Si la perte de sa mère, le 30 juillet 2003, dans un village reculé du Congo dit Brazzaville, n’est pas le nœud premier de ce cinquième recueil poétique de Gabriel Okoundji, il n’en demeure pas moins que la référence explicite que le poète y fait dans une postface travaillée et sensible donne à Vent fou me frappe , eu égard à la tonalité d’ensemble des poèmes compilés, un ton rétrospectivement juste

Vent fou le frappe : Gabriel Okoundji et la quête inlassable de la sérénité
Par Kangni Alem

Si la perte de sa mère, le 30 juillet 2003, dans un village reculé du Congo dit Brazzaville, n’est pas le nœud premier de ce cinquième recueil poétique de Gabriel Okoundji, il n’en demeure pas moins que la référence explicite que le poète y fait dans une postface travaillée et sensible donne à Vent fou me frappe , eu égard à la tonalité d’ensemble des poèmes compilés, un ton rétrospectivement juste. Quand la nouvelle du décès tombe, le poète est troublé :
Ma mère ô ma mère tu ne sais pas !
la lune et la foudre fabriquent le vertige qui coule dans ma peau
ma naissance n’est pas arrivée
- j’énumère sans cesse le nombre vide de mon âge -
Mon âme est abîme de mon sang couleur de nuées brûlantes (p. 95)

Si j’en crois Roberto Juarroz (Poésie et réalité), « la parole poétique », véritablement et mieux que le silence, « est la condition pour supporter l’abîme ; sinon il ne resterait que le vertige de la chute. » Or depuis toujours, la poésie de Gabriel Okoundji n’a recherché que cela : circonvenir le vertige irrémédiablement lié à la question de la chute, en puisant dans la mémoire de ses racines l’élément nécessaire à la sérénité devant la destinée :
le grand soleil frappe sa flamme sur la pierre
mais jamais la pierre ne peine
et comment passer sous silence pareille énigme ?
nous avons l’art, mon ombre et moi,
de ne pas mourir de silence (p. 24)
D’où ce long « monologue d’un mortel », l’une des plus belles séquences du recueil (pp. 21-41). Le poète n’y pleure jamais, la lamentation n’est pas son fonds de commerce. Au contraire, il traque, au milieu des semences « d’étoiles de sang et de feu », « un peu d’émerveillement (…) pour se laver le cœur/de ces sédiments d’une douleur qui a le don des larmes » (p. 27).

D’où aussi ce retour surprenant, à la fin du recueil, au monde de l’enfance et à ses comptines futiles et surprenantes : le poème Okarina (p. 73) a la fraîcheur des chansons populaires du terroir Okondo ; on y rencontre un certain Johnny Walker, assassin trompé, dont se moquent les enfants en chantant debout. Pouvoir rire de la mort ? Luxe suprême, possible quand on a compris l’essentiel, à savoir que « l’Homme doit mourir pour qu’il mûrisse et la mort de l’Homme devenu vieux ne gâte jamais la mort… » (p. 11) Il n’y a pas de plus sereine oraison funèbre pour une mère disparue (trop tôt ?) loin des yeux du fils.

Kangni Alem,
Lormont le 16 août 2004

Gabriel Okoundji, Vent fou me frappe, poèmes, éd. Fédérop (La Pont du Rôle - 24680 Gardonne), 2003, 13 €.
Les autres titres du poète :
Cycle d’un ciel bleu (1996),
Second poème (1998),
Gnia (2001),
L’âme blessée d’un éléphant noir (2002).


Par : Kangni Alem