Dieudonné Mbala-Mbala, humoriste corrosif, moitié Camerounais, moitié Français, a caricaturé Paul Biya dans un massif sketch saisissant de vérité. Certes il s’attribue le nom de Nestor Ignace Mukuna mais personne n’est dupe. Les clef pour décoder le discours sont faciles à trouver. Aucun mystère n’est fait sur le pays dirigé par Nestor Ignace Mukuna alias "La montagne de flamboyance", "Le geiser de Lumière" (pour ne pas dire "bâtisseur infatigable" "L’homme des masses", "Kuku Ngbezo Wa Za banga" etc.) Il s’agit du Cameroun.

Dans un savant mélange, le comédien a rassemblé pêle-mêle les personnages de Bongo, Mobutu, Biya, Bokassa, Sassou, montrant que si les pays diffèrent l’exercice shakespearien du pouvoir est le même partout. Ce qui est incroyable, c’est qu’aucun humoriste africain n’ait jamais pensé à s’engouffrer dans ce créneau caricatural et en faire un juteux fonds de commerce, car la pratique du pouvoir par nos chefs d’Etats noirs est un immense filon inépuisable capable d’enrichir à vie n’importe quel homme de théâtre pour peu qu’il ait, comme Dieudonné Mbala-Mbala, beaucoup d’imagination. Assurément l’humoriste franco-camerounais récemment vilipendé par certains lobbies médiatiques pour avoir attaqué l’Etat d’Israël et pour s’être affiché (quelle bévue !) avec l’extrêmiste Jean-Marie Le Pen (c’est en effet une grosse bavure) passe pour le meilleur amuseur publique que comptent les planches françaises.

Dieu a donné du talent à Dieudonné

On aura donc beau lui reprocher ses brunâtres accointances avec les nationalistes négationnistes français, il faut au moins reconnaître que l’acteur a du métier et possède une excellente performance scénique. Quel talent ! Un vrai dieu de la scène.

Le sketch est porté par deux acteurs : une journaliste étrangère et un chef d’Etat africain. N’ayant aucune pression répressive, la journaliste n’y va pas de main morte dans ses questions.

On ne peut rester de marbre devant le chapitre de la route en... marbre que le Président Maréchal a fait construire de nulle part jusqu’à son village natal. D’un revers de la main, le dictateur balaie la remarque : "Mais c’est un cadeau de Total-Fina car j’ai été nommé meilleur employé de la décennie" dit-il benoîtement. (on résume)

"Et vos opposants en exil ? " demande la journaliste. "Ils sont les bienvenus au Cameroun. je les attends" rétorque, bon prince, le tyran, avec des sous-entendus menaçants dans le ton.

"Le peuple camerounais n’est pas malheureux" précise le Président-Maréchal. "Il rit tout le temps. Il danse". Preuve, selon le monarque noir que "tout baigne "dans son pays. "Il aime aussi le football" prend-il soin d’ajouter avec un sourire sarcastique sur la commissure des lèvres. Du reste le Nestor Ignace Mukuna trouve ses compatriotes trop obèses. C’est une honte quand on les compare aux Ethiopiens, aux Somaliens et aux gens du Sahel. Ils devront maigrir. Ayant pris ses responsabilités, lui, le Président du Cameroun, a devancé les experts américains qui prônent la diminution de la population du monde (six milliards, c’est trop) : il a laissé mourir à dessein ses compatriotes pour être conforme à la norme des spécialistes internationaux.

Morts bio

Les casques bleus au Cameroun ? "Mais qu’est-ce qu’ils font chez moi " s’étonne le despote. "Qu’ils aillent en Irak, en Palestine, en Georgie où ça bombarde dur. Ici, chez moi, les gens sont tués par la malaria, la malnutrition : ce sont des morts bio" argumente le Néron noir. Son peuple lui a demandé d’être président à vie. Il a dit "oui". Il lui a été même demandé d’être président après sa mort ; demande à laquelle il a répondu positivement, mais juste durant un mois (après sa mort) puisque le rester éternellement serait "anti-démocratique". Son fils prendrait la relève.

Ici, l’allusion gabonaise à Omar remplacé par Ali Bongo est sans équivoque. Tout comme l’hypothèse togolaise d’un Faure succédant à Etienne Eyadéma. Mais la volée de bois vert connotée par cette caricature de la succession politique en Afrique frappe également le Congo où ( selon le pronostic en cours) l’héritier du "Nestor Ignace" local ne verrait pas d’un mauvais oeil la reproduction du scénario gabonais.

Le sketch de Dieudonné est un chapelet d’absurdités discursifs qui en dit long sur l’état pathologique du cerveau des Présidents à vie qui nous dirigent sans notre avis.

Une triste note dans cet humour noir : tant qu’à croquer un Président on aurait voulu que ce soit le nôtre qui le fût. L’accent qu’emprunte avec brio l’humoriste noir d’origine bretonne ressemble à s’y méprendre à celui de L’Homme des Masses congolaises. Pour une fois, on est sincèrement jaloux que ce ne soit pas la dictature congolaise qui occupe la vedette dans cet explosif sketch politique. Dieu sait comme "L’homme des masses" avec son accent traînant et l’absurdité de sa politique est caricaturable à souhait !

La devise de Molière était : « Castigat ridendo mores » : Il faut corriger les moeurs par le rire.

Le rire est-il l’arme qui nous aidera à nous débarrasser de nos pesants dictateurs ?

Le sketch de Dieusonné est à voir et à revoir sans modération.

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