Cette page d’histoire allait être complète si et seulement si toutes les personnes citées étaient encore vivantes et avaient, par ailleurs, accepté de nous compléter.

Cette histoire que nous racontons dans ces pages serait très accrochante si nous avions pris soin d’interviewer les personnes ressources qui sont encore en vie. Mais, nous supposons tout de même que certaines d’entre elles comme Me Arsène Tsaty Mboungou, ministre des Affaires étrangères et Mme Claudine Munari, secrétaire à la présidence de la république sous Pascal Lissouba ; Joachim Mbanza, directeur à La Semaine Africaine  ; François Bikindou agent au ministère des Affaires étrangères et collaborateur à La Semaine Africaine, et Gisèle Yela, chargée de la Coopération au ministère de la Culture démocratique et des Droits de l’Homme pourront bien accepter de repréciser certaines choses.

Le jeudi des lumières

Nous sommes en 1994 ! Et, tout commence un jeudi. Alors que le pays cherchait des voies de sortie de la crise armée qui avait lieu entre les ressortissants des Pays du Niari à savoir les régions du Niari, de la Bouenza et la Lekoumou, et ceux du Pool, Gaston Bazengamio publie dans La Semaine Africaine un article qui va droit dans les cœurs.

En effet, dans son papier publié sous la forme d’une réflexion, Gaston Bazengamio appelle les démocrates présents dans tous les grands partis politiques à savoir l’Upads (Union panafricaine pour la démocratie sociale) de Pascal Lissouba, le Mcddi (Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral) de Bernard Kolelas, le Pct (Parti congolais du travail) de Denis Sassou Nguesso, l’Udr-mwinda d’André Milongo, Le Rdps (Rassemblement pour la démocratie et le progrès social) de Thystère Tchicaya, le Rdd (Rassemblement pour la démocratie et le développement) de Jacques Joachim Yhombi Opango… dans l’armée et dans la société civile de se démarquer et de vite monter dans le train de la réconciliation pour ramener la paix dans le pays.

En ces temps, La Semaine Africaine n’était qu’hebdomadaire et ne paraissait que chaque jeudi. Cet article eu un écho très favorable dans l’opinion nationale et internationale. La Semaine Africaine n’avait enregistré aucun invendu. D’ailleurs, des photocopies de ce texte furent même vendues dans les places publiques à Brazzaville et Pointe-Noire. Nous nous en souvenons comme si c’était hier ! Pourtant, il y avait déjà les lettres pastorales des évêques qui invitaient à un sursaut national. Mais, cet article de Gaston Bazengamio provoqua un grand enthousiasme et fit renaitre un patriotisme.

Du côté du pouvoir, notamment de l’Upads, le ministre des Affaires étrangères Arsène Tsaty Mboungou avait fait le déplacement de La Semaine Africaine. Il est venu discuter avec le Directeur du journal sur le contenu de ce texte alors qu’il avait le journal dans ses mains. Du côté du Pct, c’est Yves Roger Yebeka, ancien directeur de la presse présidentielle sous Sassou Nguesso qui est venu acheter quelques dix numéros, avant que Gérard Bitsindou, ancien directeur de cabinet du président Denis Sassou Nguesso, envoie des gars pour venir en acheter cinquante. A l’Udr-mwinda, c’est Bonaventure Mbaya qui était passé au siège de La Semaine Africaine pour nous féliciter. Du Côté du Mcddi, c’est Jean Blaise Kololo qui s’est manifesté le premier, avant qu’Antoine Letembet Ambily passe acheter, lui aussi, une dizaine de journaux.

Mais, il y avait aussi des enseignants à l’Université Marien Ngouabi comme Narcisse Mayetela, Michel Milandou, Dominique Ngoy Ngala, Lecas Atondji Momomdjo, Matondo Kubu Ture et d’autres personnalités comme François Itoua et François Lumwamu qui étaient passés pour nous encourager sur la voie que nous venions de prendre.

La Semaine Africaine , le centre de l’actualité politique

Après la publication de ce papier, La Semaine Africaine était devenue le centre de toute l’actualité politique du pays. Les partis politiques, les individualités, les associations membres de la société civile venaient tous les jours se confier à la rédaction de ce journal. Et, les personnalités politiques comme Arsène Tsaty Mboungou, Jean Blaise kololo, Bonaventure Mbaya, François Ibovi et bien d’autres ne passaient pas une semaine sans venir discuter avec le directeur de La Semaine Africaine. D’ailleurs, il y eu même un discours du président Pascal Lissouba, je ne sais plus lequel et à quelle occasion, qui fut rédigé par le ministre Arsène Tsaty Mboungou avec la participation de Joachim Mbanza et François Bikindou, dans les locaux de La Semaine Africaine.

