Le camarade Gérard Bitsindou dont on parle beaucoup depuis sa disparition, peu de gens savent beaucoup de choses sur lui. Homme de l’ombre mais également l’ombre de lui-même notamment lorsque sa région natale, le Pool, fut sujet d’attaques militaires de ses amis politiques du PCT, son principal tort, selon sa famille ethnique, c’est d’avoir servi de caution à l’affaiblissement des siens.

En tout cas, tout renégat fut-il (selon les faucons du Pool) sa mort dans la nuit de dimanche 26 août 2012 à Paris a fait beaucoup de bruit dans le milieu congolais en France alors que de son vivant son existence politique laissait indifférente une diaspora aimant pourtant la politique et faisant de tout homme politique, surtout véreux, sujet de discussions politiques.

Justement, à propos de vénalité, G. Bitsindou fut cité aussi comme détenteur de biens mal acquis en France, à Aulnay-sous-Bois (cf. site éponyme).

Petit ya confiance

Né géographiquement à Kaka (Pool) en 1941, l’homme qui vient de disparaître est né très tôt dans les rouages de l’administration (dès 1969)d’abord en qualité de rond-de-cuir, ensuite en tant que dur à cuir qu’aucun gouvernement n’aura jamais déboulonné. Il a exercé sans interruption ses charges au point d’être représentatif au Congo de ce que les sociologues désignent « phénomène bureaucratique » avec ce que cela suppose comme manipulations des hommes. Ce trait intéressa un obscur ministre de la Défense en 1976 qui jeta son dévolu sur lui. Sassou (car c’est lui) fit de lui son « petit ya confiance  » bien que selon l’état civil (s’il n’est pas falsifié pour le cas de Sassou) Gérard Bitsindou fut plus âgé que lui. Depuis, le duo fut inséparable.

Mais qui fut Gérard Bitsindou ? Mais surtout que fit Gérard Bitsindou pour être, en tant que lari, irremplaçable et éternel secrétaire du pouvoir mbochi ? Autant, pour reprendre Daniel Nkouta, Isidore Mvouba, frère siamois politique de G. Bitsindou, dit « toujours oui à Sassou avant que Sassou n’ouvre la bouche » pour exprimer sa pensée, autant Gérard Bitsindou disait toujours non avant que Sassou (dans un moment d’humanité, quand ça lui arrive) n’ouvre sa bouche pour exprimer quelque clémence à l’attention du Pool, région natale de notre illustre disparu.

Exemple de sa duplicité : Président du Conseil Constitutionnel, il disqualifia nombre de fils du Pool, candidats aux présidentielles de 2007, sous des prétextes fallacieux (absence de résidence au Congo). Ce fut le cas du Dr. Marcel Guitoukoulou. Bien que la mort le lui en ait empêché, G. Bitsindou n’aurait pas hésité de valider les résultats des récentes législatives où les élus étaient connus avant les votes.

Gérard...Itsindou

On n’a jamais vu un sujet mbochi avoir autant de vénération pour un leader kongo comme G. Bitsindou pour Sassou, leader mbochi. G. Bitsindou a démontré qu’on pouvait changer d’ethnie comme on change de chemise. Au cours d’une partie de pêche miraculeuse dans la région d’Oyo, Gérard Bitsindou, ému jusqu’aux larmes, n’eut pas de mots assez forts pour décrire le fait qu’il foulait lui aussi un endroit que foula, enfant, Denis Sassou-Nguesso quand il grandissait au village d’Edou alors que rien ne présageait de son destin de Président du Congo. En raison de sa magnifique intériorisation des us et coutumes mbochi, G. Bitsindou sera affectueusement appelé...Itsindou, faisant sauter la consonne "B" au profit de la voyelle "I".

G. Bitsindou et le "poolitiquement" correct

Pour les ressortissants du Pool, à l’unanimité, c’est un menu fretin qui vient de trépasser à l’hôpital Val de Grace à Paris, voire même un alevin. En revanche personne ne peut dire s’il s’agit, pour les ressortissants de l’Alima, d’un gros poisson que les filets de la mort viennent d’attraper. Une annonce lapidaire, parmi d’autres décédés ordinaires, dans la chronique nécrologique de Télé Congo a suffi pour signaler sa disparition, lui un cadre supérieur de Mpila. En tout cas, à ce jour, 29 août 2012, aucun deuil national n’a été décrété au Congo et, les drapeaux de la République du PCT qu’il a servis avec une rare fidélité, ne sont pas en berne.

Gérard Bitsindou serait-il récompensé en monnaie de singe ? Inimaginable d’être traité de la sorte quand on a incarné la fidélité à un tel niveau pratique. Gérard Bitsindou, modèle absolu de la "fidélité" en politique ? Tout le monde est unanime à ce sujet. Mais n’est-ce pas une façon « politiquement correct » de le traiter de "traitre" ?