«  Les intouchables  », c’est le titre du film d’Omar Sy. Ce titre correspond très bien à la situation ubuesque qui prévaut au Congo-Brazzaville où règne une classe des intouchables. Quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils volent dans les caisses de l’Etat, qu’ils soient responsables des faillites des entreprises publiques, qu’ils assassinent les populations, pour eux, il ne se passe rien. Ce sont des véritables intouchables.

Les malversations financières, le vol des deniers publics, la corruption, la fraude fiscale sont les maux dont souffrent le Congo-Brazzaville mais qui ne souffrent aucune remise en cause de leur nocivité.

Cheval

La lutte annoncée contre ces maux à la demande du Fonds monétaire international (FMI) est désormais le nouveau cheval de bataille de Denis Sassou Nguesso, après avoir érigé l’impunité en mode de gestion de la chose publique. Le cheval choisi par le khalife d’Oyo pour mener bataille est Florent Ntsiba, ancien porte-parole du tristement celèbre comité militaire du parti (CMP). Manque de bol. Florent Ntsiba est lui-même cité dans une affaire de détournement des fonds de l’UNICEF destinés à la réfection de la maternité de Lékana. L’arroseur arrosé. Florent Ntsiba, qui veut laver plus blanc que neige, Monsieur propre de la Présidence de la République et qui a reçu de Sassou Nguesso la lourde tâche de débusquer les auteurs des malversations financières dans l’exécutif, se retrouve lui même au centre d’un scandale sur le financement par l’UNICEF des réhabilitations des centres de santé intégrés du pays dont celui de Lékana dans les plateaux. C’est confier la garde du gigot à un chien. Un voleur est chargé de traquer d’autres ripoux. Etonnant. Florent Ntsiba clame à qui tente de l’enquiquiner, en sa qualité de directeur de cabinet de Denis Sassou Nguesso est lui même la République et donc au dessus des lois. Sa personne est sacrée, comme dirait Jean-Luc Mélenchon, le patron de « La France insoumise  ».

Cancre

Le Congo-Brazzaville est classé au bas de l’échelle en 2017 en ce qui concerne le marqueur de perception de la corruption de Transparency International. Le Congo-Brazzaville occupe, en effet, le 159e rang sur 177 pays, et dans l’indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique, le petit pays pétrolier d’Afrique Centrale est classé 42e sur 54 pays. Florent Ntsiba a reçu de Denis Sassou Nguesso la mission d’améliorer les indices et ainsi espérer grignoter quelques places dans le classement du Congo-Brazzaville. Mission titanesque.

Filet

Les gesticulations de Florent Ntsiba instruit par Denis Sassou Nguesso n’amusent pas les populations du Congo-Brazzaville aussi longtemps que les gros gibiers passeront entre les mailles du filet et que la traque des voleurs de la République ne concernerait que le menu fretin. Florent Ntsiba n’est pas fou au point de s’attirer les foudres du régime, de s’attaquer aux proches de Denis Sassou Nguesso, responsables du siphonnage des caisses du Trésor public dirigé par Albert Ngondo. A ce jour, aucune information judiciaire n’est ouverte contre Christel Sassou Nguesso, Jean-Jacques Bouya, Gilbert Ondongo, Jean Bruno Richard Itoua, Henri Djombo, Denis Gokana, Albert Ngondo, Maixent Raoul Ominga, Claudia Sassou, Antoinette Sassou, Calixte Nganongo, Jean Dominique Okemba, Jean François Ndengué, Willy Nguesso, Edgar Nguesso, Lucien Ebata, Maxime Gandzion, Willy Etoka, Rigobert Maboundou, Marius Mouambenga, Oscar Etoka, Jean Alfred Onanga, etc…

Main basse

Christel Sassou Nguesso vient encore de s’illustrer dans ce qu’il sait mieux faire : le vol des deniers publics. C’est plus fort que lui. Pour contourner tout le monde, le fils du chef de l’État, Denis Christel Sassou Nguesso, qui a pourtant démissionné de la SNPC, se sert de la société Équato-guinéenne GEPetrol pour vendre des cargaisons de pétrole pour le compte de sa famille. Deux supertankers ayant chacun la capacité de chargement de 285.000 tonnes de pétrole brut ( équivalent de 2 millions de barils), ont chargé au large de Pointe-Noire, dans les plateformes offshore contrôlées par la compagnie française Total, pendant plusieurs jours. Les deux cargaisons destinées aux clients indiens équivalent à plus de deux semaines de production nationale qui est de 300.000 barils / jour, et le coût de l’opération est évaluée à plusieurs milliards de francs cfa. Cet argent échappe à tout contrôle du Trésor congolais et finit directement dans les poches du clan présidentiel. Les deux pétroliers battant pavillon équato-guinéen ont quitté le large de Pointe-Noire, il y a deux semaines pour la Guinée Équatoriale, où ils y sont restés quelques jours avant de prendre le chemin de l’Asie. Toute cette stratégie consistait à brouiller les pistes et éviter d’être épinglé par tous les services de contrôle ayant braqué leurs yeux sur les magouilles y relatives.

La firme britannique Ophir Energy qui a signé un accord en octobre 2017 de partage de production avec la compagnie GEPetrol, a été sollicitée pour la location des deux navires et jouer au vendeur officiel avec une rétribution de 20 % (Sacer info, 15 octobre 2018).

L’arbre qui cache la forêt

Pendant que Christel Sassou Nguesso avec la bénédiction de Denis Sassou Nguesso continue de sévir à la SNPC, Florent Ntsiba détourne le regard. En vue de frapper les esprits des populations du Congo-Brazzaville et donner l’illusion d’une traque implacables de la fraude, Le compagnon de route de Denis Sassou Nguesso a révélé, le 12 octobre 2018, de graves dysfonctionnements dans la filière bois qui auraient provoqué une perte de 13 milliards de Francs CFA en 2016 et 2017. C’est l’arbre qui cache la forêt. Le nom de Rosalie Matondo est jeté en pâture à la vindicte publique tout en omettant de citer celui de Henri Djombo qui a régné au ministère des Eaux et Forêts pendant plusieurs décennies en parrain. Un véritable écran de fumée. Pourquoi Florent Ntsiba, le chevalier blanc, n’ordonne-t-il pas l’audit de la filière bois depuis l’arrivée de Sassou Nguesso avant et après 1997 ? La SNPC est gérée comme une épicerie familiale. Florent Nttsiba et ses hommes n’en pipent mot. Les enquêteurs de Florent Ntsiba débarqueront-ils un jour à la Délégation générale de Grands travaux demander des comptes à Jean-Jacqes Bouya ? Florent Ntsiba aura-t-il le toupet de l’ouvrir face à Gilbert Ondongo afin qu’il rende compte de l’usage des fonds des générations futures placés jadis sous séquestre à la BEAC ?

Le député de Lékana, Florent Ntsiba ne les a pas « bien suspendues » pour donner un coup de pied dans la fourmilière, siffler l’arrêt des jeux. Florent Ntsiba est peut-être téméraire mais pas suicidaire.

Benjamin BILOMBOT BITADYS