Le problème de succession n’a pas fini de faire couler l’encre. On pensait que le Nouveau Code la Famille Congolaise avait réglé la question. C’était sans compter avec la résistance des idéologies lignagères. Que se passe-t-il quand le patriarcat est appliqué dans une parenté régit d’ordinaire par le système matrilinéaire ? Il se trouve que souvent, le clan maternel établit un rapport de force comme c’est le cas dans la succession ci-après. Ce cas serait passé inaperçu s’il ne concernait pas un grand homme de Lettres, Ferdinand Mouangassa, précurseur (avec Guy Menga, Patrice Lhoni, Létembé Ambilly) du théâtre congolais, mais disparu de l’écran radar des écrivains congolais dont on vient de célébrer cette année les soixante ans de L’Institution.

Ferdinand MOUANGASSA, né le 18 décembre 1934 et décédé en France le 15 août 1974, était un Ecrivain-Dramaturge de renom.

Il est, en effet, l’auteur des œuvres comme « Nganga Mayala » (1er prix de la semaine culturelle de Brazzaville en 1967), « Les Apprivoisés, Les dents blanches. » D’après Robert Cornevin, « Il était l’un des plus doués parmi les dramaturges de sa génération. »

Marié officiellement à deux épouses, Ferdinand MOUANGASSA est le père d’une fratrie de 16 enfants. A sa mort, Ferdinand MOUANGASSA laisse un patrimoine de deux villas, une à Brazzaville, située en face du CSI BISSITA à Bacongo, destinée naturellement à ses enfants et sa première épouse et une autre à Pointe-Noire, d’où était originaire sa seconde épouse (décédée en 1977, paix à son âme), pour cette dernière et ses enfants.

A cette époque, tous les enfants de Ferdinand MOUANGASSA sont mineurs. Pendant que les veuves portaient le deuil de leur époux, la famille DIANZINGA (du nom du défunt père de Ferdinand MOUANGASSA), s’empressait le 14 septembre 1974 de contacter un juge – Fulgence Milandou - pour s’approprier le patrimoine de leur frère, au détriment des veuves et des enfants.

Jugement inique

Ainsi, un jugement d’hérédité– qui a n’a été connu des enfants MOUANGASSA, que le 10 mai 2014, soit 40 ans après - a été rendu le 14/09/1974, qui privait les épouses et certains enfants de leurs droits. Ledit jugement, répartissait les biens de Ferdinand MOUANGASSA, de la manière suivante :

-La villa de Pointe-Noire, aux enfants de la seconde épouse, originaire de Pointe-Noire ;

- Le domicile familial, sis Bacongo Moderne case A18, aux enfants nés de la première épouse ;

-La Villa de Bacongo, quant à elle revenait à Mme LOUFOUA, née LOUKOULA Rosine, sœur de Ferdinand MOUANGASSA et la famille.

Or, dans cette répartition unilatérale, une donnée non vérifiée par le juge Fulgence MILANDOU, qui a été induit en erreur, était erronée. En effet, le domicile familial de Bacongo Moderne n’a jamais appartenu à Ferdinand MOUANGASSA ; son épouse Mme MAZIKOU et lui-même en étaient de simples locataires.

Cette maison, jusqu’à ce jour, est la propriété de la Mairie de Brazzaville. Si les enfants nés de la seconde épouse ont bel et bien hérité de leur bien, les enfants nés de Mme MAZIKOU n’ont jamais pris possession du seul bien qui leur a été laissé par leur défunt père, à savoir la villa en face du CSI BISSITA à Bacongo.

Un juteux loyer qui échappe aux enfants

Mineurs aux moments des faits, et élevés par leur seule mère, les enfants MOUANGASSA nés de Mme MAZIKOU, à leur majorité, n’ont eu de cesse de réclamer leur bien à la famille paternelle, qui leur a opposé une fin de non recevoir, car cette villa représentait pour ces derniers une véritable vache à lait. En effet, pendant plus de 30 ans, cette villa a été mise en location, pour un loyer mensuel moyen de 350.000F CFA (soit plus de 120.000.000F CFA) que la famille DIANZINGA se répartissait gracieusement, pendant que les enfants MOUANGASSA ne subsistaient que par le seul salaire de leur mère, Auxiliaire Puéricultrice.

Ce n’est que le 10 mai 2014 que les parents paternels, face à la pugnacité et la détermination des enfants MOUANGASSA, et surtout la volonté de ceux-ci d’ester en justice, qu’on a finalement accepté le principe de la vente de ladite villa sous conditions.

Scholastique Dianzinga, intellectuelle conservatrice

Mme DIANZINGA Scholastique, sœur cadette de Ferdinand MOUANGASSA, Professeur d’université de son état, l’intellectuelle de la famille, après s’être longtemps opposée à la vente de cette villa, a exigé 50% du prix de la vente dudit bien, arguant que c’est le bien de son frère et que c’est le matriarcat qui prime.

« Estimez-vous heureux d’avoir cette part. On est très généreux » a commenté madame Dianzinga, proche de Mme la ministre Emilienne Raoult (Affaires Sociales). A titre d’information, veuve, madame la ministre hérita de son mari, le Général Alfred Raoult. On aurait aimé que la tante Dianzinga s’inspirât de cette procédure.

« Envoyez-moi la facture pour que je rembourse  » s’emportera ce haut cadre, Scholastique Dianzinga ( l’intello de la famille) quand les enfants Mouangassa lui rappellent que c’est grâce à leur père qui la fit venir jadis en France qu’elle est « devenue ce qu’elle est devenue » et que, par conséquent, c’était honteux de traiter de cette sorte les fils de feu son frère, ses neveux.

Autant dire qu’on peut être professeur d’Histoire à la Fac et tourner le dos à la modernité en s’enracinant dans l’idéologie de la parenté rurale.

Sur les conseils des sages présents à la réunion de famille du 10/05, le représentant des enfants MOUANGASSA, nés de Mme MAZIKOU, a signé un protocole d’accord sous réserves.

Après signature, dudit document, il se verra signifier par les parents paternels, que la quote-part des enfants MOUANGASSA, nés de Mme MAZIKOU, devait également prendre en compte les 4 autres frères naturels, car selon eux, seuls les enfants de Mme MAZIKOU étaient à l’origine concernés.

Ce que les enfants ont contesté, car les frères et sœurs de Ferdinand MOUANGASSA, ne sont qu’au nombre de 5 (le père et la mère étant décédés), tandis que les enfants MOUANGASSA sont au nombre de 11 (7 nés de Mme Mazikou et 4 enfants naturels).

Dans ces conditions, les enfants MOUANGASSA contestent le partage, et demandent aux parents de revoir les termes de l’accord.

Pendant que les négociations amiables sur le partage se poursuivent, Mme DIANZINGA Scholastique, prof d’université, s’est empressée de trouver un acheteur, pour effectuer une vente unilatérale, sans en référer aux enfants, alors que c’est un bien indivis et sans en dévoiler le prix.

Diviser pour régner

C’est ainsi que le Notaire de l’acheteur, Me Silvère KIMBATSA, va conclure des accords avec Mme DIANZINGA Scholastique et Mr KINOUANI Casimir (frère de Ferdinand MOUANGASSA) faisant fi de la position des enfants et s’attribuant le rôle de juge, en se chargeant de répartir le fruit de ladite vente, entre la famille et les enfants MOUANGASSA, à hauteur de 50/50. Voyant l’opposition de certains enfants, en l’occurrence ceux nés de Mme MAZIKOU, Maitre Silvère KIMBATSA, va contacter les autres enfants MOUANGASSA et les pousser à se désolidariser de la démarche de leurs autres frères et se rapprocher de lui pour toucher leur part en espèces ! Alors que le droit congolais est clair en matière de succession, Maitre KIMBATSA, notaire de l’acheteur, veut réécrire la loi et imposer sa volonté aux ayants droits. En politique ça s’appelle « Diviser pour mieux régner ».

Justice pour les enfants

Afin de mettre un terme à cette bataille qui dure depuis 40 ans, les enfants MOUANGASSA nés de Mme MAZIKOU ont saisi le juge pour les départager et les rétablir dans leurs droits et, par la même occasion, reconnaître les droits de leur mère, cette femme, qui a élevé seule ses 8 enfants, qui a été rejetée et privée de droit par sa belle-famille, à la mort de son époux.

L’affaire, initialement inscrite à l’audience du 10/07/2014 au TGI de Brazzaville, a été reportée au 17/07/2014.

Est-il normal qu’au 21è siècle, des parents, fussent-ils les frères et sœurs des défunts, se permettent de priver les épouses et les ayants droits des biens laissés par leur mari et père ?

En ce 40ème anniversaire de la mort de leur père, les enfants MOUANGASSA réclament le rétablissement dans leurs droits et ceux de leur mère, Mme MAZIKOU et demandent que justice soit faite.