JPEG - 36.9 ko
Diables Noirs

Au championnat national de football cette année, il risque d’y avoir trois équipes pour une finale. C’est l’incroyable scénario qui a les chances d’arriver ce 15 août 2014 à Sibiti si L’Etoile du Congo, battue en demi-finale par Aiglon CARA, met à exécution sa menace de jouer coûte que coûte contre Diables Noirs, l’autre finaliste.

Par un sacré charivari dont seuls les Congolais sous Sassou ont le secret, la Fecofoot est contrainte de gérer une finale dont personne ne sait si elle va opposer les Diablotins aux Aiglons ou alors aux Stelliens alors que cette dernière équipe est déjà disqualifiée. «  Nous sommes battus sur le papier, pas sur le terrain » clament fans, joueurs et dirigeants. Dimanche (Télécongo) l’animateur sportif de Stades et Terrains ne savait pas quel enseignement tirer tant la situation dépasse l’entendement.

Aux dernières nouvelles la Fédération a tranché : ce seront (rien à voir avec Stendhal ) les Rouges et Noirs qui croiseront le fer avec les Noirs et jaunes de Jean-François Ndeguet (eh oui). Mais mauvaise perdante, Etoile du Congo Itoumbou Lokia ne semble pas l’entendre de cette oreille. Ses supporters ont promis aller « foutre le bordel » à Sibiti, histoire sans doute de rappeler à qui l’aurait oublié que le pouvoir c’est eux, par Oyo interposé.

Mbata ya ba kolo

Si les fans de L’Etoile décident de descendre en masse dans la Lékoumou, alors c’est un mbata ya bakolo que s’attend à recevoir le ministre des Sports Léon Alfred Opimba malgré sa mise en garde faite aux éventuels fauteurs de troubles. Ces hooligans à l’excitation facile ont la chance de ne pas être de la partie sud du Congo. Les foudres du régime se seraient alors abattues sur eux. Mais le public de L’Etoile, contrairement aux autres fans, bénéficie de l’indulgence des notables politiques qui dirigent le pays.

Déjà à Brazzaville, les fougueux supporters des Verts et Jaunes ont réussi à marquer un but contre ce qu’ils appellent le complot de la Fecofoot (fédération congolaise de football) en lapidant la salle où les officiels s’étaient réunis en conclave pour trancher le litige opposant La Renaissance Aiglon Cara à leur équipe chérie. La police serait même intervenue pour disperser les trublions. Le comble est que, éliminée, cette équipe veut jouer la finale. Incroyable. C’est comme ceux qui, en politique veulent jouer les prolongations malgré le tabou de la limite d’âge et l’interdiction constitutionnelle de briguer un troisième mandat. De vrais outlaws !

Les raisons de la colère

Que reproche L’Etoile du Congo (dirigeants et supporters compris) à la Fecofoot ? Selon les Itoumbou lokia, au cours du match éliminatoire qui les a opposés au Club Athlétique Renaissance Aiglon ( CARA), celui-ci aurait aligné dans ses rangs deux joueurs non titularisés, ce qui, selon le règlement intérieur de la Fecofoot est une faute grave. Au lieu de sanctionner l’équipe tricheuse (CARA) c’est l’inverse qui se serait produit. Pour les Stelliens, ils ont été éliminés à tort. CARA serait alors finaliste « par défaut ». En d’autres termes c’est eux, et non les Aiglons, qui méritent de jouer devant Sassou à l’occasion du 54 ème anniversaire de la République du Congo. Que serait une finale devant le voyageur et bâtisseur infatigable sans L’Etoile du Congo, je vous le demande !

Cela dit, on ne comprend pas le jeu que joue cette équipe. Dans un univers sociopolitique où le spectre d’une crise majeure des Institutions de la République pointe à l’horizon 2016, voire 2015, il semble que Sassou (premier supporter de L’Etoile du Congo) n’avait pas besoin que les siens tirent dans leur propre camp.

Sassou le stellien

En effet Sassou n’a jamais caché ses amours pour Etoumbou Lokia. En cela il ne fait que respecter cette curieuse distribution qui fait qu’au Nord du on supporte L’Etoile du Congo et, au Sud on penche pour les Diables Noirs. En général les buts marqués par Yaka dia mama sont accueillis à Oyo, fief d’ Otoumbou Lo kia, dans un silence de cathédrale. De même, ceux marqués par L’Etoile contre Yaka sont accueillis dans une ambiance glaciale à Bacongo, Kinkala, Boko.

Prophétie

Le derby Diables-Noirs / Etoile du Congo, de mémoire d’amoureux du football, a toujours été plus explosif que les bombes de Mpila le 4 mars 2012. Une légende dit que Sassou mordra la poussière quand les Diables-Noirs seront champions du Congo. Vraie ou fausse, cette prophétie ne reste pas moins recevable si, en plus d’être vainqueurs du championnat, Les Diables-Noirs yaka dia mama le deviennent en battant leur adversaire ancestral, Etoile du Congo Dongolomisso.

On comprend, en définitive, pourquoi dans un système où la triche est une culture olympique, L’Etoile du Congo n’a pas été favorisée malgré sa défaite en demi-finale contre CARA. Le contexte pré-référendaire actuel n’est pas étranger à cette attitude.

Le match de Thierry Moungalla

C’est que par les temps qui courent, une finale Diables-Noirs / Etoile du Congo serait de très mauvaise augure. Elle précipiterait inutilement les choses. C’est que l’Opposition attend Le PCT et ses épigones au tournant. Elle pourrait exploiter la victoire des Diablotins, symbole de l’anti-PCT et marquer un o(but) contre les 30 ans de règne sans partage de Sassou à la tête du Congo.

Dans le match qui l’oppose à sa propre Constitution, Sassou veut, évidemment, passer en force. De préférence « sans effusion de sang » (Cf. son discours à la Nation du 12.08.14). C’est mieux qu’une victoire à la Pyrrhus où il a tout à perdre et rien à gagner.

Quant à l’ami Thierry Moungalla, il livre le match de la vie. On ne lui a jamais pardonné d’avoir déserté l’équipe de l’URD-Mwinda de André Milongo au profit du PCT de Sassou. Il n’aimerait pas que sa fête soit, paradoxalement, gâchée par les supporters d’une Constitution qu’il défend bec et ongles, de radios internationales en réseaux sociaux.