Des héros dans l’ombre

Sans peut-être nous rendre compte du rôle que nous jouons, nous étions devenus des héros dans l’ombre dans la réconciliation des Congolais. Et, si Joachim Mbanza avait plus travaillé avec Arsène Tsaty Mboungou pour élargir le cercle des démocrates dans les rangs du pouvoir, François Bikindou qui était déjà très proche de Jean Blaise Kololo avait travaillé le milieu du Mcddi ; et nous, partant des relations que nous venions d’établir avec Gérard Bitsindou, Yves Roger Yebeka et Gabriel Matsiona qui avait fini par nous recruter comme consultant, chargé des techniques d’animation culturelle dans son cabinet alors qu’il était ministre de la Culture démocratique et des Droits de l’Homme, avions travaillé à travers ces trois personnalités les milieux du Pct et de l’Udr-mwinda. C’est ainsi qu’en 1997, alors que plusieurs partisans de Denis Sassou Nguesso étaient pourchassés à Brazzaville et interdits de s’exprimer dans les medias gouvernementaux, il nous a été très facile de nous rendre à deux reprises à Oyo où ils s’étaient exilés, pour leur donner la parole. Nous avons, en effet, réalisé un gros plan dans lequel s’étaient exprimés Gabriel Bokilo, Michel Ngakala, Florent Tsiba, El Hadj Abdoulaye Djibril Bopaka, Denis Sassou Nguesso et le sous préfet d’Oyo.

Pourtant, le pouvoir de Lissouba ne nous avait pas jeté en prison pour avoir donné la parole à ses opposants politiques. Comme l’a fait injustement aujourd’hui le pouvoir de Brazzaville qui incarcère à la Maison d’arrêt de Brazzaville, Guy Fortuné Ndombe qui a juste fait son travail de journaliste en diffusant un message de Frédéric Binsamu dit Ntumi.

Pourtant, Pascal Lissouba ne cessait de diaboliser son prédécesseur, Denis Sassou Nguesso, et ses proches collaborateurs à savoir Pierre Nze, Ambroise Noumazalay, Justin Itihi Ossetumba et Ernest Ndalla Graille qu’il qualifiait de « quarteron au chômage ».

Dans tous les partis, les démocrates avaient mordu à l’appât

Dans tous les partis politiques, les démocrates avaient travaillé et les lignes avaient commencé à bouger. L’idée de convoquer un dialogue national commençait donc à germer petit à petit dans presque toutes les officines politiques et celles des associations membres de la société civile.

On commençait à revaloriser l’arbre à palabres, le Mbongui ou le Kanza pour faire ressortir l’urgence de se retrouver autour d’une table, afin de régler les problèmes du pays. Et, ceci malgré la présence en leurs seins des faucons et des jusqu’aux boutistes qui, eux, ne voulaient pas prendre le train de la réconciliation ; mais que l’on mettait en minorité.

C’est donc dans ces entrefaites et bien sûr après le bon travail fait par le ministre Arsène Tsaty Mboungou au sein du pouvoir que le président Pascal Lissouba accepta l’idée de la convocation d’un forum national.

Du côté du Pct, nous en sommes sûr aussi que Gérard Bitsindou et Yves Roger Yebeka que nous rencontrions désormais chaque jeudi pour commenter l’actualité nationale, avaient, eux aussi, convaincu et fait adhérer d’autres démocrates à ce projet. Sassou Nguesso avait, lui aussi, adhéré au projet. Mais, il avait exigé un forum sous l’égide de la communauté internationale.

Sassou Nguesso exigea un forum sous l’égide de la communauté internationale

Pour sa sécurité personnelle ainsi que celle de ses partisans à Brazzaville, et pour ne pas tomber dans un piège, Sassou Nguesso exigea que ce forum soit organisé sous l’égide de la communauté internationale. Et, nous pensons, si nos souvenirs sont bons, que c’est l’ancien ministre de la Culture, Jean Baptiste Tati Loutard, qui avait proposé l’Unesco comme coorganisatrice de ce forum. Puisque nous étions dans son sous-groupe de travail. Il avait fait allusion à un forum sur la paix que cette institution internationale avait déjà organisé et réussi dans un pays qui avait, lui aussi, connu la guerre.

Mais parallèlement à tout cela, le leader du Pct avait déjà mobilisé ses lobbies européens et africains qui faisaient pression sur le président Pascal Lissouba pour qu’il organise un dialogue national sous l’égide de la communauté internationale.
Ce sont donc les lobbies de Sassou Nguesso qui avaient préparé le déplacement à Brazzaville du directeur de l’Unesco, Federico Mayor, qui est venu discuter la question avec le président Pascal Lissouba. Et, on s’attendait aussi à la visite d’une autre personnalité internationale, en l’occurrence Nelson Mandela.

Pourtant, Pascal Lissouba qui voulait la paix dans son pays, n’avait vu aucun inconvénient de mettre ce forum sous l’égide de la communauté internationale. Et, c’est effectivement l’Unesco qui fut donc proposée pour concourir à l’organisation de ce forum. Le ministre Gabriel Matsiona fut dépêché à Oyo pour aller discuter la question avec Denis Sassou Nguesso.

C’est ainsi, du 19 au 23 décembre 1994, il y eu à Brazzaville, sous l’égide de l’Unesco et du gouvernement congolais, un Forum national pour la culture de la paix au Congo.

La question que l’on peut se poser est celle de savoir pourquoi Denis Sassou Nguesso et ses partisans refusent-ils aujourd’hui de prendre la même voie qu’il avait proposée ou imposée au président Pascal Lissouba, pour sortir le Congo de la crise qui avait déchiré son tissu social et économique en 1994 ?

Serge Armand Zanzala, membre du Comité préparatoire du Forum national pour la culture de paix