Faut rigoler, pour empêcher la terre de trembler. Nos ancêtres, les Bantous, nous ont légués une agriculture qu’on n’arrive pas à perfectionner faute de politiques agricoles fiables. Mais surtout faute d’un personnel politique ayant le sens du voir et l’amour du pays.

Henri Djombo ? C’est cet écrivain, sportif (ceinture noire d’aïkido) et homme politique congolais. Il est né en 1952, à Enyellé, dans le département de la Likouala, au nord du Congo. Membre du Pct (Parti congolais du travail), le parti au pouvoir, Henri Djombo n’est plus à présenter aux Congolais.
Car, l’homme est au gouvernement depuis 1997. Il a commencé à l’Économie forestière où il est resté 19 ans. Ce n’est qu’en 2016 qu’il devient le patron de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche. Remplaçant à ce poste le ministre Rigobert Maboundou, devenu directeur de cabinet du Premier Ministre Clément Mouamba.
Mais Henri Djombo, c’est aussi l’incarnation de l’échec patent dans la gestion des forêts congolaises. Non seulement parce que sa gestion a été très opaque et a engendré une grosse mafia dans l’exploitation forestière, mais aussi parce qu’il a délivré des permis d’exploitation aux enfants Sassou qui en abusent et ne respectent pas la réglementation en vigueur au Congo.

Néanmoins, Henri Djombo a été aussi incapable d’arrêter le phénomène de la déforestation dans le département du Pool, phénomène dû à l’abattage anarchique des arbres pour fabriquer du charbon. Or cette activité appauvrit les terres et accélère le tarissement des sources et des rivières.
Y aurait-il une corrélation entre l’aïkido et l’agriculture ? Nous croyons que oui quand, notamment on voit comment les dragons d’Asie sont en train de prendre la tête de l’économie mondiale non seulement dans les nouvelles technologies mais aussi sur le plan agricole. Leur mental forgé par les arts de combat les a aidés à défier le monde Occidental.

On n’a pas demandé à Henri Ndjombo de lire Confucius qui a dit que « quiconque s’attend à avoir une forêt ne doit pas attendre de vite planter. » Pourtant, il lui suffisait à notre sempiternel ministre de l’agriculture d’appliquer dans son environnement la philosophie de ce qu’il apprend sur le dojo pour être aussi audacieux que les asiatiques qui font trembler les Etats-Unis sur le plan économique. Ironie du sort, il ne dresse aucun barrage contre l’exploitation sauvage de nos forêts par des groupes malaisiens.

Foin de l’Etat-providence

Nous ne demandons pas à l’Etat d’aller faire la sylviculture ; mais nous voulons qu’il intéresse les Congolais à cette activité. En implantant, par exemple, dans chaque sous-préfecture des sociétés de location de tracteurs agricoles et de la vente des essences adaptées à la sylviculture. C’est simple, mais il faut y penser. Les charbonniers et les vendeurs de bois devaient donc aller s’approvisionner auprès des sylviculteurs. Comble de paradoxe, malgré son long séjour à la tête de ce département, Djombo n’a pas pu créer, avec ses collègues du gouvernement, notamment ceux de l’Education, de l’Equipement et des Finances et les operateurs économiques, un concept pour équiper en tables bancs toutes les écoles du pays.

1000 milliards de Francs Cfa pour développer l’Agriculture

Au Congo, la forêt couvre environ 65% de la superficie totale. Elle regorge de riches essences. Malheureusement, les écoles manquent de tables-bancs. Aujourd’hui, devenu ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Henri Djombo, adepte des arts martiaux, veut se battre pour la terre. Il recherche 1000 milliards de Francs Cfa et veut développer l’Agriculture. Il l’a dit aux sénateurs au cours d’une séance de questions orales avec débats sur l’état de l’Agriculture et de l’alimentation au Congo. Nous en rions encore ! Malgré la peine et le sentiment de révolte que cela provoque.

D’ailleurs, l’agriculture dont il parle n’est que vivrière c’est-à-dire tournée essentiellement vers l’économie domestique. Elle ne vise pas l’industrie agroalimentaire.

