La stratégie de défense de André Okombi Salissa (AOS) semble trop...défensive à l’endroit de son ancien mentor, Sassou. Ce qui laisse l’opinion dubitative quant au rapport de l’accusé avec le système qui le broie. Syndrome de Stockholm ou agenda caché ?

Membre du Parti Congolais du Travail (Pct), président fondateur de l’association politique Cadd-Mj (liée au Pct), chef du Front 400 (une milice proche de Sassou Nguesso qui a combattu les troupes fidèles au président Pascal Lissouba pendant la guerre du 5 juin 1997) ; mais aussi ancien membre du gouvernement, André Okombi Salissa a été successivement nommé à la tête de plusieurs départements gouvernementaux. Il est l’un des candidats à l’élection présidentielle anticipée du 20 mars 2016, et membre de la Fédération de l’Opposition congolaise, Frocad-Idc-J3M. 

Un statut qui, aujourd’hui, suscite des réactions controversées, après les déclarations du leader du Cadd-Mj devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Brazzaville.

Rappelons que depuis le 17 janvier 2019, André Okombi Salissa est devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Brazzaville où il répond au crime d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, et la détention illégale d’armes et de munitions de guerre. Deux chefs d’accusation pour lesquels il avait été arrêté et gardé à la Dgst, depuis le début de l’année 2017.

Pourtant, les analyses faites par beaucoup d’observateurs nationaux et internationaux, notamment le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, et les spécialistes du droit positif, en l’occurrence Me Maurice Massengo-Tiassé et Me Bernard Amédée Nganga font état de la mort du droit, au Congo Brazzaville, notamment lorsque ces théoriciens apprécient ces chefs d’accusation qu’ils qualifient d’ailleurs de fantasmagoriques et lorsqu’ils ressortent les erreurs d’appréciations et d’interprétations du droit faites par le Procureur général, Michel Oniangué, représentant le ministère public, et celles des avocats de l’Etat congolais.

C’est dans un article publié sur ce même site et qui porte le titre de « Le désobéissant Okombi Salissa victime d’un procès stalinien sous les ordres de son mentor Sassou décidé à le faire passer de vie à trépas par Me Massengo-Tiassé et Me Amédée Nganga  » qu’ils dénoncent les dérapages de la Justice congolaise.

Mais, il y a aussi les incessantes suspensions des audiences ou la sortie des nouvelles preuves et des nouveaux témoins dans cette affaire criminelle qui donnent l’impression que la chambre criminelle de la Cour d’appel de Brazzaville va d’un procès à un autre sans pourtant prononcer le verdict sur le premier qui porte sur l’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. Et, aux Congolais de déduire que ce procès est purement et simplement politique. Une chose qu’André Okombi Salissa confirme, lui-même, lorsqu’il déclare devant la barre : « Je suis ici tout simplement parce que je me suis présenté à l’élection présidentielle anticipée de mars 2016.  »

André Okombi Salissa, une taupe dissimulée à l’intérieur de l’Opposition congolaise ?

Pourtant, d’autres Congolais trouvent dans les trois déclarations d’André Okombi Salissa des phrases qui leur permettent d’engager un autre débat dans lequel ils accusent le leader du Cadd-Mj d’être une taupe dissimulée à l’intérieur de l’Opposition congolaise. Ce sont les trois phrases ci-après « Je suis du système et je sais comment on dépose les armes aux domiciles des gens pour les leur faire porter et les condamner ensuite. », « Sassou Nguesso est mon mentor  » et « Je ne peux pas prendre les armes pour tuer Sassou Nguesso  » qui font couler la salive, et poussent une certaine opinion à prendre Okombi Salissa pour une taupe.

« Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu »

Tenez ! Le 13 septembre 1997, alors qu’il est encore allié de Denis Sassou Nguesso dans le cadre de l’Alliance Urd-Pct et Apparentés, Bernard Kolelas devient le président de l’Erddun qui soutient Pascal Lissouba. Sans au préalable avoir mis fin à l’Alliance Urd-Pct. Et, sur proposition de cette nouvelle alliance, le président Pascal Lissouba nomme Bernard Kolelas au poste de Premier ministre. Une nomination que Isidore Mvouba, représentant de Denis Sassou Nguesso dans les négociations de Libreville qui étaient ouvertes pour mettre fin à la guerre, prend pour une entrée en guerre de Bernard Kolelas contre Sassou Nguesso. La suite ?

Généralisation et intensification de la guerre du 5 juin 1997 dans tout le pays. En octobre 2005, Bernard Kolelas, amnistié par le régime de Sassou-Nguesso, et qui rentre à Brazzaville pour les obsèques de son épouse, décédée en France le 29 septembre, dépoussière d’un tour de main l’alliance de son parti, le Mcddi, avec celui de Denis Sassou Nguesso, le Pct. Juste pour se refaire une santé politique et négocier l’avenir politique de ses enfants. Alors que les deux leaders venaient de se faire une guerre meurtrière qui a dévasté le pays et fait 400.000 morts.

Aujourd’hui, au nom de cette même alliance à laquelle il ajoute la parenté par adoption qui le lie à Denis Sassou Nguesso, Guy Brice Parfait Kolelas, le leader du Yuki, emboite le pas à son père. Il met son pied gauche à l’opposition et son pied droit à la mouvance présidentielle. Une position qui lui permet de vite « gabarrer » à l’un ou l’autre bateau en cas de naufrage, mais qui, pourtant, rend perplexes ses militants.

Il y a quelques mois, la présidente de la Fédération de l’Opposition congolaise, Claudine Munari, a retiré le statut du représentant de l’Idc en France à l’ancien ministre de la Justice, Joseph Ouabari Mariotti, qui, lui aussi, avait un pied à l’Opposition formée par le Frocad-Idc et J3M, et un autre pied à l’Upads, son parti, qui est le parti leader de «  l’opposition présidentielle » nommée par le gouvernement.

Mais, il y a aussi le cas des leaders du Collectif des partis de l’Opposition qui reconnaissent Denis Sassou Nguesso comme «  Président de fait  » qui ont leurs pieds gauches à l’Opposition, et leurs pieds droits à la mouvance présidentielle. Une position que même les politologues sortis des grandes écoles ne comprennent pas facilement. Car, ils ont du mal à trouver la politique qui peut guider leur action. C’est, dire que le débat sur les déclarations d’André Okombi Salissa vaut la peine d’être menée. Car, il permet de mettre fin à un certain double-jeu, une tromperie ou jeu de cache cache qui ne font pas avancer l’Opposition dans sa lutte contre la dictature de Brazzaville.

Raccommoder une pièce d’étoffe neuve avec un vieux vêtement

Cependant, les Congolais qui prennent au sérieux les trois phrases d’André Okombi Salissa, les raccommodent aussi avec une vieille histoire qui s’était passée lors du dernier grand meeting de l’opposition à Brazzaville. A quelques jours du référendum. C’est le magazine Paris Match Afrique qui la rapporte dans ses pages. L’auteur de cet article, Guy Milex Mbondzi, révèle qu’André Okombi Salissa était de mèche avec le pouvoir pour éviter une insurrection populaire. Il avait rencontré le député Dieudonné Kourissa (beau-fils du président Sassou Nguesso) à qui il avait promis de faire rentrer les populations chez elles, après le meeting, pour éviter une marche vers le palais. Or les militants de l’opposition, surchauffés, n’attendaient que le mot d’ordre de leurs leaders pour aller déloger, quel que soit le prix à payer, Denis Sassou Nguesso du Palais des Plateaux. Et, cet article n’avait jamais été démenti par les Services Communication du Cadd-Mj.

Temps présent

Mais, les trois phrases d’Okombi Salissa sont agaçantes parce que le ton et le temps qui expriment sa pensée sont tous conjugués au présent. « Je suis du système et je sais comment on dépose les armes aux domiciles des gens pour les leur faire porter et les condamner ensuite », « Sassou Nguesso est mon mentor », « Je ne peux pas prendre les armes pour tuer Sassou Nguesso  ». Même les circonstances de temps et de lieu ne rendent pas facile leur compréhension.

L’utilisation du présent de l’indicatif complique donc les choses. Car, le présent est utilisé pour exprimer beaucoup d’action et d’état. Par exemple, il permet de raconter un fait qui se déroule au moment où on le rapporte. Que fais-tu en ce net moment ? Réponse : Je lis en journal. Il parle d’une action qui dure dans le temps. Je dors depuis 20H00. Et, il est 22H00. Il fait allusion à un état qui est permanent. Ce garçon est intelligent ou cette fille est belle. Il décrit une habitude. Je prends le métro de 6H00. Il permet de dire des vérités générales. Les eaux d’une rivière coulent de l’amont à l’aval. Bref, le présent assume.

L’histoire d’une nation que l’on écrit au brouillon

Pour terminer cet article, nous publions un extrait de notre nouvelle «  Ba fwabissalu » qui va paraitre bientôt aux Editions Edilivre, dans le recueil «  La France ni marâtre ni mère-patrie ». Il peint le comportement des leaders de l’Opposition pendant le débat sur le changement ou non de la constitution, le referendum d’octobre 2015, l’élection présidentielle anticipée du 20 mars 2016, et la crise postélectorale. « Du côté des leaders politiques de l’opposition, on ne semble pas être prêt. On a l’impression que la détermination n’y est pas. On a l’impression qu’aucune stratégie n’est élaborée pour empêcher Denis Sassou Nguesso d’organiser un référendum constitutionnel et une élection présidentielle anticipée. On a l’impression que l’on n’arrive pas à lire les signes des temps. Au contraire, le peuple assiste à une course au leadership et au vedettariat des leaders de l’opposition. Chacun veut gagner seul et être le héro de la révolution. On a l’impression qu’ils prennent cette lutte pour une séance d’essai ou d’entrainement. Chacun veut tout simplement tester sa popularité, afin de faire du chantage ou négocier des postes auprès de Sassou Nguesso. On a l’impression que chacun veut écrire au brouillon la vie politique de toute la nation et de tout le peuple congolais, alors que le sang coule déjà dans le pays. »

Plus loin :

« Malgré la présence en son sein d’un officier général, ancien chef d’état major et conseiller du président de la République sur les questions de sécurité, Jean Marie Michel Mokoko, et d’anciens ministres de l’enseignement supérieur, André Okombi Salissa, qui a dirigé un groupe célèbre, très puissant et important en nombre des cobras (milice de Denis Sassou Nguesso pendant la guerre de 1997), de la défense, Charles Zacharie Bowao, de la Fonction publique, Guy Brice Parfait Kolelas, et du commerce, Claudine Munari. Ce qui sous‐entend qu’ils connaissent bien leur adversaire, ses stratégies et tout son système. Pourtant, le combat de l’Opposition va se solder par un échec, un insuccès vexant et une défaite honteuse auxquels le peuple congolais ne se reconnait pas. »

Prémonitoire ?

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain