La dernière trouvaille de cet état-voyou, en ce mois d’avril : l’instauration d’une « taxe passager routier ». C’est une invention du Ministère des Finances destinée d’achever la crucifixion des Congolais car Monsieur 8% est décidé d’en faire voir de toutes les couleurs à ses compatriotes en guise, probablement, de baroud d’honneur avant d’être accueilli dans la poubelle de l’histoire. C’est la seule taxe que Dieu le Père lui réclamera.

Folie

On savait qu’ils étaient devenus fous à lier au sommet de l’Etat. Mais pas au point de nous fabriquer ce nouveau goulot d’étranglement, un impôt antédiluvien dont la teneur nous est rapportée dans le journal web Les Echos du Congo-Brazzaville, sous la plume d’un certain Bertrand Boukaka qui qualifie poétiquement cette escroquerie de « niche en friche. »

De quoi s’agit-il ?

La douleur de l’instauration de nombreux péages sur les rares tronçons nationaux bitumés n’est pas encore dissipée que l’insatiable ministère des Finances entend ajouter une seconde couche avec une taxe per capita appliquée à tout voyageur empruntant le médiocre réseau routier que Sassou a donné aux Congolais en quarante ans de règne sans partage.

Comble d’iniquité, on propose fixer l’arnaque à 500 frs cfa.
« Afin de rendre la taxe acceptable de tous, 500 Francs CFA serait un prix raisonnable et surtout de bon sens  » rassure le journaliste Boukaka.

Esquissant un parallèle avec la taxe aéroportuaire qui jadis fit grincer les dents mais qui, au bout du compte, passa comme une lettre à la poste, l’auteur de l’article estime que la taxe « passager routier » aura dans un premier temps le même effet répulsif auprès des usagers de la route mais finira, au bout du compte, par être digérée. ( Ca n’a pas empêché la société AERCO qui gère les trois aéroports du Congo d’être au bord de la faillite malgré la taxe Isidore Mvouba - NDLR).

Matthieu 12, 13 « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. »
Le Nazaréen ne croyait pas si bien dire quand on voit la politique du racket devenue le mode opératoire d’une l’oligarchie qui presse jusqu’à la dernière goutte 4 millions de Congolais vivant déjà dans des conditions de précarité indescriptibles. (Voir le classement Mercer 2018 des villes africaines où la qualité de vie est la meilleure. Brazzaville occupe le 43 ème rang sur 46 capitales du continent.)

Le Nazaréen aurait dû ajouter : « A ceux qui ont, le surplus qu’ils ont leur sera justifié ». Cette plus-value leur sera fait cadeau par le Léviathan, bien entendu.
Serge Zanzala l’a écrit sur ce site : « D’ailleurs, si les responsables des partis de la mouvance présidentielle étaient sérieux, ils se seraient aussi penchés sur le statut des membres du secrétariat du PCT, qui depuis le 6e congrès extraordinaire de ce parti en juillet 2011, avaient le rang de ministre et touchaient les mêmes salaires que les membres du gouvernement. Et, ils étaient payés par le Trésor public. » (Déclaration de la majorité présidentielle relative à la lutte contre les attitudes antivaleur : d’une diversion à l’autre ! in Congopage.com)

Car, précisément, il est plus facile à l’éléphant Jean-Jacques Bouya de passer par le chas d’une aiguille qu’à un enfant sinistré du Pool amaigri par la malnutrition !

Délit d’incivisme

Il serait inconcevable, poursuit, machiavélique, le rédacteur de l’infâmant article, il serait inconcevable que les voyageurs profitent des infrastructures de l’Etat sans débourser un seul centime alors que dans le même temps les Congolais ne payent en général jamais leur impôt sur le revenu. ( Les goujats ! -NDLR). Encore faut-il avoir des revenus avant de les déclarer (CQFD). Peut-être que Christel Nguesso, Jean-Jacques Bouya, Gilbert Ondongo, Rodolphe Adada, Jean-Dominique Okemba...tout ce beau monde, avec le sens du civisme qu’on lui reconnaît, paie son impôt sur la fortune ! TOTAL, ENI, SOCOBOIS sont sûrement connus pour payer leurs impôts alors que, grâce au journal Le Monde, on apprend par exemple que le pétrolier français a aidé Sassou à cacher sa dette aux yeux du FMI.

Cet incivisme du contribuable lambda sera alors corrigé grâce au prélèvement obligatoire sur chaque passager de la route. A supposer qu’il s’agisse de toute la famille (père, mère, enfants), peu importe, chaque membre de l’équipage devra régler la note (les 500 FCFA) en dehors du billet de transport. A ce compte, la route congolaise sera la plus chère au monde ; plus chère que l’autoroute allemande qui n’extorque aucun péage aux usagers.

En cette période de vaches maigres où l’Etat se trouve dans une impasse financière, à en croire Les Echos de Brazzaville, cette manne tombe à pic. D’ailleurs, poursuit ce journal en ligne, le département du Pool, où les combats se sont arrêtés, rendrait la ressource « exponentielle » avec la reprise du trafic routier. Jadis, un célèbre homme politique surnomma « locomotive du Congo » ce département. Toujours selon le site des Echos de Brazzaville, maintenant que le trafic CFCO est à l’arrêt, ca serait stupide que la puissance publique ne fasse pas main basse sur la clientèle devenue abondante sur la route.