Dans cet article, nous voulons l’aider (patriotisme oblige !) à promouvoir l’agriculture congolaise en lui suggérant un concept agricole. Car, tout ce qui a existé avant et sur lequel les gouvernements ont compté pour dynamiser l’agriculture n’a eu aucun impact. Dire que l’Agriculture est la base du développement est un truisme qu’on a honte de rappeler ici. C’est le secteur primaire sur lequel repose le reste de l’industrie. « Qui a terre, a guerre économique ». Quand un pays maitrise l’agriculture, il gagne le combat du développement. Qui aime la terre, gagne la guerre contre l’effet de serre.

Les faiblesses des politiques agricoles au Congo

On note une inexistence d’une cartographie agricole : Le Congo ne dispose pas d’une cartographie agricole qui hiérarchise les sols arables et les différents types de cultures qui peuvent s’y adapter.

L’inexistence d’un calendrier agricole : aucun document ne repartit les cultures selon les types de saisons dans les différents départements.
Des concepts vides : Depuis les premières heures de l’indépendance du Congo, l’agriculture a été déclarée « priorité des priorités ». Les gouvernements qui se sont succédé ont tenté plusieurs expériences sans succès : les coopératives calquées sur le modèle russe, les sociétés agricoles créées sur le modèle chinois. Cas de la Ferme d’Etat de Kombe. Mais, il y a eu aussi des idées comme « une école, un champ », les « villages agricoles ». Là également, échec et mat. « Ippon !  » diraient les japonais.

Le cas le plus décevant est celui du « village agricole » de Nkouo situé dans le département du Pool à 80 kilomètre au nord de Brazzaville, construit dans une zone où il n’y a pas d’eau. Cet éléphant blanc a couté 40 milliards de Francs Cfa au gouvernement. Echec et mat aussi.

Manque de politique d’intéressement de jeunes entrepreneurs agricoles : Le goût de la terre n’a jamais été donné aux jeunes. Seules les femmes d’une classe d’âge élevée continuent la culture sur brûlis.

La non mécanisation : ces femmes travaillent avec des outils rudimentaires et utilisent des méthodes ou des techniques artisanales et archaïques.
L’Etat ne joue pas son rôle de facilitateur : on cherchera en vain une société de location des tracteurs agricoles (engins de transport de fumier, remorques de transport de produits agricoles, les épandeurs de lisier, les laboureurs, les semeuses et les récolteurs…) et de vente des semences pour susciter les vocations et l’intérêt pour cette activité. Le fonds agricole devrait donc servir à cela : aider les jeunes à financer leurs deux premières saisons agricoles.

Création d’un nouveau concept

Le concept doit précéder l’investissement : le ministre Henri Djombo n’a pas encore présenté son concept aux Congolais. Pourtant, il l’a déjà chiffré à 1000 milliards de Frans Cfa. Dans les arts martiaux comme dans un projet agricole, on ne fonce pas à l’aveuglette.

Changer de culture politique : désormais, tous les projets du gouvernement devraient passer par le Conseil économique et social qui doit les relire et donner son avis sur leurs couts, leur localisation et leur faisabilité. Et, ce n’est qu’après l’avis du Conseil économique et social que le gouvernement pourra les présenter devant l’assemblée nationale.

Les bases du nouveau concept : face aux échecs de toutes les politiques agricoles qui ont été menées par tous les gouvernements, depuis l’indépendance, il y a nécessité de créer dès aujourd’hui un concept qui doit viser l’industrie agroalimentaire et l’exportation des produits agricoles.

Mais, pour en arriver là, il faudra tenir compte de l’intégration sous régionale, l’intégration africaine et la mondialisation. Car, les Etats africains et l’Afrique ne seront compétitifs sur le marché mondial et ne cesseront d’être des simples consommateurs que si l’intégration sous-régionale et l’intégration africaine sont réussies. D’ailleurs, ils avaient déjà emprunté ce chemin avec la compagnie aérienne Air Afrique qui, malheureusement, battit de l’aile.

