreaux de Brazzaville et de Pointe-Noire ont suspendu leurs activités par solidarité avec leur confrère, maître Ludovic Désiré Essou. Ce dernier a été arrêté et placé en garde à vue, depuis bientôt une semaine, à la gendarmerie de Bacongo, au motif qu’il défendait l’ex colonel Marcel Ntsourou, ancien numéro deux des services de renseignement, mort en détention le vendredi 17 février. Par ailleurs, selon les autorités congolaises, Maître Essou est l’un des derniers à avoir vu vivant Marcel Ntsourou. Lui aurait-il fait quelques révélations susceptibles de gêner le pouvoir de Brazzaville ? En tout état de cause, le barreau de Brazzaville a dénoncé l’arrestation de Maître Essou et l’a jugée « irrégulière ».

A Paris, les avocats originaires du Congo ne sont pas non plus en reste. Dès ce vendredi 24 février, une réunion est prévue en vue de relayer, puis d’amplifier, les actions que mènent les barreaux de Brazzaville et de Pointe-Noire. L’un des initiateurs de cette réunion, Eric Pantou, avocat au barreau de Paris, nous en donne les détails.
 
Quel est l’objet de cette réunion prévue ce vendredi à Paris ?

Eric Pantou : les objectifs sont doubles. D’abord relayer les actions de nos confrères du Congo, lesquels ont manifesté leur solidarité à Ludovic Désiré Essou. Ensuite, les amplifier. Ce faisant nous envisageons une action de lobbying auprès des ONG pour sensibiliser la Communauté internationale sur la situation « catastrophique » des droits humains au Congo et la violation des droits de la défense dans ce pays.
 
N’est-il pas trop tard ?

Eric Pantou : non. Le plus important en toute circonstance, ce n’est pas l’intention mais le résultat. Et le résultat, comme vous le savez, n’est pas facile à obtenir à moins d’être un deus ex machina. Cette initiative constitue du reste l’occasion de réfléchir sur la manière dont s’exerce la Justice au Congo...
 
Justement, vous diriez que la Justice congolaise se décline en minuscule
 ?

Eric Pantou : question pertinente. Ce débat-là est immensément opportun et factuel. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les règles élémentaires de procédure, au Congo, ne sont pas respectées. La manière dont sont traitées les affaires dites « sensibles » laissent à désirer. Tout juriste digne de ce nom ne peut pas être fier de cette justice-là. Du moins telle qu’elle fonctionne aujourd’hui.
 
Vous portez un regard pessimiste sur la justice congolaise...

Eric Pantou : quand on voit le procureur de la République exhiber un présumé innocent devant les médias, à l’image d’un trophée, il y a de quoi se poser des questions. Manifestement il y a un manquement aux droits élémentaires des justiciables, lesquels manquements sont l’œuvre, je ne vous apprends rien, du procureur de la République.
 
Pourquoi les avocats congolais ne s’insurgent-ils pas contre cette façon de faire du procureur de la République ?

Eric Pantou : un barreau, quel qu’il soit, n’a pas vocation à engager des actions politiques. Toutefois il est du devoir de tout avocat de se lever chaque fois qu’un droit fondamental ou de la défense est violé.

Propos recueillis par Bedel Baouna

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