Trop d’impôts, tuent l’impôt. Et tout impôt, par nature, fait objet de rejet dans l’esprit des contribuables a fortiori quand on n’en voit jamais les effets dans la vie quotidienne. Ce n’est pas le Ministère des Finances qui démentira qu’il n’y a point d’écoles, point d’hôpitaux, point d’eau, point d’électricité, point de...routes au Congo-Brazzaville. C’est là le quotidien des Congolais asphyxiés par des taxes de tout genre.

On vit vraiment une époque épique !

Pourquoi les gens qui ne font rien pour leur peuple sont toujours prêts à mal faire en redoublant d’ingéniosité dans leur entreprise criminelle ? Pourquoi l’Etat congolais est-il si diabolique ? Corruption, mafia, détournements, abus de biens sociaux, sont ses mamelles.

Le Pool

« En ces temps où l’on parle de diversification des ressources pour les finances publiques, la taxe « passager routier » représenterait une entrée substantielle, et le flux de passagers désormais croissant du fait de la quiétude retrouvée dans la traversée du Pool, rendrait la ressource exponentielle. » analyse Boukaka.

Mais fichez un peu la paix à cette région ! On note que le Pool est souvent utilisé comme laboratoire des expériences les plus équivoques, les plus diaboliques sans en mesurer les risques. Pour peu que cet impôt féodal et inique soit contesté, voilà la région replongée dans une guérilla comme Sassou et Ntoumi savent le faire. Que vous a fait le Pool, « la locomotive » ?
« La quiétude retrouvée dans la traversée du Pool, rendrait la ressource exponentielle » (dixit Boukaka). Précisément en raison de la fragilité de vos accords de paix, il y a lieu de traiter cet espace socioéconomique avec prudence. C’est fou de jeter l’huile sur le feu avec votre « taxe passager routier. »

Si ce n’est pas du sadisme à l’état brut, comment qualifier cette imposition d’un autre âge sur une population nationale qui vit avec moins d’un euro/par jour ? Cumul des retards salariaux, chômage, précarité sont le lot de 92% de Congolais dont le pays, malgré les recettes pétrolières accumulées, en est à son énième programme avec le FMI et cherche un point d’achèvement avec l’initiative PPTE.

Le Pasteur Ntoumi, on se souvient, rabattit le caquet au préfet du Pool qui tenta au cours d’un meeting à Kinkala de récupérer politiquement le bitumage de la Nationale 1 «  Que personne ne vous trompe, recadra Ntoumi, cette route a été financée par l’Union Européenne  » Les Grands Travaux du débonnaire et bedonnant Jean-Jacques Bouya n’y étaient pour rien.

Pour reprendre Sony Labou Tan’Si, Le Congo est un « Etat-honteux » passé maitre en faux et usage de faux, capable de vanter des kilomètres de route au prix exorbitant mais jamais construits. C’est donc une escroquerie inqualifiable que d’envisager des taxes sur les voyageurs de la route de Kinkala alors que Sassou n’a déboursé aucun centime pour sa construction. C’est du vol.

Gratuité des transports

Le Congo est aussi un Etat sauvage où les loups déchiquètent les agneaux. Le Pool, région sinistrée où la population sort timidement des forêts, n’a pas besoin d’une telle taxe. Au contraire, la gratuité des transports doit être la meilleure politique d’allégement du poids de la guerre. Les différents péages doivent sauter, notamment ceux de Ngangalingolo et d’Igné. Car croire qu’on va relancer le commerce en truffant de taxe/passagers, de péages et de barrages routiers la N1 est aussi stupide que conduire un véhicule en appuyant à la fois sur l’accélérateur et le frein.

Le Pool, rempli de sinistrés, est une région où une grande partie de la population manque à l’appel après les aléatoires accords de paix signés entre partisans de Ntoumi et Cobras de Sassou. La « Locomotive » a besoin d’être réparée. Le potentiel flux routier n’a que fiche de coercitions financières, quelle qu’en soit la forme.

Après avoir asséché les finances publiques, le clan d’Oyo veut se rattraper sur cet impôt moyenâgeux à vous dégouter des voyages, qui plus est, sur des voies où les risques sont nombreux de tomber sur des... coupeurs de routes. Et quelles routes ! Avec ses tronçons remplis de nids de poule, démunis de signalisations claires, où les véhicules roulent à tombeau ouvert, on ne compte plus les hécatombes.

Taxe sur l’oxygène

Le cours de l’or noir étant au plus bas, ce pays que le FMI tient au collet ne sait plus quoi inventer pour satisfaire sa kleptomanie.

A ce rythme il ne faudra pas s’étonner si jamais Sassou décide d’instaurer une taxe sur l’air que nous respirons ? C’est peut-être pour bientôt chers compatriotes. Prenez garde.

Thierry Oko