L’intégration sous-régionale : dans le domaine agricole, elle peut être facilitée par deux possibilités. La première est celle à partir de laquelle, tous les gouvernements d’une région africaine intéressent leurs populations à une culture. Par exemple, la culture de la banane. Les gouvernements facilitent les populations dans l’octroi des terres et des jeunes plants, la location des tracteurs et la commercialisation. Les mêmes Etats qui se sont intéressés à cette culture peuvent soutenir un agroindustriel qui est déjà dans la transformation de la banane ou qui veut y investir afin de lui permettre d’augmenter sa production ou d’avoir facilement la matière première.

La deuxième possibilité consiste à aider un agroindustriel d’avoir des plantations de banane dans tous les pays de la sous-région ou les terres sont favorables à cette culture. Cette deuxième possibilité à un autre avantage : celui de créer les richesses dans le monde rural. Car, l’agroindustriel revalorisera les terres des paysans en les louant.

Nous profitons de cet article pour dire que la politique d’expropriation des paysans qui est menée par le gouvernement à travers le ministre des Affaires foncières et du Domaine public, Pierre Mabiala, n’est pas profitable. Non seulement parce que des familles entières s’identifient à partir de leurs terres mais aussi parce que c’est avec leurs terres qu’elles peuvent devenir riches. Aussi, nous nous démarquons de celle qui consiste à implanter des sociétés agricoles étrangères dans le pays sans que les Congolais (les privés ou les Conseils départementaux ou encore le gouvernement) ne participent à leurs capitaux. Cas des sociétés sud africaine dans la Bouenza, et rwandaise que l’on veut implanter dans le Pool. On se doute que toutes leurs productions ne seront ni consommées par les Congolais ni transformées au Congo.

Cheval de Troie

Déjà, les Congolais suspectent la société sud-africaine d’employer des mercenaires, et la société rwandaise que le gouvernement veut implanter dans le Pool de n’être qu’un contingent militaire composé des rwandais et des ougandais. Ces agriculteurs ne seraient que des militaires habillés en tenue d’agriculteur ou de fermier. Et, les Congolais ont raison de se méfier de cette présence rwandaise et ougandaise dans le Pool. Vu le climat politique qui règne dans le pays et le fait que le Rwanda s’était déjà servi des éleveurs des bœufs pour envahir les régions de l’est de la république démocratique du Congo. Comme chez les Grecs de l’antiquité, le gouvernement de Sassou a offert un cheval de Troie aux ressortissants de Pool pour détruire la région de l’intérieur.

L’intégration africaine : L’idée pousse à créer d’autres structures autour desquelles tous les Etats africains doivent se regrouper. Mais, dans le domaine de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire, le souhait serait que les Etats soutiennent les privés. Car, il faudra que l’Afrique ait, elle aussi, beaucoup de grandes fortunes. Par exemple, la Côte d’Ivoire étant le plus grand producteur du cacao, les Etats africains peuvent décider de créer une grande industrie de transformation du cacao. Cette intégration africaine pourra se servir de la première ou la deuxième possibilité d’intégration sous-régionale.

L’Union africaine  : L’Union africaine devra, dans ce cas, avoir une cartographie agricole pour savoir dans quel ou quel autre pays africain que l’on peut développer telle ou telle autre culture. Et, un répertoire des opérateurs économiques et leurs tailles pour savoir quel est l’opérateur économique faudra-t-on soutenir dans telle ou telle autre activité et dans tel ou tel autre pays.
Nous redisons que l’Afrique ne pourra être présente et compétitive sur marché mondial si elle focalise son avenir sur l’intégration sous-régionale et africaine.

Somme toute

Il faudra donc créer un nouveau concept agricole qui tiendra compte de tous ces aspects susmentionnés au niveau national et international pour développer l’agriculture congolaise, passer à l’agroindustrialisation et l’exportation des produits congolais. Le développement de l’Elevage et de la pêche suivra, lui aussi, le même processus que celui de l’agriculture. Sauf qu’à l’élevage, notamment à l’aquaculture, il faudra ajouter le repeuplement en alevins des rivières et des lacs du Congo. Pour développer la pêche continentale.

C’est ce kata supérieur qui attend Henri Ndjombo car le karaté est aussi un combat contre soi-même, contre les pulsions kleptomanes qui travaillent nos hommes politiques.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain